En marge des Rév. du maréchal de Saxe, p
Ouzié MArTug. — Le cosmopolitisme du prince de Ligne. 5
Contre cet ennemi, Ligne s’est dépensé sans compter : il a fait respecter « les armes à la main » digues et propriétés, et assuré à ses frais un recrutement suffisant. Il avait même compromis sa santé comme plus tard à Belgrade par son « chien de zèle ».
Quant aux autres parties de l’Empire, qui ne sont pas territoires de la couronne, Ligne veille à ce qu’elles ne s’en détachent point.
On sait que Joseph II, fort de son autorité, avait tenté de confondre avec les domaines de la Maison d’Autriche le royaume de Hongrie. Dans un Mémoire daté de 1790! Le prince affirme que grâce à ses conseils l'Empereur se décide à renvoyer la couronne à Presbourg d’où il l’avait fait enlever, car Ligne l’avertit de la menace que représentait le zèle malencontreux de certains employés allemands en Hongrie.
Ce rôle de bon « chien de garde », il le joue à l'extérieur. S'il fut incliné personnellement vers les Polonais par des affnités de caractère, il n’oublia jamais de considérer leurs relations politiques avec les Empereurs : il appuya sa sympathie pour eux sur le fait qu’à deux reprises (en 1683 par exemple) ils avaient secouru Ia Maison d'Autriche. Mais s’il mit la Pologne en garde (a parte), contre la Russie, il n’a jamais protesté, tout au moins avant le Congrès de Vienne, contre son partage qui enrichissait la couronne autrichienne.
Du reste, le moment où il remit un mémoire aux Polonais destiné à les aider concorde avec celui où l'Autriche protégeait la Pologne ainsi que l'indique clairement cette phrase : « Je vous réponds de l'Empereur et je suis autorisé par lui à vous le déclarer *. >»
Bien que n'ayant jamais eu très grande confiance dans la Russie ou la Prusse, il s'employa de son mieux à assurer avec ces deux puissances de bonnes relations, avantageuses pour l'Autriche. Au moment de la paix en 1760, il rappelle à Joseph IT que la Tzarine a promis Chokzim et le Banat à l'Empereur. Mais le Ministre détruit les comptes rendus de la situation établis par Ligne. Son indignation vient moins de l’amour-propre blessé que de l’intérêt que prend le Prince à ce
1, ANR IPN Il, 102 IAE s. Mémoire sur la Pologne, Mél. milit., lité. et sent., t. XXI, p. 330.
que la diplomatie tire parti des affaires militairement réglées. « On perdit absolument, dit le Prince, tout ce que notre sang et nos peines, surtout les miennes à Belgrade, avaient acquis pour la gloire et l’étendue de notre monarchie. »
Le souci de cette gloire et la croyance en la supériorité de son armée l’entraînent inévitablement à une certaine animosité contre des pays étrangers, contre l'Angleterre, par exemple, quand elle se glorifie trop ostensiblement de ses succès, ou encore contre la Prusse, contre la France même.
Rien ne saurait prouver plus nettement combien l’attachement militaire du prince peut annihiler en certains cas ses préférences naturelles : « Pour la France, elle est notre alliée, et si elle cessait de l'être, par une antipathie de voisin, on risquerait son dernier homme et son dernier sou plutôt que de passer sous sa domination ‘. »
Il faut la tenir en respect pour gagner l’estime des puissances maritimes. Ces considérations ne sont pas inspirées par l’animosité militaire, la simple rivalité, mais le désir de maintenir Péquilibre européen qui seul peut assurer la paix.
Rappelons-nous que dans son « Petit Plutarque » le prince célèbre ironiquement Attila comme le fondateur de la Monarchie universelle en Europe”. Le prince eut de bonne heure l’idée de l’avantage qu’auraient à se grouper toutes les nations en une seule sans autre armée qu'une police, car il a bien compris que la première condition de réussite était le désarmement général. Il a fait sur la psychologie des vaincus, qui toujours recommencent les guerres par désir de revanche, des réflexions qui méritent de le considérer comme un des parrains de la Société des Nations. Ligne souhaitait la destruction de ces sots aphorismes, simples « préjugés » raffermis par la routine : la Prusse est l’ennemie naturelle de la Maison d'Autriche, et l’Angleterre de la France, alors que les unes et les autres pourraient être amies et concilier leurs intérêts.
Dans cette intention, il a imaginé des groupements successifs, de plus en plus larges; de même qu'il suggérait à Frédéric IL de réunir toutes les sectes nrotestantes, il eut avant la lettre la conception de la Sainte-Alliance qui devait effectivement se
1. Ann. P. de L.,t. Il, 1921, n° 3. « Lettre à Louis de Stahrenberg. » 2. Mél. milit., litt. et sent., t. XXXHII, p. 99.
produire après la chute de Napoléon. Dans une conversation à Potsdam avec Frédéric-Guillaume III, il lui soumit l’idée d’une sorte de Grande-Allemagne comprenant l'Autriche, au nom de leur communauté de langue par le resserrement des deux souverains et de « quelques-uns de leurs camarades royaux ». Ligne l’engageait à prononcer ces paroles : « Foi de gentilhomme, jurons-nous une alliance éternelle’. »
Mais son expérience pratique, d’autre part, l’obligeait à constater que les voisins sont toujours ennemis”. Voilà le fait; et d’ailleurs s’agit-il de la défense d’un pays? « Il n’y a rien de ‘moins philosophique mais de plus utile qu’une bonne grosse haine nationale qu’il faut entretenir pour n'être pas vaincus par les voisins. » C’est selon cette conviction que le prince a contribué, à exciter contre les Hollandais les Pays-Bas.
Lui-même ne ressentait pourtant aucune haine contre eux, (il prit tant de soin, au cours de la « fausse guerre » de 1784, des malades hollandais que la République l’en remercia), ni contre aucun ennemi en général. Il estime que les officiers étrangers sont des chefs parfaits, justement parce que leur impartialité politique leur donne une vision plus nette. Ligne exprima cette idée à Choiseul en citant comme exemple le maréchal Bercheny, d’origine hongroise qui avait été un excellent conducteur des armées françaises.
De même, les soldats de métier à la solde de qui les paie bien, sont, croit-il, de parfaits guerriers. C’est aux mercenaires weimariens que le prince attribuait les succès de Turenne, à des mercenaires qui savaient à peine à qui on allait livrer bataille.
Néanmoins, à l’époque où vivait le prince, les hommes montraient un dégoût général de la guerre. Ligne constatait [uimême cet amoindrissement des dispositions belliqueuses et la rareté des recrues volontaires. En présence de ce fait, il est amené à développer l’idée (raffermie plus tard par la Révolution française) que la meilleure armée est une armée nationale.
I] lui était toujours apparu que les Wallons avaient été sensibles à l'éloignement des garnisons allemandes ou espagnoles qui devaient assurer la protection de leur sol. Il avait senti que