‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 78 sur 130 · Arch. de Belæil · texte numérisé non relu

Arch. de Belæil

OuLié Marrug. — Le cosmopolitisme du prince de Ligne. II

voix d’électeur. Ainsi tournait-il contre lui l'opinion étrangère aussi bien que celle de l’Autriche.

Il n’en demeurait pas moins vrai qu’il devait le rétablissement de sa fortune, en toute loyauté, aux gouvernements étrangers, tandis que celui de l'Autriche ne daignait même pas remplacer par quelque autre charge celles qu'il avait si heureusement remplies en Hainaut. Ainsi que tous les survivants de l’ancienne cour‘, et bien que maintenu en activité de service, il fut écarté par le souverain et par ses ministres, par ce Thugut qui le haïssait. À trois reprises, il put croire qu’on l’emploierait. On songea effectivement à lui pour le commandement de l’armée du Rhin, de l’armée d'Italie. Il fut réclamé par le roi de Sardaigne et Mylord Grenville*. Thugut fit tout échouer. Ligne reçut bien en 1807 à titre de compensation honorifique, le capitanat des trabans de la garde et l’année suivante le feldmaréchalat. Ces grades lui venaient trop tard.

D'où vint cet éloignement systématique d’un homme qui avait rendu, malgré ses allures capricieuses, d’incontestables services? Il est vrai moitié par négligence, moitié par fierté, qu'il ne faisait jamais aucune démarche. Il était d’un temps où les pairs de l’empereur n'étaient pas ses fonctionnaires, où sans intrigues, on avait chance d'occuper ces postes avancés auxquels destinait la naissance. Il est vrai aussi que, non content d'exprimer tout haut son mépris pour Thugut, le prince avait manifesté son mécontentement de façon assez cavalière à l’empereur lui-même. Dès le couronnement de Francfort, et comme il ne recevait pas aussitôt le maréchalat, il adressa au souverain sa démission et, dans un bal, laissa tomber son épée aux pieds de Léopold. C'était, du reste, la politique autrichienne que le prince attaquait derrière les hommes qui la représentaient. Il gardait toute sa sympathie à ceux qui la blâämaient, bien qu'ils appartinssent à la famille impériale comme l’archiduc Charles. Tout cela pouvait paraître des offenses suffisantes pour justifier la rancune du souverain. D’autres raisons, plus profondes, s’y ajoutèrent.

1. Les princes de Kaunitz, Colloredo, Stahrenberg, Rosenberg et les généraux de l’Empire sacrifiés à Souvarof.

3. W. Wyndham Grenville, ministre anglais, cousin de Pitt, qui haïssait. la Révolution (1759-1834).

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