‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 60 sur 130 · LE CONTACT AVEC: L'ORIENT · texte numérisé non relu

LE CONTACT AVEC: L'ORIENT

Si Catherine, en invitant le Prince, avait souhaité éblouir en lui le représentant de l’Europe occidentale, elle y avait à coup sûr réussi. Pour accoutumé que fût Charles-Joseph aux fêtes les plus élégantes, celles auxquelles il assistait ici dépassaient en faste tout ce qu'il avait vu, et lui semblaient une réalisation des contes fantastiques ou des légendes de l'Orient. Les quatre-vingt galères impériales qui naviguaient lentement vers la mer, véritables palais flottants tendus d’étoffes précieuses et portant d’invisibles orchestres, le faisaient songer à Cléopâtre dont cette expédition eût été digne. L’hospitalité de Potemkin succédait à celle de Romanzov, les fêtes de Cherson à celles de Kaniev, données par Stanislas « au prix de trois mois et de trois millions pour voir l’Impératrice pendant trois heures ».

Ce furent des illuminations, des lancements de vaisseaux, des distributions de diamants et de perles, des tentes de velours dressées en plein désert, et des palais antiques restaurés pour l'usage d’une nuit. Le cortège nécessitait six cents chevaux à chaque relais; les voitures regorgeaient de pêches et d’oranges, et le vin de champagne coulait à flot... pour les laquais.

Mais Ligne était frappé, non point tant par le déploiement de ces richesses que par le caractère exotique du décor et des personnages; rien dans sa première visite n'aurait pu le lui faire soupçonner. Catherine et son entourage, soumis à une étiquette semblable à celle des autres cours, laissaient paraître ici

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