DE MAJESTÉ
ÉROViNGiENs. — La représentation barbare des souverains de la première race consiste en une tête ordinairement vue de face, à longs cheveux partagés sur le milieu du front, avec peu
Initiale du xii« s., ms. n» 108, à la Bibl. de Laon. QU poiut dC barbe 5 UUC
croix l'accompagne de chaque côté (fig. 21).
Carolingiens. — Les Carolingiens ont imité dans leurs intailles un type très antérieur à leur époque, ou se sont servis de pierres antiques. Le type qui leur est propre nous les montre en buste de profil,
les- cheveux courts, le manteau agrafé sur Tépaule, la
tête laurée. Zuentebold, roi de Lorraine, est le seul qui ait ceint le diadème.
Lorsque les Carolingiens ont confié à des pierres anciennes le soin de confirmer leurs diplômes,
Fig.2i.-Childebertm.695.7... J^^j- ^J-^qJ^ ^q g'gg|- p^g égaré. Ils
se sont adressés aux divinités de l'Olympe, aux empereurs romains. Charlemagne emploie la figure de Marc-Aurèle et, après son couronnement, Tempreinte d'un Jupiter Sérapis ; Pépin I", roi d'Aquitaine, emprunte la tète d'Auguste ; Louis le Dé-
Fig. 2 2.
Cliarlemagne, 774.
Pierre gravée antique bonualre SCclle aVCC
représentant le buste de Marc-Aurèle.
un buste de Commode ;
Fig. 23. — Louis
le Débonnaire, 8ib.
Pierre gravée antique
représentant le buste
de Commode.
Lothaire l" se sert de l'effigie d'Ale.xandre Sévère.
Capétiens. — Avec les Capétiens va paraître le type dit de majesté. A l'exception de Robert, vu seulement à mi-corps, les sceaux représentent ces rois en entier, assis de face sur un trône, revêtus de deux tuniques, le manteau royal attaché sur l'épaule, couronnés, tenant le sceptre.
La Chevelure. — Les cheveux, courts chez Robert,
COSIUMK ROYAL 79
Henri I"', Philippe l" et Louis le Gros, deviennent longs et flottants sur les épaules dans les types de Louis VII, de Philippe -Auguste, de Louis VIII. Ils diminuent ensuite de façon à ne pas dépasser la naissance du cou chez saint Louis, Philippe le Hardi, jusqu'à Henri II et ses successeurs, qui reprennent Tusage des cheveux courts.
La Barbe. — Les premiers Capétiens, Robert, Henri I", Philippe I"', portent toute la barbe. Raccourcie chez Louis VI, elle paraît rasée chez Louis VII, Test complètement chez Philippe-Auguste et tous les autres souverains, jusqu'à l'avènement de Henri II qui la remet en faveur.
L'Habillement. — L'habillement apparent des rois de la troisième race se compose d'une tunique ou robe de dessous, d'une autre tunique ou dalmatique posée sur la précédente, et d'un manteau.
Henri I", Philippe I", Louis VI portent une dalmatique à manches étroites allant jusqu'au poignet, à jupe descendant à mi-jambes et retenue par une ceinture. Elle cache entièrement la robe de dessous. Le manteau court, le sagiim., est attaché sur l'épaule droite par une agrafe de perles ou de pierreries disposées quelquefois en fleuron.
Chez Louis VIT, Philippe -Auguste (fig. 24) et Louis VIII, la dalmatique reste la même, seulement sa Jupe est fendue sur les côtés et laisse voir la tunique de dessous qui, plus longue, descend sur les pieds.
Le manteau, devenu plus ample et bordé d'un large galon d'or qu'on appelait orfroi^ est retenu sur Tépaule par un nœud de l'étoffe.
Sur les sceaux de saint Louis, de Philippe le Hardi, la dalmatique prend des manches larges, qui ne dépassent pas la moitié de l'avant-bras. La jupe, ornée jx^ ^ ^ d'une riche bordure, s'arrête à
mi-jambes et laisse voir la robe de dessous, dont les manches étroites atteignent le poignet, et dont le bas tombe jusqu'aux pieds. Le manteau devient la chlamyde antique. Bordé d'un large galon fleurdelysé, il est attaché sur l'épaule droite par un fermail en fleur de lys, ou par une agrafe ornée d'une grosse perle ou d'une pierre fine.
Sous les règnes suivants, la dalmatique s'allonge de telle sorte que, descendant presque aussi bas que la robe chez Philippe le Bel, elle la cache entièrement chez les successeurs de ce roi, et ne laisse voir que le bout des manches. De plus, la ceinture disparaît ; le vêtement devient ample et flottant. Voici comment est inventoriée une dalmatique du roi Charles V : « Ung dalmatique de satin azuré à fleurs de lys d'or, orfroisié à perles tout autour, et doublé
Fig. 24.
Philippe-Auguste, iiSo.
