Mémoires, Arch. de Belæil
2. Cf. Introduction des Lettres sur les Spectacles, éd. du Centenaire.
Son fils faisait ses études au Collège d'Harcourt; Cobenzl fut scandalisé lors de l’édit qui, en février 1763, enleva au Jésuites le droit d'enseigner et les chassa de France. Sur ce point, il Sympathisait avec Ligne qui accueillit chaudement l’un des professeurs de Louis-le-Grand, le P. Griffet avec qui le Prince était entré en relations à Paris, par l'intermédiaire du P. de la Porte, et avait engagé une correspondance très animée. Le pauvre Père Griffet, réfugié en Belgique, y mourut en 1771. Ses conseils délicats contribuaient à maintenir la fantaisie intellectuelle du Prince dans les limites du bon goût : au cours d’une lettre 1, 1l lui prodiguait de salutaires avertissements relativement aux excès d’esprit.
L'un des moyens qu’employa Cobenzl pour parvenir à ses nobles fins fut la création en 1769 d’une « Société Littéraire de Bruxelles », tout aristocratique. Les deux premiers collaborateurs furent le Duc d’Arenberg et Charles-Joseph de Ligne, qui n'avait pas l'intention de se borner à un rôle de Mécène et dont les velléités littéraires, sous le voile de l’anonymat, étaient toujours latentes. Des correspondants étrangers furent affiliés à cet embryon d’Académie au nombre desquels compta Schœæpflin, de Strasbourg, historiographe et antiquaire de grand renom. C’est à lui que le Prince adressa, comme membre de la société, une curieuse dissertation épistolaire, sur César. Ligne témoigna au savant strasbourgeois le désir qu'il avait de voir s'établir des rapports intellectuels suivis entre les pays de langue française et allemande.
Bien que les documents à ce sujet soient peu nombreux, nous voyons donc que le Prince joua, sous ce nouvel aspect d’Académicien sans habit vert, — il devait se moquer plus tard de ces cercles de personnages chamarrés et pédants, — un rôle non seulement régional, mais international. Il travailla, de son propre effort, à la réalisation qu’il souhaitait d’une assemblée intellectuelle, étrangère à toutes querelles de monarque ou de peuple et par laquelle progresserait l’esprit humain. Bien entendu, au compte de Ligne, cette assemblée se soucierait de maintenir l’élégance de l'esprit et les raffinements de la « culture française » pour employer un mot fort heureusement inconnu du xviri° siècle. Afin de répandre à travers les Pays-Bas de féconds éléments, le