I. ONZIÈME ET DOUZIÈME SIÈCLES
E plus ancien habillement de guerre représenté sur les sceaux ne diffère pas de celui que 9^^^:^ l'on voit figuré dans la tapisserie de Bayeux. Le privilégié à qui sa naissance assignait la profession des armes et donnait le droit de combattre à cheval , revêtu de l'armure complète, le chevalier porte à cette époque une tunique descendant au-dessous du genou, munie d'un capuchon pouvant se rabattre sur la tète, à manches s'arrêtant au poignet. Cette tunique, faite de peau ou d'étoffe de plusieurs doubles, est renforcée de plaques de métal ou d'anneaux cousus sur elle très
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
près les uns des autres, ou de bandes ferrées formant treillis ; alors elle s'appelait la broigne ; d'autres fois elle est recouverte de mailles de fer entrelacées : dans ce cas c'est le haubert. La jupe, fendue devant et derrière jusques au haut des cuisses, descendait audessous du genou, et d'ordinaire une ceinture la serrait à la taille; le capuchon défendait le cou, la tète et le bas du visage. La première tunique en recouvrait une seconde, le bliaiid^ fendue comme elle, mais plus ample et d'étoffe plus légère et plus souple. Enfin le vêtement apparent du chevalier se complète par des chausses d'une nature d'abord indistincte, mais armées dès II 63 comme la première tunique. C'est ce que démontreront les sceaux de Raoul de Fougères, en ii63, — de Robert de Vitré, vers ii58.
Broigne. — Gui de Laval, en logS, porte une
F.g. 5i>. — Gui de Laval, logS. Fig. Sg. — Raoul, comte de Vcrmandois, 1116.
broigne sans ceinture et dont le bout des manches s'évase en entonnoir pour la liberté du mouvement du
poignet, précaution qui indique le peu de souplesse du vêtement. La garniture de fer consiste en plaques rondes, clouées à côté les unes des autres. — A la date de iiiG, Raoul, comte de Vermandois (fig. 5g), revêt une broigne treillissée en losange, à manches très larges. Gui de Chevreusc, en ii5i, est armé d'une broigne quadrillée, à manches étroites s'évasant au poignet comme celles de Gui de Laval.
Haubert. — Plus rare d'abord que la broigne, d'une difficulté plus grande de fabrication, le haubert devait être porté seulement par de hauts personnages, par les chefs. Il avait sur la broigne l'avantage de
mieux protéger le corps, que ses mailles entrelacées couvraient d'un réseau continu, impénétrable à la lance. Aussi la broigne est-elle délaissée vers le milieu du douzième siècle, tandis que le haubert se perfectionne et persiste à ce point que nous le verrons encore en usage au milieu du quatorzième siècle.
Parmi les nombreux monuments sigillographiques où Ton remarque ce vêtement défensif, nous citerons les sceaux de Guillaume le Conquérant, en 1069, — d'Hervé de Donzy, vers ii5o, — de Thibaud, comte de Blois, en 11 38, — de Guillaume, comte de Nevers, en 1140, — de Henri II, duc de Normandie, en ii5r.
Fig. 60.
Thibaud. comte de Blois, ii3S
HABILLEMENT CHEVALERESQUE n3
— de Bouchard de Montmorency, en 1177, — de Pierre de Courtenay, comte de Nevers, en 1184.
Fig. 61. — Guillaume, comte de Nevers, 1140.
Bliaud. — Cache d'abord par la première tunique, le bliaud commence à la dépasser au début du douzième siècle. On le rencontre pour la première fois sur le sceau de Thierri d'Alsace, comte de Flandre, en 1128, et mieux encore sur celui de Guillaume II, comte de Nevers, en 1140. La cotte armée s'arrètant au genou, le bliaud descend jusqu'à mi-jambe.
Chez Gui de Chevreuse, en ii5i, le bliaud atteint le niveau des pieds; il le dépasse, en II 60, sur le sceau d\m seigneur nommé Raoul.
