DE LA GARDE DES MATRICES
Wï^9 A. g^arde et l'emploi des matrices des sceaux k \h^i publics étaient confiés à des personnes d'une '^^^>^} probité, et d'une loyauté reconnues.
C'était un grand dignitaire de la couronne, le chancelier, qui avait la garde du grand sceau royal. Le roi conservait près de lui ses cachets et signets privés.
L'inventaire des meubles de Charles V dit : « Signets estans ou coffre de cypraes dont le roy porte la clef. » En Angleterre, le chancelier ne se dessaisissait jamais du sceau royal : maître Roger, vice -chancelier de Richard I", ayant péri dans un naufrage proche l'île de Rhodes, on trouva le sceau royal suspendu à son cou. Le sceau privé de Henri VIII était gardé par Jean Russell, chevaher de la Jarretière.
Le garde des chartes de la grande église de Constantinople portait sur sa poitrine le sceau du patriarche.
Dans les chapitres, dans les abbayes, c'était également au chancelier qu'était attribuée la conservation du sceau. Chaque juridiction, bailliage, prévôté ou vicomte, avait son gardien du scel ; dans certains tribunaux ecclésiastiques, on l'appelait sigillifer.
Les chevahers, les bourgeois conservaient toujours leurs matrices avec eux : le châtelain de Coucy, atteint à la croisade d'une blessure mortelle, jette son signet à la mer.
Le maire de la ville d'Amiens portait à la ceinture les sceaux de sa ville : « A Euvrarde, ouvrière de broudure, pour son salaire et labeur d'avoir fait et ouvré de broudure une bourse pour les sceaulx de la ville que porte à son chaint le majeur d'Amiens... » (Comptes de la ville, i384-i385.) C'était en effet dans des bourses qu'on enfermait d'ordinaire les matrices de sceaux.
Dans un registre de l'argenterie de la reine, en
1403, nous trouvons que Jaquette d'Espinay, boursière, fournit deux bourses à mettre les sceaux du dauphin et de madame de Bretagne.
Les comptes de Targenterie du roi Jean, r352-i355, mentionnent des achats de soie, d'or de Chypre, de velours bleu et de camocas livrés à Pierre des Barres, orfèvre, pour confectionner deux tasses, c'est-à-dire deux bourses : l'une pour le chancelier de France, et l'autre où Ton enfermait le scel secret. A celle-ci brillait une perle vermeille. Un peu plus loin, une aune de fin velours azuré, une demi-livre d'or de Chypre et une demi-livre de soie de couleur ardente sont employées à fabriquer quatre bourses à mettre les sceaux du secret du roi, du dauphin, du duc d'Orléans et du comte d'Anjou, cette dernière suspendue à une chaîne d'argent.
La perte ou le vol d'une matrice pouvait exposer son propriétaire à de terribles conséquences. Ayant tout à redouter d'actes scellés sans sa participation, il s'empressait de révoquer le sceau perdu par un acte dressé à la chancellerie, au Châtelet ou devant une autre juridiction. Il avait aussi recours à une déclaration publique dans laquelle il annonçait la perte de la matrice, en donnait la description, recommandant de ne pas ajouter foi aux lettres qui en seraient désormais scellées. La première déclaration était suivie d'une seconde relative au nouveau type remplaçant la matrice perdue.
Voici la dénonciation de la perte des sceaux de la ville de Paris : «Vendredi lo décembre 1417, maître Jehan le Bugle, ou nom et comme procureur de la ville de Paris, vint en la chambre de Parlement dénuncier et signifier que le jour précédent les seaulx de ladicte ville de Paris avoient esté perduz par larrecin, et que ce n'estoit pas l'intention de la ville de adjouter foy désormais à ce qui seroit fait soubz le scellé des ditz seaulx depuis le dit larrecin, et perte dessuz diz. Mais feroit faire autres seaulx nouveaux differens à ceulx qui ont esté perduz. »