SCEAU DE CHARLES V, DIT LE SAGE (i337-i38ol TYPE DE MAJESTÉ
Sous un petit dais d'architecture, le roi, assis sur un pliant orne de tètes de dauphins et recouvert d'une draperie, lient le sceptre et le bâton de justice. Charles V est représenté couronné, revêtu d'une dalmatique d'apparat et du manteau royal. Ses pieds reposent sur deux lions couchés.
La légende signifie: Charles, par la grâce de Dieu, roi des Français.
(Collection des Archives nationales.)
imp.Leniercier î C! Pans
COSTUME ROYAL
comme dessus (de satin vermeil), fermant sur les deux espaulles à quatre gros boutons de grossettes perles, et en chascun d'iceulx, a ung chaston d'un ballay d'Orient ou mylieu. »
A partir de Charles VIII, le costume royal s'enrichit d'un camail d'hermine posé sur le manteau.
Enfin, sous Louis XII, François P' et Henri II, les manches de la dalmatique se J raccourcissent et ne dépassent pas le milieu du bras.
Malgré l'usage si fréquent au moyen âge de porter des agrafes, des fermaux précieux, des bijoux artistement travaillés, le costume de nos rois a gardé, sur les sceaux, i-'>ë- ^5. — saim Louis, 1240.
une grande sévérité. Le type de majesté de Charles VII présente seul un ornement particulier. On distingue sur la poitrine du souverain un joyau en forme de quintefeuille ou d'étoile à pointes arrondies.
La couronne. — La couronne royale est ouverte et rehaussée de quatre fleurons ou fleurs de lys. Très simple chez Robert, Henri P", elle s'enrichit ensuite de perles, de pierreries ou d'un travail plus précieux chez Phihppe I", Louis VI, Louis VII, Philippe- Auguste, saint Louis, etc. Dans la couronne de
Philippe le Long, les fleurons sont séparés chacun par un appendice muni d'une perle ; quatre fleurons plus petits, au lieu de perles, accompagnent les quatre grands fleurons de la couronne de Charles V.
En l'absence du grand sceau , les souverains ont employé un sceau plus petit, où la couronne royale se trouve reproduite dans des proportions plus grandes et avec des détails d'ornementation que Ton ne rencontre pas dans les types de majesté. C'est sur le sceau de ré-
Fig. 26. — Sceau de régence.
Deuxicme croisade gence qui scrvait pendant la
de saint Louis, 1270. , .^ . , , . - .
deuxième croisade de saint Louis qu'est figurée la couronne dont nous donnons ici le croquis.
Le sceau de régence de Philippe le Hardi représente également en plus grand la couronne de France. Dans un type de Louis XI, pour servir en l'absence du type de majesté, la couronne est rehaussée de huit fleurs de lys, séparées chacune par un élégant appendice trifolié, tandis que sur les autres sceaux du roi la couronne comporte seulement quatre fleurons, accompagnés chacun d'un fleuron plus petit.
Sous Henri II la couronne royale est fermée.
Les images fournies par les sceaux ne peuvent nous donner que des idées d'ensemble. La petite dimension de ces monuments n'a pas permis aux graveurs de reproduire en détail l'orfèvrerie et les bijoux
COSTUME ROYAL 83
qui d'écoraient la couronné de nos souverains. Heureusement, les comptes sont plus explicites; quelquefois même ils réussissent à satisfaire entièrement notre curiosité. Tel est l'Inventaire des meubles de Charles V, de Fan i38o, dont nous extrayons ce qui suit :
« La très grant, très belle et la meilleure couronne du Roy, laquelle il a fait faire. En laquelle a quatre grans florons et quatre petiz, garniz de pierrerie. Et en chacun des grans florons, c'est assavoir : au maistre floron, endroit le chappel, a ung très grant ballay carré, acosté de deux grans saphirs, et aux quatre coings du dit ballay carré a, en chascun, une très grosse perle; et au dessus du dit ballay, a ung autre ballay carré au dessus duquel a deux perles et ung dyamant ou mylieu, et au dessus, ung autre ballay long sur le ront, où au dessus a pareillement deux perles et ung dyamant. Et ou mylieu du dit floron, a un grant saphir à huit costés, au dessus duquel a ung dyamant. Et ou chef du dit floron, a ung gros ballay cabouchon et, aux deux costez, deux balays carrez à Tenviron desquels a quatre grosses perles. Et aux costez du dit saphir, a en chascun costé, troys balays à ung dyamant et troys perles entre deux. Et en chacune pointe de dessoubz, la dicte fleur de lys a une troche de troys perles et ung dyamant ou mylieu. Et ou chef du dit floron, a une troche de cinq très grosses perles et ung dyamant ou mylieu. Et ou petit floron de la dicte couronne, a au
chappel ung très grant saphir acosté de quatre balays, au dessus duquel saphir a ung ballay carré, et ou mylieu du dit floron, ung gros ballay cabouchon à Tentour duquel a troys saphirs et quatre perles. Et au chef du dit floron, a une troche de troys perles et ung dyamant ou mylieu. Et ainsi se poursuivent tous les dits florons en nombre de pierrerie. Et oultre, a au chappel huit bastonnetz dont en chacun a quatre grosses perles.