Quelques années plus tard, ce vêtement semble prendre modèle sur la robe des dames. Des manches d'une longueur démesurée s'échappent du poignet en flottant, les pans de la jupe ne s'arrêtent plus dans leur dimension exagérée. C'est ainsi que sont représentés Galeran, comte de Meulan, en ii65, et Conon, seigneur de Pierrefonds, en 1171. Les manches extravagantes sont bientôt délaissées, mais Ton conserve encore pendant quelque temps les
rig. 62. — Galeran,
comte de Meulan, ii(55.
jupes flottantes comme en témoignent les sceaux de Gui de Garlande, en 1170, — de Robert I"', comte de Dreux, en 1184, — de Mathieu de Montmorency,
Fig. 63. — Richard Cœur-dc-Lion. injb.
en 1193, — de Richard Cœur-de-Lion, en iiqS, — d'Arthur 1"', duc de Bretagne, en 1202. — de Jean de Montchevreuil, en i2o3.
§ 2. DE 1200 A l35o
Grand haubert. — Dès la fin du douzième siècle, on abandonne la lourde cotte ferrée. L'armure de mailles, seule, sans doublure, forme le vêtement extérieur. Ses manches, au Heu de se terminer au poignet.
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
se continuent en une poche enveloppant la main jusqu'au bout des doigts, le pouce seul restant isole; à la coiffe, aussi de mailles, s'ajoute une calotte de fer, la cerpelière, destinée à protéger le crâne; cachée sous le capuchon, une gorgerette, cravate en mailles ou en plaques de fer cousues sur du cuir ou de rétoffe, augmente la défense du cou; la jupe, fendue comme il a été dit, finit au ^
genou. Des chausses auxquelles étaient ajoutées des chaussures, également de mailles, venaient se fixer sous la jupe du haubert, au niveau de la ceinture, complétant ainsi un réseau de j//^*^^*^ fer enveloppant entièrement // l'homme de guerre. Tel est le grand haubert. Il se passait sur un habillement rembourré ou matelassé, nommé le gamboison., qu'il cachait complètement. La partie du grand haubert qui défendait les cuisses et les jambes recouvrait des chausses d'étoffe résistante ou de cuir.
Cette nouvelle armure, ou plutôt cette transformation du haubert du douzième siècle, se remarque sur les sceaux de Philippe d'Alsace, en 1 170, — de Mathieu de Montmorency, en 1193, — de Richard Cœur-de- Lion, en iig5 (fig. 63), — de Thibaud III, comte de Champagne, en 1198. Elle est très nettement accusée dans les types d'Arthur I", duc de Bretagne, en 1202,
Fig. 64.
Arthur, duc de Bretagne. 1202.
ii6
— de Jean de Beaumont, en 121 7, comte de Comminges, en 1226, Pissy, en i23o.
de Bernard V, de Robert de
Cotte d'armes. — Presque aussitôt après son apparition, le grand haubert est recouvert d'une cotte de toile ou de soie, sans manches, ordinairement serrée à la taille par un cordon ou par une ceinture,
quelquefois flottante, surtout au quatorzième siècle, à jupe fendue devant et derrière, dépassant toujours la jupe du grand haubert et même, dans les types les plus anciens, descendant plus bas que les pieds.
La cotte d'armes est le plus souvent unie. C'est ainsi qu'on la voit représentée sur les sceaux de Gaucher de Joigny, en 121 1, — • de Louis, fils de Philippe- Auguste, en 12 14, — d'Enguerran de Coucy, en i223, — de Baudouin, comte de Guines, en i235, ■ — d'Alfonse, comte de Poitiers, en 1254, — de Pierre, comte d'Alençon (fig. 66), en 1271, — de Jean de Brienne, bouteiller de France, en 1288, — de Robert, comte de Flandre, en iSoq, et ainsi jusqu'en 1348.
Quelquefois la cotte est ornée des armoiries du chevalier. Le premier exemple de cette variété se
Fig. 65.
Louis, fils de Philippe-Auguste, 1214.