Mél., t. XVIII, p. 3. 3. Mél., t. XXXII
Et pourtant, Alferi, soumis à l’influence littéraire de la France, ne représentait pas vraiment le génie italien, d après l'avis de Mme de Staël : « … il n’a pas créé ce qu'on pourrait appeler un ‘théâtre italien, c’est-à-dire des tragédies dans lesquelles ou trouvât un mérite particulier à l'Italie, et même, il n’a pas caractérisé les mœurs des pays et des siècles qu il a peints. » (Elle s’exprimait ainsi à propos de son « Pulippe IT ».)
Quant au sujet même, le prince le transformait suivant son opinion personnelle sur l’histoire des Pays-Bas, en déchargeant le duc d’Albe aux dépens de Philippe Il.
Du reste, en dépit du sujet, il introduit bien peu de couleur locale ; tout le pittoresque de Don Carlos se réduit à un chant de guitare sur lequel s'ouvre la pièce, ainsi qu’une comédie de Shakespeare ‘. Il y a aussi une duègne, à peine différente de la confidente classique. Hvidemment, l’idée de cette douce reine, prisonnière de l'étiquette dans le sombre Escurial, est assez identique à celle que Victor Hugo développa plus tard dans ÆRuy Blas. Pourtant, nous ne serions pas tentés de prendre Ligne pour un romantique.
S'il accepte donc l'introduction d'éléments étrangers, c’est par confiance dans le choix mesuré de l’esprit français et dans l'habileté avec laquelle celui-ci utilisera le produit du triage. Ligne ne vise qu’à dégager les « beautés noyées » dans le théâtre allemand ou anglais, non à les transporter directement dans notre littérature. Il n’a pas à leur égard cette pleine admiration des vrais précurseurs du Romantisme pour l’aspect particulier de chacune des autres littératures.
Les romans des Anglais lui semblent ceux de gens qui « ont un transport au cerveau »; et lorsque Mme de Krüdener eut écrit, sous l'influence de Werther son roman de Valérie que Goethe lui-même trouvait détestable, Ligne prit soin d'écrire une suite, plus gaie.
Le mot de mélancolie, ce grand mot tout désarticulé, le faisait rire. Il lui semblait manquer de piquant et de physionomie. Et le « Weltschmerz » ne l’atteignait pas.
On comprend difficilement comment on a pu arriver à qualifier Ligne de romantique : il ne le fut ni de tempé-