« Et est Taumuce de la dicte couronne de veluiau azuré, sur laquelle a une croisiée d'or garnie de pierrerie, c'est assavoir : de huit balays, huit saphirs et' de trente six perles. Et au dessus, a un très grant et très gros saphir où dessus a rivé une très grosse perle. Et sur le veluiau de la dicte aumuce, a douze fleurs de lys d'or cousues. »
Le sceptre et le bâton de justice. — Le roi Robert n'a pas de sceptre, à moins qu'on ne veuille donner ce nom au double fleuron qu'il tient de la main droite; le sceptre de Henri P' consiste en un bâton surmonté d'une croix.
Philippe I"' et Louis VI tiennent un sceptre fleuronné; sur les sceaux de Louis VII, de Philippe- Auguste et de Louis VIII, il est terminé par un petit fleuron enchâssé dans un losange orné d'une pommette à chacun de ses angles. A partir de saint Louis, le sceptre redevient fleuronné, c'est-à-dire se termine par un fleuron libre, fleuron de fantaisie variant dans ses
COSTUMK ROYAL
détails et dans sa proportion. Cette dernière forme va continuer ainsi pendant une longue série de rois. Seulement, dès le sceau de Louis le Hutin, le sceptre aura pour pendant le bâton de justice. Tandis que les
Fig. 27. — Louis le Hatin, i3i5.
rois précédents tenaient, dans la main qui ne portait pas le sceptre, un monde, un trident à pointes surmontées de troches de perles, un fleuron ou une fleur de lys, Louis le Hutin et ses successeurs auront le bâton de justice.
Parmi les habits et joyaux ordonnés pour le sacre
des rois de France et remis en garde à Tabbaye de Saint-Denis par le roi Charles V, le 7 mai i38o, on remarque « ung ceptre d'or- pour tenir en la main du Roy, pesant environ neuf marcs, dont le baston est taillé à compas de neus et de fleurs de lys; et est la pomme du dit baston, taillée de haulte taille d'estore de Charlemaigne, garny de troys ballays, trois saphirs, troys troches, dont en l'une a quatre grosses perles et ung dyamant ou mylieu. Et au dessus et au dessoubz de la dicte pomme, a sezes perles et sur la dicte pomme, a un lys esmaillé d'esmail blanc, sur lequel lys est assis en une chayère d'or saint Charles qui fut -y empereur de Romme. Et sur le devant de sa couronne, a ung petit Fig. 2S.- Henri I", io35. ^^^^^ d'Orient, et le fruitelet de la
dicte couronne est d'une grosse perle. Et est le dit ceptre en ung estui brodé de veluiau azuré semé de fleurs de lys et garny d'argent doré. )j
Le trône. — L'imagerie des trônes commence en io35. A cette date, le sceau de Henri l" représente ce roi sur un trône d'architecture, sorte de banc garni d'un coussin, muni d'un dossier triangulaire et d'un marchepied.
Ce modèle n'a eu qu'une fort courte durée. Dès 1082, sous Philippe P', le trône consiste en un siège
COSTUME ROYAf.
pliant, en forme d'X, à têtes et à pieds d'animaux ; les pieds du roi reposent sur un tapis ou sur un escabeau treillissé à fleurs. Telle est en général la manière dont le trône est figuré sur les sceaux royaux
Fig. 29. — Louis XIL 149S.
jusqu'à Charles VII, sauf quelques modifications ou embellissements qui vont être mentionnés. Amsi, les bras du pliant royal sont ordinairement décorés de têtes de lion, mais on rencontre des têtes de chien, de dragon, dans les trônes de saint Louis, de Philippe le Hardi. Pour le siège d'apparat du roi Jean, on a employé des aigles, sans doute par allusion à Taigle
de saint Jean. Des têtes de dauphin ornent le pliant de Charles V, celui de Charles VII. Le trône de Charles VI a des bras terminés par une fleur de lys sortant de la corolle d'un lis naturel. Sous Philippe le Bel, le siège se couvre d'une draperie, d'un poêle,
Fig. 3o. — Cliarlcs Vil, 1444.
et il en sera désormais toujours recouvert. Une tapisserie à compartiments fleurdelysés est tendue derrière les trônes de Philippe le Long et de Philippe de Valois. Dès le roi Jean, deux lions couchés, sur lesquels reposent les pieds du souverain, remplacent l'escabeau ; un petit dais d'architecture est placé audessus de sa tête. La tenture, semée de France, que l'on a vue commencer avec Philippe le Long, vient,
COSTUME ROYAL 8y
SOUS Charles VII, rejoindre le dais et former ainsi un pavillon qui, sous Louis XII (fig. 29) et Henri II, sera soutenu par deux anges.
A partir de Louis XI, le pliant à tètes d'animaux disparaît. Les bras du trône présentent Taspect de deux bornes recouvertes d'une draperie. Cest par exception que Ton trouve quelquefois un banc en forme de stalle couronnée d'un dais, fermé de trois côtés par une boiserie délicatement sculptée, tantôt pleine, tantôt à colonnettes à jour. Ces trônes figurent particulièrement sur les sceaux ordonnés en l'absence du grand sceau de majesté. On pourra les étudier dans les types de Charles VII (fig. 3o), de Louis XI et de Charles VIII.
