‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 82 sur 130 · Cf. Ma Napoléonide, &d. du Centenaire · texte numérisé non relu

Cf. Ma Napoléonide, &d. du Centenaire

Bonaparte marque un autre motif d'envie éclairé par une lettre de Ligne à François II : quand il réclamait du service contre l’armée française nouvellement qualifiée d’impériale, il se faisait gloire de rappeler qu’il joignait à l'honneur d’être Autrichien celui d’avoir eu des rapports avec la France où celui qui régnait était plus étranger que lui.

Si, indépendamment de tout autre point de vue, Ligne se montra un des plus grands admirateurs de Napoléon, ce fut presque uniquement de l’homme de guerre. Cette admiration détrôna même la longue supériorité qu'il accordait à Frédéric IT. Le génie de l’empereur réalisait tout ce qui avait été l’idéal de Ligne : variété de l'improvisation, rapidité de la tactique, production incessante du travail au cours de la campagne.

Il est curieux de suivre les contradictions ou plutôt les évolutions de son jugement, non sur le caractère, mais sut la fortune de Napoléon. Lorsque ses adversaires résistent mollement à l'Empereur, Ligne ne voit pas de bornes à son triomphe. En 1807 (l’année où le prince achève sa Napoléonide), il est à lJ’apogée. En somme, « ce jeune homme », au temps où il était sous-lieutenant d’artillerie, a défendu le Roi, le 10 août, aux Tuileries. Sur ce beau début, qui atténue à ses yeux le crime d’usurpation, Ligne a brodé un roman. Sa déception en fut la preuve. Il aurait fallu que Bonaparte rappelât de son plein gré les Bourbons, d’un geste noble qui eût magnifié sa mémoire.

Tant que Napoléon garde son prestige militaire et sa rudesse à peine voilée de quelque coquetterie, il reste l’homme prestigieux, conducteur de troupes et parapheur de traités, « le plus grand politique de tous les temps! ». Mais veut-il parler en dictateur, veut-il jouer sérieusement son rôle impérial? Harangueur plutôt qu’orateur, il tombe dans.le « mauvais goût, suivant Ligne, d’un seigneur italien ». [Il semble alors trivial et commère, plus tragédien que tragique”. Son trône détruit le prestige de sa tente. Néanmoins avec le recul des années, Napoléon paraîtra ce qu'il est véritablement : un très grand homme.

1. « Le grand talent de Napoléon, c’est de ne jamais se presser et de se moquer des calembours. [l ne fait jamais un pas que pour en faire un autre, et jamais une démarche militaire et politique avant le temps. » L. Wittmer. Ligne-Muller-Gent; et l'Autriche, p. 143. Ann. P. de .L., t. VI, 1025.

2. Discours de Napoléon à Vienne, Ann. P. de L.,t. II, 1921, p. 31.

” Oucré MARTHE. — Le cosmopolitisme du prince de Ligne 12

Est-ce à dire que par suite de cette confiance en son génie et cette admiration, Ligne n'ait pas jugé les fautes de l’Empereur français? Dès 1807, il remarquait que si Napoléon culbutait les trônes, il ne les renversait pas. Peut-être même ce grand capitaine ignorait-il quelques parties de l’art militaire. La descente contre l'Angleterre fut une faute au point de vue de sa réputation !, et le changement de Constitution imposée à la Suisse en fut une autre contre les Nations.

Le prince s’attacha à mettre en relief le goût de la destruction chez Napoléon. Par suite de son éloignement, il ne se rendait pas compte de l’œuvre civique solidement érigée en France. Il jugeait donc l'Empereur avec l'esprit d’un étranger aux idées larges. Mais l’impartialité qui ressort de l’ensemble de son jugement n’est pas totale. Une double rancune, inconsciente, vient s’y opposer : celle de l’Autrichien, vaincu sans la gloire du combat, et plus encore celle de l’émigré jeté hors de France. Cependant il trouva d’une excessive dureté la sentence des rois qui exilait l'Empereur déchu, surtout lorsqu'il put voir quels étaient ces rois, au Congrès de Vienne.

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