La lettre IV. Ed. du Cent. Lettre dite de Parthénizza
3. « Encore une fois, que fais-je donc icil » Lettres à la marquise de GG, 1Ds05 81 “
« pittoresque », extérieur ou profond selon les cas : « Tout ce qui peut paraître piquant par le changement des mœurs, des usages, de l'esprit... » est bon pour lui à saisir. Et il le saisit bien, l’exprime dans les termes les plus spirituels du monde : « Moscou ressemble à quatre ou cinq châteaux de grands seigneurs qui seraient venus avec leur village sur des roulettes se réunir pour vivre ensemble. »
Il est amusant de voyager, surtout pour celui à qui sa réputation et son rang permettent d’être bien reçu et de bien voir. « Si c'est comme promenade, j'aime qu'on voyage! », dit-il. C’est une profitable expérience, mais qui n’en reste pas moins une excursion hors du cercle habituel où l’on rentre vite. Ligne semble regretter de quitter Parthénizza? Bien qu'il méprise celui qui en exil ne saurait vivre heureux, en compagnie de « ses livres et de belles créatures », gageons qu’il s’y ennuierait vite. Ligne a été sensible, certes, à la qualité du paysage; mais il est peu contemplateur de la nature, et il lui arrive peu de temps après de pester contre « une campagne de six mois, sans rien voir d'autre que le ciel, la mer, et des herbes dans une plaine de trois cents lieues ».
Pourtant, il a sincèrement admiré la belle végétation de Crimée, plus fertile encore que celle de Provence. Nous verrons que la révélatien d’une nature plus riche modifia, élargit sa conception du jardin, et qu’il rêva d'adopter plusieurs formes de construction observées là, ou en Hongrie, une de ces fontaines par exemple telles qu’on en rencontre sur les routes bessarabiennes.
Son impartialité est remarquable, et même alors qu'il s’agit pour lui d’aider les Russes à battre les Turcs, il conserve une même sympathie pour les uns et pour les autres, s’accommode de la crédulité superstitieuse et de quelques goûts barbares de Potemkin. Cela est d’une grande saveur pour le psychologue, car « les nations moins civilisées conservent mieux leur caractère pittoresque ».
Il tire de ces observations des considérations générales. Mais un fait demeure à ses yeux : plus une nation, par son aspect original, s’écarte des mœurs françaises, moins elle paraît au Prince civilisée.
CHA PITREUVI