Ornement tire du ms. n" 64 de la Bibl. de Soissons, XIII" sicdc.
Ornement tiré du Psautier de SAint Louis, manuscrit du xill" siècle, à la Bibliotbèque
nationale.
VETEMENT FÉMININ
Initiale du Psautier de saint Louis, manuscrit du xm' siècle, à la Bibliothèque nationale.
ES sceaux des dames appartenant à la noblesse fournissent seuls des notions sur le vêtement féminin. Le type qu'ils représentent, le même pour tous les rangs, depuis la souveraine jusqu'à la femme du simple gentilhomme, se rapporte à la tenue de cérémonie. Ce chapitre aura donc pour objet le costume d'apparat et ses modifications.
Les dames sont figurées ordinairement debout, quelquefois à cheval, très rarement assises, vêtues de deux robes ou, pour parler plus exactement, de deux tuniques et d'un manteau, coiff"ées à la mode du temps, gantées, tenant une fleur à la main ou un oiseau de vol sur le poing. Les reines, toujours debout, portent
la couronne et le sceptre ; c'est leur seul caractère distinctif.
Les deux Tuniques. — Les deux tuniques se passaient Tune sur Tautre ; la tunique de dessous, par conséquent, ne paraît que lorsque la façon de la tunique de dessus le permet.
Dans les plus anciens types, de 1140 à i23o, la tunique de dessus est un bliaud très étroit, ajusté à la forme de la poitrine, des hanches et des bras. Une ceinture le retient quelquefois à la taille ; sa jupe retombe jusqu'à terre. Les manches, à partir du poignet, se continuent en une longue pièce d'étoffe descendant presque aussi bas que la jupe. La tunique de dessous, le chaiuse, est complètement cachée.
Ainsi est habillée Mahaut, comtesse d'Evreux, en 1140-1180, — Elisabeth, comtesse de Flandre, en 1170, • — Éléonore de Vermandois, comtesse de Beaumont, en 1177, — Adèle de Champagne, troisième femme de Louis le Jeune, en 1190, — Marie de France, veuve de Henri P', comte de Champagne, en iiqS, — Héla, vicomtesse de Chàtellerault, en 1220. — On remarquera les manches de la comtesse d'Evreux,
Fig. 3i.
Adule de Champagne.
troisième femme de Louis le Jeune, 1 190.
VETEMENT FEMININ
Fig. 32.
Maliaut.
comtesse d'Evreux, 1 140- 1 180.
dont les extrémités sont relevées en anse de nœud
coulant.
Vers i23o, le bliaud est remplacé par le siircot^
vêtement sans manches, fendu de chaque
côté pour laisser passer les bras, et fermant sur les épaules par des boutons.
Le surcot n'a pas de ceinture. Sa jupe
tombe jusqu'à mi-jambes et laisse voir,
à partir de là, une tunique de dessous,
appelée cotte^ très ample et fort longue,
mais à manches étroites. Marie, comtesse
de Ponthieu, en i23o, — Mahaut, comtesse de Boulogne, en i236, — et Alix,
comtesse de Duras, en 1261, — ont porté
cet habillement, dont on ne trouve plus de traces sur les sceaux à partir de 1275.
Dès 1233, une nouvelle mode commence. Le surcot devient plus étoffé du corsage et de la jupe, ses manches plates s'arrêtent au poignet sans le dépasser ; une ceinture le noue à la taille. Le nouvTci veau surcot cache entièrement la ^v«J tunique de dessous. Il se montre Fig. ii. - Marie. pour la première fois dans le type
comtesse de Ponthieu, 12'io. 11 « i- , 1 ■» /r •■
dAlix, comtesse de Maçon, — continue avec Mahaut, comtesse de Boulogne, en 1239,
— Laurette de Dampierre, fille du duc de Lorraine, en 1256, — Marie de Brabant, deuxième femme de Philippe le Hardi, en 1278, — et disparaît en 1290.
A cette dernière date, un autre changement s'opère. Les dames revêtent deux surcots, et celui de dessus, tout en restant ajusté des épaules, devient ample et flottant du bas. La jupe tombe Hbrement sans ceinture et traîne jusqu'à terre. Ses manches larges ne dépassent pas le coude, tandis que les manches étroites du surcot de dessous viennent aboutir au poignet.
C'est la cotardie, que l'on voit sur les sceaux de Jeanne de Châtillon, veuve de Pierre d'Alençon, en 1290, — d'Isabelle de Pacy, en i3i3, — d'Alix de Nesle, femme de Jean de Chalon, en 1814, — de Blanche de Navarre, deuxième femme de Philippe de Valois, en i368.
Au milieu du quatorzième siècle, les manches de la cotardie deviennent pendantes à partir du coude, tantôt très longues, tantôt finissant au-dessus du genou (fig. 36). Dans certains modèles, la jupe prenant encore plus d'ampleur, les dames relèvent ses plis d'une main ou les portent sous leur bras, et ce geste communique à leur maintien une noblesse élégante. Le costume de Jeanne de France, duchesse de Bourgogne, en 1840, ■ — de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe de
Alix de Nesle,
femme de Jean
de Chalon, i3i4.
