‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 51 sur 130 · Mél., t. XXIII, p · texte numérisé non relu

Mél., t. XXIII, p

personnage que l'étiquette obligatoire de sa cour, un train plus officiel auraient trop entouré dans son propre pays. « On est moins libre, écrit-il dans ses Mémoires, avec un Roi, à la tête de sa garnison de Potsdam qu'avec un roi qui court le monde, qu’on voit au bain, et qui, tout en professant d’être chevalier n’est jusqu’à présent qu’un chevalier errant'.» C’est ainsi qu’à Spa il renoue connaissance avec le frère de Frédéric If, Henri de Prusse, à qui il a été présenté après la guerre de Sept ans. Celui-ci était petit, laid, grand amateur de violon, dont il jouait mal. Mais un goût pour la philosophie et l’art militaire entraîna les deux princes dans une fréquente correspondance et Henri de Prusse fut, à Bruxelles, l’hôte de Ligne.

Belœil, que la visite de Joseph II en 1781 — il y soupa à plusieurs reprises et dut même un soir attendre fort longtemps le prince — eût suffi à illustrer, reçut la même année celle du grand-duc Paul de Russie. Sans doute la présence à Bruxelles de Charles-Joseph, que le futur Tsar avait vu précédemment en Russie, contribua à l’attirer dans les Pays-Bas.

Ligne ne se contenta pas de ce rôle mondain; il s’associa à une tentative gouvernementale de résurrection intellectuelle des Pays-Bas, imaginée par le comte de Cobenzl, ministre plénipotentiaire, à qui le gouverneur Charles de Lorraine abandonnait le pouvoir.

La passion du gouverneur pour la comédie avait donné une puissante impulsion à l'établissement du théâtre bruxellois. Grâce à lui, nous avons vu qu’une troupe subventionnée de « Comédiens ordinaires de S, À. » avait pu s'installer à Ja Monnaie.

De son côté, Cobenzl, homme de fine culture, propriétaire de la plus riche bibliothèque des Pays-Bas et discrètement aidé par son amie Caroline Murray, désirait, en outre, donner un regain de vie littéraire à ce pays, en groupant les intelligences locales et (ceci promettait davantage à cette époque de somnolence) en attirant des intelligences étrangères. Sa correspondance personnelle, dans le seul domaine artistique, fut énorme et l’on y voit à quel point il était inspiré par son admiration pour les Philosophes, principalement Montesquieu ?.

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