LE JUGEMENT SUR LA FRANCE
En effet, et le prince l’a bien compris, nul pays plus que le nôtre n’est sujet à une telle centralisation en sa capitale (si l’on admet que ce terme puisse s'étendre au xvIrI° siècle, jusqu’à Versailles), à une telle localisation de la vie élégante. Quand Ligne, à cette époque, pense à la France, il évoque donc la société aristocratique, plus exactement la société mondaine de Versailles et de Paris, puisque nous savons de quelle complexité en étaient les éléments par suite du mélange des classes.
Le prince ne songe certainement pas à y associer le peuple. Il ne le connaît pas et les quelques rapports qu’il eut avec ces gens du commun, ses fournisseurs, n'étaient point faits pour qu’il leur témoignât de l'intérêt. Dès sa visite à Voltaire, ül exprimait au grand homme sa répulsion pour le ton grossier, Paccent ignoble des fiacres de Paris, « pour leur gosier et leur voix à l’eau-de-vie ». On pourrait objecter que cette observation peu indulgente était inspirée par le désir de prévenir la propre opinion de Voltaire qui ajoutait : « C’est que les Welches sont des Barbares, des ennemis de l’harmonie, des gens à nous égorger, monsieur. Voilà le peuple. > Mais un autre Français, moins partial, un jésuite ami du P. de la Porte, avait confirmé la première impression du prince en insistant sur la grossièreté, la méchanceté, la dureté du petit peuple.
Pour la société, polie et fine, héritière du xvrr° siècle, Ligne ne tarit pas d'enthousiasme. « On sait gré de tout à Paris, dit-il, on ramasse tout, et ce donné rendu, cet échange d'idées et de plaisanteries fait de ce pays-là Le seul sociable de l’Europe !. »
Lorsque, dans les années qui précédèrent immédiatement la Révolution, il y perçoit des indices de transformation, il s'en