VETEMENT FEMININ
Valois, en 1344, — d'Yolande de Flandre, duchesse de Bar, en i3j3, — appartient à ce genre d'habillement.
Ajoutons que, selon Fusage général au moyen âge, ces cotardies se doublaient de menu vair et se bordaient de fourrures plus précieuses.
Mais un autre surcot bien différent s'était produit à la même époque. La fente du surcot du treizième siècle, destinée d'abord au passage des bras, puis agrandie de façon à laisser voir la riche ceinture qui se portait sur la cotte, ne suffisait pas à la coquetterie féminine. Les dames du quatorzième siècle voulurent montrer mieux et plus que la cein- Flandre.
duchesse de
ture. La fente de leur surcot devint une large Bar, 1373. échancrure par où l'on pouvait apercevoir un corsage très ajusté et dessinant les formes avec exactitude. La -^ partie supérieure du surcot ainsi entr'ouvert se recouvrait d'une petite mante de fourrure fendue sur les côtés. Ces détails se remarquent sur les sceaux de Jeanne de France, duchesse de Bourgogne, en 1340, et de Jeanne de Clermont, comtesse d'Auvergne, en i386.
Ces deux formes de vêtement durent jusqu'à la fin du quatorzième siècle, moment où les dames qui ne sont pas souveraines cessent d'être figurées sur les sceaux.
Fig. 36.
Yolande de Flandre,
duchesse de Bar, 137.1.
L'ouverture de la tunique autour du cou, Tencolure, est d'ordinaire taillée en rond, quelquefois ouverte en cœur comme sur les sceaux de Blanche de Navarre, en 1210, — d'Yolande de Bretagne, en i25g, — de Jeanne de Thocy, femme de Thibaud II, comte de Bar, en 1267, — ou coupée en carré comme dans le type de Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d'Évreux, en i336. C'était sur Marguerite.
vicomtesse de
le devant de l'encolure et pour fermer la T'ouars. 1337. fente du corsage que les dames plaçaient le bijou appelé fermail ou afiche^ sorte de broche incrustée de
pierreries dont les types de Marguerite, vicomtesse de Thouars, en 1227, — de Mathilde, femme d'Alfonse, comte de Boulogne, en 1239, — de la reine Blanche, mère de saint Louis, en 1248, — de Jeanne de Châtillon, comtesse d'Alençon, en 1271, offrent des exemples variés.
Les sceaux ne comportent pas les détails qui nous indiqueraient la nature des tissus, leur qualité et leur ornementation. Mais ils nous montrent certains surcots d'apparat brodés d'armoiries. En 1233, Marguerite de Quincy, comtesse de Winchester, revêt un surcot armorié de mâcles ; Marie de Crécy,
Fig. 38.
Marguerite de Quincy.
comtesse de Winchester, i333
VETEMENT FEMININ
femme de Miloii de Noyers, s'habille, en 1284, d'un sur-
cot chargé d'une aigle; Isabelle de Beaumont,
en 1290, est vêtue aux armes de sa famille :
le gironué au lambel ; Jacqueline, femme de
Gui le Bouteiller, en 1297, porte les armes de
son mari et les siennes : un écartelc plein,
parti de trois bandes sous un chef au lambel.
Quant aux autres ornementations moins spc- Fig. :^9.
. 1 <i r Jacqueline,
ciales, elles sont fort rares. Nous ne pouvons femme de
Gui le Bou-
citer qu'un corsage enrichi de broderies, celui teiiiei-, 1297. de la femme de Guillaume de Pierre-Pertuse, en 1240.
La Ceinture. — Au moyen âge comme de nos jours, la ceinture avait pour but de serrer la tunique à la taille. Mais, à cette époque, l'utilité n'était qu'accessoire et la ceinture servait surtout de prétexte au déploiement du plus grand luxe, à l'étalage de la fortune. Dans son testament de 1349, C'"^ faveur des carmes de Paris, la reine de France Jeanne mentionne :
« Nostre ceinture en laquelle nous fumes sacrée, toute de balais et esmeraudes et à perles ». Les sceaux reproduisent fort simplement ce riche détail du costume féminin. On remarque cependant dans le type de Mahaut, femme d'Alfonse, comte de Boulogne, en 1239, la
Fig. 40. — Maliaut, comtesse de Boulogne
ceinture brodée d'une serpentine et dont rextrémité retombe jusqu'au bord de la jupe. L'aumônière de la comtesse y est suspendue sur la hanche gauche. On y accrochait aussi d'ordinaire les patenôtres, transformées alors en bijoux à la mode.
Le Manteau. — Jusqu'à la fin du douzième siècle, les dames portent la chape, manteau attaché devant
la poitrine où une agrafe maintient les deux bords rapprochés.
