Mél., t. XXXII. La princesse d’Eboli (Acte I, se
Madame, que je plains la princesse adorable Qui pour nous a quitté la Cour la plus aimable! En France, tous les jours marqués par les plaisirs Vous laissent de charmants et cruels souvenirs | La REeIKE :
L'amitié, les beaux-arts, et la société En faisaient, selon nous, un séjour enchanté. LA PRINCESSE :
Les fêtes, les tournois, les ris, les jeux, les grâces Des jeunes souverains suivaient partout les traces. (IL s’agit de la Cour d'Henri Il, mais l’allusion est claire.) 2. Marie-Antoinette joua Rosine dans Le Barbier de Séville.
teau ». Les divertissements n’y semblaient pas, comme dans les autres cours, un endimanchement, une réjouissance exceptionnellement apprêtée, mais la trame même de cette vie de société, qui y atteignit à sa perfection, et permit à Ligne de donner toute la mesure de sa fantaisie et de son esprit. Ce milieu et cet homme étaient si bien faits l’un pour l’autre, que le prince alors se laissait aller au fil des jours sans presque en: soupçonner le prix; plus tard, dans un article critique sur une traduction de Kotzebüe, il faisait aliusion à ces fêtes qui en étaient sans qu’on le crut'. Pourtant, il comprenait bien que la reine, à courir certaines aventures, tout innocentes, se compromettait inutilement; son amitié lui faisait regretter qu'elle donnât prise ainsi, pour un bal à l’opéra, ou une promenade solitaire, aux méchantes calomnies. A l'écart des intrigues de cour et des cabales politiques, Ligne s’en tenait à son rôle de vieux conseiller. La reine sentait en lui un approbateur dévoué; leurs vues étaient semblables. Ligne relate une représentation de Cassandre, peu après la convocation de l'assemblée des Notables, où une allusion à cet événement les secoua du même rire’. La reine, dit-il, « avait été contre cette maudite invention », mais il note qu'elle « tenait à ce principe de ne jamais condamner ce que faisait le roi ». Il y avait donc, à son dire, plus d'accord entre Louis XVI et Marie-Antoinette qu’on ne le croit généralement. Mais en fait, de même que la reine, Ligne était ennemi de Necker et partisan de Calonne. Est-ce donc que la clairvoyance lui faisait défaut? Il voyait les dessous, et dans ses lettres à la marquise de Coigny*, il fait allusion aux prodigalités scandaleuses du grand aumônier de Rohan. Il sentait que tout n’était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais ne croyait pas à la gravité de la situation et se trouvait fort bien d’être lui-même « un abus » de ce pays. Son attitude est celle non pas d’un étranger indifférent, mais d’un habitué de la cour qui ne peut croire à la fin d’un si bon temps.
De fait, on le croyait si Français, à Versailles, que Choiseul, un jour où Ligne était en froid avec Vienne lui proposa un
1427. P) de; Lt To Nntie pero 2. Mél. milit., lité et sent., t. XXVII, p. 110. 3. Ed. du Cent., p. 83.
régiment allemand, le cordon bleu, une lieutenance générale, un gouvernement s’il préférait. D'ailleurs, Choiseul, qui connaissait le prince (il avait été ambassadeur en Autriche de 1757 à 1759) fut le premier à l’en détourner, sachant que la brouille serait de courte durée. Le prince ne servit jamais dans l’armée française; mais son second fils, Louis-Eugène, entra avec l’assentiment paternel au régiment d’Orléans-Cavalerie, dont en 1789 il était major’. D'autre part, Louis XVI se montra plein de bontés à l'égard de son fils aîné Charles, élève de l’école de Strasbourg avant d’entrer au service de l'Autriche. Lors de son mariage avec Hélène Massalska, fille d’une princesse Radziwill, à l’'Abbaye-aux-bois, le roi, qui avait gracieusement simplifié les formalités préliminaires ?, vint en personne signer le contrat de mariage (25 juillet 1779) et la reine fit à la jeune princesse le meilleur accueil. Hélène de Ligne fut très en vue à la cour surtout après que le prince Charles-Joseph eut cédé à son fils son titre de Grand d’Espagne, afin qu'elle fût autorisée à s'asseoir, parmi les duchesses, sur un tabouret.
Ligne eut moins à se louer de ses rapports avec un autre misistre, le comte de Vergennes. Celui-ci lui en voulut de contrarier sa politique au sujet dela Hollande. En octobre 1780, alors que le prince jouissait du commandement provisoire des troupes en Pays-Bas à la place du comte de Murray et que Joseph IT était décidé à quelques démonstrations belliqueuses envers la République des Provinces-Unies, M. de Vergennes s’efforçait d'aboutir à une conciliation. Il y réussit : Joseph II satisfait sur le premier point, renonça au second moyennant une indemnité. Or, le prince avait des raisons générales et privées — nous l'avons vu, — de pousser à la guerre. M. de Vergennes, par esprit de rancune, lui fit perdre un procès fort important, touchant la terre de Kœurs en Lorraine, malgré la protection royale.
1. Ligne a exposé, dans le « Mémoire sur les Pays-Bas », Ann. P. de L., t. Il, 1921, p. 2-7, comment, par le manque d'emplois, les cadets de famille étaient condamnés à émigrer soit en Hollande dans les régiments wallons, soit en Espagne dans les gardes wallonnes, soit en France.
2. Ordonnances royales 1779 aux Arch. nationales (cote o!310 fol. 9). Lettres patentes portant dispenses de publication des bans en Pologne.