‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 34 sur 130 · Factures des Arch. de Belæil · texte numérisé non relu

Factures des Arch. de Belæil

Le Paris d'alors, le Paris de la rive gauche surtout avec ses vieilles rues étroites et ses maisons au-dessus du Pont-Neuf et du Pont-Royal — passage habituel du Prince pour gagner l’autre rive — fut donc bien connu de lui.

Quand, en 1774, il veut publier ses Préjugés et Fantaisies militaires, c'est à Paris qu’il tente de se faire imprimer à grands frais, et les gravures de l’ouvrage sont l’œuvre de Choffard.

Ces fantaisies coûtent cher; les fournisseurs se flattent de tromper le grand seigneur étranger. Harriett-Basque, le loueur de voitures, lui compte double ses chevaux, et le Prince ne se défend contre lui qu’en arguant d’une « extorsion de signature‘ ». Mais le plus souvent c’est Ligne qui est coupable de négligence ; il fait appel à son fidèle banquier : Théaulon, le propre beau-frère de son traiteur, dont la proximité lui est précieuse. (Théaulon habitait au 6 de la rue Coquillière.) Certains jours, Ligne ne sait où trouver de l'argent, par exemple ces cent vingt-cinq louis dus au tailleur Dargé en juin 1776. Le très noble prince ne dut d'échapper à la « contrainte par corps » réclamée par le Procureur, qu’à l’avertissement offcieux d’un conseiller du Châtelet, Tour Naire de la Tour. Mais le Prince ne se vit pas moins obligé de quitter précipitamment Paris pour Bruxelles, pestant contre ce traitement indigne, et les concessions à faire aux manants!

Cette méchante histoire demeura exceptionnelle dans sa vie et souvent au contraire Ligne eut à se louer de l’aide ou de la bienveillance de la police parisienne au cours de ses randonnées nocturnes. Car il lui arrivait de rentrer fort tard dans la nuit ayant perdu au jeu son dernier sol, ‘et de rencontrer une bande de voleurs, ou bien d’être entraîné vers des lieux inquiétants.

Son esprit facétieux pouvait se donner alors libre cours. C’est ainsi qu'un soir, Charlotte de Liechtenstein, nièce du Prince, pensionnaire au couvent des Capucines, rue Saint-Antoine, lui persuada de se déguiser en chanoïnesse afin d'assister à la prise de voile d’une jolie novice. Une autre fois, il escalade les murailles d’une de ces demeures sacrées. Peut-être la jolie Jeanne Bécu, comtesse du Barry, était-elle la cause de cette audacieuse entreprise!

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