Il est plus court que le reste de l'habillement. Seule, Adèle de Soissons , en 1 1 86 , revêt l'ancienne chlamyde, attachée sur l'épaule à la façon des hommes.
A partir de 1210, les bords du manteau, distants l'un de l'autre, sont retenus par un cordon assez lâche que la dame tend d'une main. L'attache qui sert à maintenir le manteau de Marguerite de Valois, comtesse de Blois, en i3i6, est arrêtée au bord de l'étoffe par une fleur d'orfèvrerie qui rappelle le nom de la comtesse, une marguerite. La longueur de ce manteau égale celle de la tunique. On voit que cette chape ne rappelle plus que de loin le vêtement ecclésiastique dont elle tire pourtant son nom et son origine.
L'usage est encore au quatorzième siècle de porter,
Fig. 41.
Adèle, comtesse de Soissons, iiS6
VETEMENT FEMININ
sur le surcot échancré, un manteau formé de deux pièces : Tune sur le devant, très petite, descendant un peu plus bas que la poitrine; l'autre, plus longue, tombant par derrière. Les deux pièces se réunissent sur chaque épaule, laissant le bras tout à fait libre et découvert. La duchesse de Bourgogne, Jeanne de France, en 1340, et Jeanne de Clermont, comtesse cV Auvergne, en i386, semblent parées de cette petite mante qu'on appelait le corset fendu.
Les manteaux étaient doublés de fourrure, le plus souvent de menu vair, rarement d'hermine. Celle-ci se rencontre plus particulièrement chez les dames de Bretagne, désireuses de rappeler dans leur costume les armes de ce duché. On croit déjà reconnaître du vair à la doublure du manteau d'Adèle de France, en 11 87; il est très distinct à partir de 1226. Perrenelle de Maubuisson (1247), en écartant le pan de son manteau, semble vouloir nous montrer le vair qui le double.
Fig. 43.
Yolande de Bretagne,
fille de Pierre Mauclerc,
Les Gants. — Les sceaux représentent les dames gantées. Le gant, indispensable surtout pour la main qui portait l'oiseau, était, d'après les comptes, où il est appelé gant
d'oiseau, gant fauconnier, de peau résistante , de chamois ou de daim. Il montait presque jusqu'au coude. On en rencontre des exemples très nets sur les sceaux d'Yolande de Bretagne, fille de Pierre Mauclerc(fig. 43), en 1259, — de Marguerite des Barres, femme de Jean Chabot, en 1289, — d'Isabelle de Beaumont, en 1290.
La Coiffure. — Dans les types les plus anciens, dès 1140, les dames portent leurs cheveux séparés sur le milieu du front et tombant le long des épaules en deux grosses tresses, une de chaque côté. Telle est la coiffure d'Éléonore de Vermandois, en 1 177, dont les tresses descendent jusqu'à mi-jambes, — d'Héla, vicomtesse de Châtellerault,
en 1220,
de Béatrix, comtesse de
Chalon, en i223. — Ce genre de coiffure Fig. 44. - Béatrix. a duré jusqu'en 1240, mais il s'est con-
comtesse de Chalon, .,■,■, i • ht
1223. tmue dans les types des remes. Mar-
guerite de Provence, veuve de saint Louis, porte en 1294 deux tresses pendantes sous une couronne à quatre fleurons.
L'artiste qui voudra reproduire une scène de cette époque ne devra pas perdre de vue que les femmes n'avaient pas le droit, au moyen âge, d'entrer la tète nue dans une basilique; elles devaient la couvrir du pan de leur manteau ou d'un voile. La coiffure en cheveux n'est donc en usage que dans le monde. Il
VETEMKNT FEMININ
est bon cU ajouter encore que, Jusqu'au moment de leur
mariage, les jeunes filles laissent leurs cheveux flotter
en liberté sur les épaules.
Dès 12 14, les dames se coiffent d'une petite toque
ou mortier garni d'un ruban qui passe sous le menton.
C'est le chapeau; tantôt très bas et très plat, tantôt
élargi du fond, quelquefois élevé et
à cannelures ou à godrons comme
un bonnet de juge. On le pose
d'abord sur les tresses. Mais bientôt fig. 46.
Mahaut,
les cheveux sont relevés en deux "^'^^'^''^^ '^^
Bourgogne,
chignons, un de chaque côté, ou en '^^7un seul chignon par derrière, et pris dans une coiffe couverte d'une résille nommée crépine. La crépine se fixait à la coiffe au moyen d'un tressoir enrichi, pour les privilégiées de la fortune, de perles et de pierres précieuses. La reine Jeanne d'Évreux, femme de Charles le Bel, s'exprime ainsi dans son testament : « Nos tressons d'orfaverie qui sont de rubis d'Alexandrie, d'esmeraudes et de perles. » Des modèles variés du chapeau se voient sur les sceaux d'Elisabeth, comtesse de Flandre, en 1170, — d'Elisabeth, comtesse de Chartres, en 12 18, — d'Alix, comtesse d'Eu, en 121 9, — d'Adèle de Nanteuil, en 1228, — de Mahaut, comtesse de Bourgogne, en 1237, — d'Alix, comtesse de Duras, — de Jeanne de Châ-
Jeanne, comtesse
de Bar,
Fig. 49.
