Ann. P. de L., t. IV, 1923, p
2. « Il faut qu’on n’en puisse dire ni « il est mathématicien », ni « prédicateur », ni « éloquent », mais il est honnête homme. » Cette qualité universelle me plaît seule. Quand, en voyant un homme, on se souvient de son livre, c'est mauvais signe; je voudrais qu’on ne s’aperçut d'aucune qualité Ave pas la rencontre et l'occasion d’en user. (Ne quid nimis) de peur qu’une qualité ne l'emporte et ne fasse baptiser ».
Pensées, éd. Brunschvig, Hachette, Paris, 1920, p. 334.
nisme, se trouvât cependant en sympathie avec le grand Religieux.
L'expression a changé : Ligne ne dit plus « honnête homme », mais « homme de bonne compagnie ». Voilà la qualité nécessaire à celui qui veut juger les autres ou simplement en parler. « Il faut être homme de bonne compagnie pour écrire l'histoire. » Il met donc tout son orgueil à se montrer tel, et dans ses œuvres il peint des hommes de sa sorte : Fédor, Bélial, qui ont cette vaste et peu profonde culture sous une affectation de légèreté, cette ironie point méchante.
Cet idéal de l’homme modelé pour l’agrément de la vie de société se retrouve dans les moindres détails, dans la préoccupation, par exemple, de ne pas se rendre ennuyeux : il faudra que l’auteur dramatique, lui aussi, soit homme de bonne compagnie pour ne pas faire bâiller par de longs monologues.
Ainsi, sous cette règle élégante se dégage un art poli, d'intérêt égal pour toutes âmes bien nées et qui, en dépit de sa formation aristocratique, veut se mettre à la portée du plus grand nombre. D'où : « le coloris peut se perdre, mais jamais le dessin », et si un auteur français vient dire à Ligne qu'on ne saurait rendre une idée dans une autre langue que la sienne, il lui répond : « Monsieur, c’est que vous n'êtes pas clair dans la vôtre. »
Grâce à son éducation classique, à cette confiance dans la valeur universelle de la pensée, le prince ne croit pas qu’une œuvre vraiment belle perde à être traduite. S'il est prouvé que les traductions dénaturent l'original, c’est qu’alors elles sont gauchement exécutées. Lui assure-t-on que Werther est encore plus sublime en allemand? Il le trouve « très suffisamment chaud, vif et rapide » en français. Combien peu lui importent les détails, le pittoresque des mots en comparaison de la valeur psychologique de l’œuvre!