‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 85 sur 130 · Arch. de Belæil · texte numérisé non relu

Arch. de Belæil

Ce petit cercle et ses invités restaient donc fidèles au français en plein Vienne antinapoléonienne, sans s’apercevoir qu’'alors le point de vue nationaliste avait évolué, et que, pour les bons Autrichiens de 1810, parler français devenait presque aussi malsonnant que soutenir les intérêts de la France.

Ce nouvel esprit avait provoqué un retour à l’allemand que le prince constatait et dont ils ne se réjouissait guère. Il:se morfondait aussi cruellement aux dîners officiels des Clary, dîners en allemand, que les généraux prussiens de Frédéric aux dîners français de leur maître. Pour se venger, il commettait intentionnellement des impropriétés de termes, quand il était obligé de parler cette langue, impropriétés qui plongeaient dans le malaise le reste de la compagnie.

La réaction générale contre l'influence française n’était pas moins réelle, — ce que le prince appelle une espèce de digue et de ligue — et s’il exagère lorsqu'il prétend qu’on ne trouverait plus une brochure française sur la table d’une jolie femme de Vienne, Berlin, Varsovie, Pétersbourg, il reste vrai qu’alors dans toute la société l’on se remettait à l’allemand. Ligne avait beau protester, dans ses Lettres de Fédor, que cette langue était faite uniquement pour le commandement militaire, la science et l’histoire, cette rude prononciation n’écorchait pas moins les jolies bouches des femmes, à sa grande indignation.

Le prince avait toujours jugé qu'il n’y avait pas de pays où te spectacle français fût plus nécessaire tant il contribue « à l'éducation, au ton, au goût, au maintien, à l’intonation même de la voix‘ ». C’est dans cette croyance que le Burgtheater de Vienne avait été transformé en « théâtre français près de la cour » par le comte Esterhazy et maintenu comme tel jusqu’en 1789 par Sonnenfels; ceux-ci regardaient la scène française comme le modèle sur lequel doit se former la scène allemande®. Les pièces allemandes, à farces et à arlequinades, étaient réservées au peuple.

Sur ce point du moins, le français résista plus longtemps à Vattaque et l’on continuait à jouer en 1814 du Marivaux et d’autres auteurs français parce qu'ils étaient les seuls estimés. Tous les divertissements de société restaient en français. Ici,

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