Marguerite de
Constantinople,
comtesse de Flandre, 1244.
teauvillain, en 1261, — et de Jeanne de Thocy, comtesse de Bar (fig. 48), en 1267.
Le chapeau est porté pendant tout le treizième siècle, soit seul, soit combiné avec un voile qu'on appelait le couvre-chef.
La coiffure en voile commence à paraître sur les sceaux en 1224. Elle consiste en une pièce d'étofïe légère, posée sur la tête et tombant en plis sur les épaules. Cette mode existe encore en 1376. On en remarque de bons spécimens dans le type de Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre, en 1244, et dans celui de Laurette de Dampierre, en 1256.
Voici des exemples de coiffure où le couvre-chef se combine avec le chapeau : Alix de Bretagne, en 1257, — Jeanne de Vierzon, en 1274, — Marguerite des Barres, en 1289, ■ — • Sédille, dame de Chevreuse, en 1290, — Marguerite de Sicile, en 1296, portent ce voile posé sur le chapeau.
Nous ne quitterons pas le treizième siècle sans parler d'un arrangement qui semble particulier aux dames veuves. Il consiste en ce que la pièce de linge qui couvre les épaules, entoure le cou et encadre le visage des veuves, la guimpe, vient se rattacher de chaque côté de la coiffure, d'où quelquefois ses extrémités retombent en voile sur chaque
VETEMENT FEMININ
épaule. Cette particularité se remarque sur les sceaux de Marguerite, veuve de Simon de Verneuil, en 1277, — de Jeanne de Chàtillon, veuve de Pierre d'Alençon, en 1290.
Enfin, dans les mauvais temps, le chaperon était appelé à protéger les différentes coiffures qui viennent d'être énumérées.
Fig. 5i.
Jeanne
de Cliâtillon.
A cet effet, on munissait certains surcots ^'«"^'^ '''= ^"''"'"^
' d Alençon,
d'un chaperon. Le surcot ainsi additionné '-5°' s'appelait une hiiqiie.
Les sceaux du quatorzième siècle présentent, à sa seconde moitié surtout, une coiffure figurée par un simple diadème orné de perles ou de bijoux. C'est le chapeau d'orfèvrerie^ le chappel d'or qui se portait déjà du temps de saint Louis.
Il se met d'abord par-dessus le couvre-chef, comme dans le type de Jeanne de France, duchesse rig- 53.
Jeanne
de Bourgogne, en 1340. Puis, deciermont,
comtesse
lorsque les dames prennent, vers dAuveigne
et de Boulogne,
la fin de ce siècle, la mode de i^ss.
natter leurs cheveux sur les joues en les relevant derrière l'oreille, le chapeau d'orfèvrerie se pose sur la coiffure en cheveux. C'est ainsi qu'est représentée Jeanne de Clermont, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, en i386.
Nous hsons dans les comptes d'argenterie du roi Jean : « à Jean Luissier pour la vente d'un chappel
Fig. 52.
Jeanne
de France.
ducliesse
de Bourgogne.
d'or, garni de douze balais, de vingt esmeraudes, de seize diamans et de quarante grosses perles, i,56o livres; à Benoît Girard pour la vente d'un cercle d'or garni de pierreries, 4,000 escus. »
Les reines gardent toujours sur les sceaux la couronne et le sceptre. Déjà nous avons eu l'occasion d'étudier, au chapitre des rois, ces attributs du rang suprême. Les couronnes et les sceptres des souveraines n'ont rien à leur envier en richesse. On en jugera par la description que nous a laissée dans son testament la reine Jeanne d'Evreux : « C'est assavoir : une couronne à cinc grans fierons et à cinc petiz ; ou cors de chascun grant floron, a une grosse esmeraude et quatre balais entour et quatre dyamans, et au dessus ou floron, a quatre balais et cinc esmeraudes, et huit perles et deux dyamans ou pié du dit floron. Et en chacun des petiz floronS;, a entour deus grans balais et quatre esmeraudes et douze perles en trois, et dessus, a deus balais et quatre esmeraudes, et trois perles dessus en haut. Et y a sur le tout, soixante balais, soixante dix esmeraudes que grans que petites, trente dyamans et cent et quinze perles. Et poise la dite couronne sur le tout, or et pierreries : cinc mars, quinze estellins. — Item : nostre fleur de lys d'or (c'est le fleuron du sceptre) que nous eusmes à noz noces et à nostre couronnement, où il a seize balais, quatorze esmeraudes et vint et cinc perles. »
L'imagerie des sceaux représentant les femmes
VETEMENT FEMININ
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avec des vêtements qui tombent sur les pieds, il nous serait difficile de nous rendre un compte exact de leur chaussure, si nous ne savions par d'autres témoignages qu'elles chaussaient un soulier léger, découvert d'empeigne, et dont le quartier élevé présentait deux appendices qui venaient s'attacher sur le cou-de-pied.
Elles portaient aussi des bottes, comme nous l'apprennent les comptes de la reine Isabeau de Bavière, en 1389 : « pour avoir fourré de rays des bottes de cuir blanc ».
Vers la fin du treizième siècle, les tailleurs de sceaux ont figuré les dames debout sous un léger édifice gothique.
Cet encadrement, composé, dès le principe, de deux colonnettes soutenant un arc brisé en trèfle, s'est ensuite complique d'élégants motifs empruntés à l'architecture du temps. Aux simples colonnettes ont succédé des édicules de fantaisie, composés de plusieurs étages et quelquefois habités par des anges. Le sceau de Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d'Évreux, en i336,
Fijr. 54. — Jeanne Je France,
reine de Navarre et comtesse d'Evrc.i^:.
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donnera une idée de ce riche et délicat travail de gravure.
Le type des dames assises n'offre rien de particulier ; on ne le rencontre plus passé le douzième siècle.
Les dames à cheval sont vêtues comme les dames debout, mais le costume est plus court. Elles montent
une haquenée dressée à cette allure qu'on appelle l'amble ; un chien de chasse les accompagne.
Le sceau d'Alix, comtesse de Duras, en 1261, nous offre un des types les
\ plus complets de dame à cheval. Coiffée d'un chapeau à mentonnière, les
Fig. 55. — Alix, duchesse de Brabant, 1260. 1 t , . .
cheveux relevés en chignon, la comtesse est revêtue d'une cotte et d'un surcot à jupe courte, fendu à la place des manches. De la main droite elle tient les rênes, et de la gauche, gantée, donne l'essor à son faucon vers un oiseau qui s'envole. Le cheval, au poitrail orné de pendeloques, marche un amble allongé ; la couverture de la selle est découpée en lanières qui flottent. Sous le cheval, un lévrier poursuit un hèvre. Le sceau d'Alix, duchesse de Brabant, vers 1260, tout en donnant les détails fiffurés dans le type de la comtesse de Duras, présente un
VETEMENT FEMININ
meilleur ensemble et plus d'action. Nous préférons le reproduire ici. On remarquera que la duchesse de Brabant porte la hitqiic^ sorte de surcot garni d'un chaperon.
Nous ne devons pas garder le silence sur une selle de femme que nous n'avons encore rencontrée qu'une fois sur les sceaux. Une sambue en forme de gaine, fendue sur le devant et soutenant par derrière le dos et les épaules, emprisonne jusqu'aux hanches le bas du corps de la dame de Pierre-Pertuse, en 1240.
Les représentations équestres de dames durent une centaine d'années, de 1172 à 1278. Elles ne reparaissent plus qu'avec les archiduchesses d'Autriche, au quinzième siècle.
On ne saurait refuser aux graveurs du moyen âge de brillantes facultés d'exécution. Ils savent traiter les détails avec une finesse exquise, tout en conservant leur valeur relative. Ils ont encore Faction, le mouvement, le sentiment du geste précis qui convient aux personnages.
Quelques-uns, mieux doués, semblent avoir entrevu un art plus élevé. Préoccupés par- dessus tout de l'ensemble et de ses justes proportions, ceux-ci ont recherché l'harmonie des contours, la grâce et la souplesse de la pose, qualités presque inconnues à leur
Fig. 56.
La dame de Pierre-Pertuse.
lOC
époque. Le lecteur Jugera d'après ce dernier croquis si Fauteur anonyme du sceau de Jeanne de Sainte- Croix, en 1286, appartient à ce groupe d'artistes privilégiés.
Fig. 57.
Jeanne, dame de Sainte-Croix, 12S6.
Oriienient tire du Psautier de s.iint Louis, manuscrit du xill' siCcIe, à la Bibliotliécjue nationale.
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
ES pages qui vont suivre ont pour objet le costume de guerre et d'apparat sous lequel les seigneurs terriens avaient Thabitude de se faire représenter. Une série de sceaux qui reproduisent rhomme d'armes depuis la conquête de l'Angleterre, par Guillaume de Normandie, jusqu'aux premières années du seizième siècle, nous fournira les éléments de ce travail. Nous allons donc examiner successivement les diverses parties de Thabillement chevaleresque pendant cette longue période ; armes défensives : armure de corps, ailette, heaume ou casque, bouclier, éperons ; armes offensives : épée, lance ; sans oublier le harnachement du cheval.
Mais, avant d'entrer en matière, il ne sera pas inutile de rappeler le but que nous nous sommes
Initiale du xill'^ s., i'aprés la Fie de saint Denis, manuscrit latin n" 1098, à la Bibliothèque nationale.
no LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
proposé. Quelque variés et nombreux que soient les renseignements apportés par les sceaux , nous ne prétendons nullement donner ici une histoire complète de l'habillement. Notre ambition tend surtout à faire entrer dans le domaine de Farchéologie, au moyen de monuments figurés à date certaine , de nouveaux éléments cFétude et de critique.
D'autres pourront tirer de ces recherches des conséquences plus générales ; pour nous, renfermé dans la sigillographie, notre rôle se bornera à enregistrer ce qu'elle enseigne.