Voir ci-dessus, p. 8o
2. Contre-réflexions aux réflexions de Dumouriez, Ann. P. de L., t. II
C'est là une nécessité de l’organisation sociale, dit-il, et il est moins fréquent dans une monarchie que sous toute autre forme de gouvernement. Si des gens en souffrent, d’autres en vivent. Ici, c’est avec Voltaire que Ligne s'accorde dans ce machiavélisme moins cynique qu’il ne paraît. « Que d’abus, grands Dieux, si on les corrige! » s’exclamait-il pour résumer sa pensée.
Le dernier séjour de Ligne en France coïncida avec la réunion de l’Assemblée des Notables {.
Parmi les étrangers réunis à Kief autour de Catherine, on parlait beaucoup de cette assemblée, et Ligne était le seul à n'y pas applaudir; il n’en présageait rien de bon. En face de diplomates étrangers, ennemis plus ou moins déguisés de la France, le prince craignait pour elle. Quant aux hommes d'État américains, Sileas Deane, Arthur Lee et Franklin, que la France accueillait avec tant d'empressement, Ligne dans ses lettres, les criblait de quolibets ?, eux et ces clubs qu'il avait détestés au nom de l'idéal mondain et dont la turbulence grandissait.
C'était sur ce même ton de badinage qu’il s’entretenait de ces questions avec Ségur. Le comte en effet exprimait des idées libérales que Ligne taxait d’idéalistes et d’illogiques. Par considération pour ses louables intentions et surtout par amitié, le prince lui pardonnait volontiers sa sympathie pour certaines gens à qui il le jugeait bien supérieur. « Si celui à côté de qui je suis logé s’égare, écrivait-il déjà, c'est le seul qui méritera de l’indulgence! » En fait, Ligne se montra peu indulgent et refusa de reconnaître dans le Ségur complice des idées révolutionnaires son ami de voyage.
Bien éloigné d’un tel penchant au libéralisme, le prince admirait que l’autocrate de toutes les Russies eût à sa disposition une si entière puissance, qui lui permettait de répandre « le bien » dans son Empire.