Factures des Arch. de Belœil
Le Prince comptait à Paris de nombreuses relations. Sa naissance, l’accès facile des salons à la mode, lui permirent de rencontrer les célébrités de l’époque : gens du monde, gens de lettres, comédiens et comédiennes. Il dînait très souvent chez l'ambassadeur d'Empire, le comte de Mercy-Argenteau, et chez M. de Maurepas que l’avènement de Louis XVI allait ramener au pouvoir, ou chez Vaudreuil, qui recevait Chamfort. Ce dernier, homme « amer et présomptueux » ne convenait guère au très optimiste Prince.
Le samedi l’amenait parfois au couvent de Saint-Joseph chez « Mme Voltaire », la marquise du Deffand, présidant de son [fauteuil, qui avait l’air du tonneau de Diogène au dire du Prince. Il ne semble pas avoir cru au peu de cas qu’elle faisait de Iui — on dit qu’elle appelait Ligne le « Gilles du chevalier de Boufflers >»; mais le Prince écrivait plus tard : « Elle m’aimait beaucoup, la petite fantasque!. » À vrai dire la marquise au cœur sec et qui sentait un peu trop son vieux temps l’attirait moins que ses invités, les Ségur, Sénac de Meilhan. Avec eux, Ligne se lia étroitement, Boufflers lui adressait aussi des épîtres enthousiastes ?.
Le mercredi, c’est vers la rue Saint-Honoré qu’il dirigeait ses pas; madame Geoffrin recevait son cercle aristocratique. Le Prince l’avait vue en 1776 à Vienne, alors qu’elle se rendait en Pologne. Son salon fut le quartier général des Encyciopédistes, de Diderot et du baron d’'Holbach, mais comme les philosophes ne venaient chez elle que le lundi, ce furent plutôt les poètes, hôtes. du mercredi, que Ligne eut chance de rencontrer : Saint-Lambert, qui à table ne soufflait mot; Marmontel, plus soucieux de dîner que de parler, Crébillon trop expansif, Gentil-Bernard « qui n’avait rien de gentil », mais plutôt l’air d’un poète allemand.
C'était à eux sans doute que le Prince pensait en écrivant à La Place : « Les gens d’esprit mangent comme des diables. »
Pédants ou taciturnes, ces personnages n’amusaient pas le Prince, et il était reconnaissant tout au moins à Mme Geoffrin
1. Nouv. Rec. de lett. de Weimar, t. Il, cité par M. Lebasteur, Ann. PARA LS E2 001 00)
2 ATH NCEL PEUT 10022 02 Sp 212: