‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 32 sur 130 · Ann. P.ide L'ATIVS 028 nos · texte numérisé non relu

Ann. P.ide L'ATIVS 028 nos

au demeurant fort élégante, du grand luxe de ses étudiants pour qui ruisselait quotidiennement au temps des George le vin de Champagne et qui circulaient en leurs calèches à deux chevaux! Le Prince a cependant noté la valeur des études de l'antiquité qu’on s’attachait à y faire. Mais combien il est intéressant de trouver sous sa plume le reproche qui s'élevait jusqu’à ces dernières années de la bouche même des insulaires contre cette oasis intellectuelle. « Oxford, écrit Ligne, apprend à connaître Sparte, et Rome, mais point le monde d’aujourd’hui et la manière de voyager sans cesse dans une ville, entre eux, doit empêcher les Anglais de voir ce qui se passe autour d’eux. »

Le prince, qui déteste la solitude, ne saurait comprendre l'amour des Anglais pour les landes désertes. La fraîcheur, la bonne tenue de la campagne anglaise à laquelle il rend hommage ne compensent point à ses yeux le manque de mesure dans l’ordonnance des jardins et de goût dans les constructions. Dans ce pays brumeux, humide, il n’y a point d’eau sous les immenses arches des ponts qui relient les pelouses, et l’exagération de l’irrégularité des lignes ne donne qu’une impression de prévu.

Du reste, l'originalité du jardin « anglais >» est surfaite puisque le genre provient des Chinois. Il n’en est pas moins susceptible de beaux ombrages et de perspectives habiles. Le Prince trouve bien quelques motifs d’admiration mais point d’attachement. Ce court voyage ne se renouvellera pas.

Néanmoins, Ligne, de son propre aveu, entretint, au hasard des rencontres, des -relations avec des Anglais, sinon très suivies, du moins assez nombreuses. Mais il semble qu’il n’ait pas eu autant de succès auprès d'eux qu'auprès des autres. A la fin de sa vie même, il n’avait guère changé d’opinion sur leur compte ainsi que le prouve sa Profession de foi sur les Anglais adressée à madame de Staël”. Avec toute l’impartialité dont il se sent capable, il note la valeur que leur donnent leur esprit (leur humour, dirions-nous aujourd’hui), l'instruction et la liberté des filles de qualité, la simplicité des rapports; il insiste enfin sur la supériorité de l'individu, souvent plein de franchise et d'honneur, sur la nation.

1. Encore aujourd’hui on peut le constater à Blenheim. a. Ann. P. de L., t. IV, 1923, p. 36.

A ce pays si différent du nôtre, Ligne ne s’est pas adapté; du moins, il ne se sent guère Anglais en Angleterre, pas plus qu'Italien en Italie.

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