‹ Le Costume au Moyen âge d'après les sceauxChapitre 4 sur 97 · MATIERE DES SCEAUX · texte numérisé non relu

MATIERE DES SCEAUX

L y a des sceaux de métal et des sceaux de cire. ^ |m Pour les sceaux de métal , auxquels est ^^nM réservée la dénomination particulière de bulles, on a employé Tor, l'argent et le plomb.

Sceaux d'or. — Les sceaux d'or qui, suivant la tradition, figurèrent dans des occasions solennelles au bas des actes des empereurs d'Orient et d'Occident, des papes et des doges, sont devenus fort rares de nos jours. Les Archives nationales à Paris n'en possèdent que dix. Sur ce nombre, quatre proviennent de l'empereur Frédéric II; deux de Charles IV, de Bohême; le

Fig. I. — Sceau d'or de l'empereur Frédiiric II, roi des Romains, 1219. Frédéric, en costume d'apparat, est assis sur un trône de riche architecture à dossier fleuronné. Il tient le sceptre et un globe crucifère. La légende signifie : « Frédéric, par la grâce de Dieu roi des Romains, toujours auguste, et roi de Sicile. »

Fig. 2. — Contre-sceau de l'empereur Frédéric II, roi des Romains. La légende signilie : « Rome, tête du monde, tient les rênes de l'univers. » Le monument est un type d'architecture du douzième siècle.

septième est de Baudouin II, empereur de Constantinople; le huitième, du doge Gradenigo; le neuvième, de l'empereur F'erdinand ; le dixième, de Henri VIII, roi d'Angleterre, ratifiant le traité de Boulogne.

Les Archives du département du Nord en comptent seulement quatre : deux, du même empereur Frédéric, ont un module plus grand que ceux des Archives nationales, avec la même représentation ; le troisième figure au bas du diplôme par lequel Henri, son fils, abolit la commune de Cambrai; le quatrième reproduit l'effigie de l'empereur Charles IV, de Bohême.

Il ne faudrait pas que ce mot de sceau d'or éveillât des idées de splendeur, de magnificence exagérées. Le métal est bien d'or, mais le sceau consiste presque toujours en deux feuilles très minces dont le relief peu saillant s'obtenait par le procédé de l'estampage. Ces feuilles ont ensuite été rapprochées et soudées de façon à former une boîte légère à l'intérieur de laquelle on a introduit un gâteau de cire destiné à la soutenir, à la protéger contre de faciles déformations.

Le sceau de Henri VIII , en or massif, se fait remarquer par une fabrication toute diff'érente. Il n'a pas été frappé, il a été fondu et ciselé. Aussi est-ce plutôt une œuvre de fantaisie qu'un véritable sceau. Les divers genres de travail qu'il a subis ont altéré sa forme primitive, l'identité de type n'existe plus; créé pour une occasion exceptionnelle, il n'a pas la permanence; les qualités constitutives du sceau lui manquent.

Sceaux d'argent. — Nous ne connaissons qu'un

Fig. 3. — Sceau d'argent de Rodrigo Diaz de Los Canberos. Treizième siècle.

Fig. 4. — Contre-sceau de Rodrigo Diaz.

seul sceau d'argent. Ce type, d'une facture barbare, formé de deux lames de métal estampées et soudées

par le bord, appartient au seigneur navarrais Rodrigo Diaz de Los Canberos. La charte qui le porte constitue une curiosité historique digne d'être citée. Le seigneur Rodrigo y atteste avoir entendu Alphonse VIII, roi de Castille, déclarer à son lit de mort que si son fils Henri décédait sans postérité, la Castille revenait de droit au descendant du roi de France. Il invite en conséquence Louis VIII à envoyer aussitôt son fils prendre possession du royaume, lui promettant le secours de son épée et Fassistance d'autres seigneurs.

Sceaux de plomb. — L'or et l'argent n'ont jamais été utilisés que bien rarement et par exception ; il n'en est pas de même du plomb. Le prix modique de

la matière, sa nature malléable, la certitude de sa durée, ont contribué à en répandre l'usage.

C'est surtout darts les pays méridionaux, où l'existence des sceaux de cire pouvait être compromise par la chaleur du climat, que l'on rencontre les bulles de plomb.

Tous les papes, depuis Deusdedit, en 614, ont fait usage de ce métal. Les empereurs d'Orient, les rois de Chypre, d'Espagne, de Portugal, de Sicile, les doges, les princes d'Orange, les comtes de Toulouse, les Hospitaliers, s'en sont servis. Il accompagne égale-

Fig. 5. — Bulle de Sixte-Quiiit à l'effigie de S. Pierre et de S. Paul.

ment des chartes émanées de seigneurs, d'évêques ou d'abbés d'Italie et de Provence.

Sceaux de bronze. — ■ Quant aux bulles de bronze citées par les auteurs, rien ne prouve qu'elles aient jamais scellé des pièces. On n'en a jamais vu de fixées à des actes ; leur existence nous paraît donc tout au moins problématique.

Sceaux de cire. Cire vierge. — La cire vierge, plus ou moins jaunie par le temps ou par la cuisson, a été la première employée. C'est avec cette cire que nos rois des deux premières races ont plaqué leurs diplômes. On rencontre toutefois pendant cette période quelques sceaux d'une couleur rougeâtre ; la charte d'Offa, roi des Merciens, en offre un exemple.

Cire blanche. — ■ En io3o, le sceau de Robert, roi de France, nous présente le premier type de cire colorée avec une substance blanche.

Cire ronge. — Les cires rouges commencent avec Louis le Gros, à la fondation de l'abbaye de Saint- Victor, en iii3, avec Etienne ' de Senlis, évèque de Paris.

Cire verte. — Les cires vertes apparaissent aux chartes de Galeran II, comte de Meulan, de Maurice de Sully, vers 1 165.

Cire de la chancellerie. — Tandis qu'au treizième siècle on se sert indistinctement des couleurs précé-

dentés en y ajoutant les teintes jaunes, brunes, roses, noires et quelquefois, mais fort rarement, les bleues, la chancellerie de France sous le roi Jean règle l'emploi de ses cires sur l'importance des affaires expédiées. Les ordonnances, les édits, les actes à effet perpétuel seront dorénavant scellés de cire verte sur lacs de soie rouge et verte; les actes à effet transitoire, en cire blanche sur queue de parchemin. Sans être établi aussi régulièrement, l'usage des couleurs de la chancellerie date de plus loin. Philippe- Auguste, en 1202, 1209, 1216, saint Louis et Philippe le Hardi ont usé fréquemment de cire verte sur lacs de soie rouge et verte.

Ajoutons que si des grands feudataires suivent dans certaines circonstances les errements de la chancellerie, la couleur de la cire, pas plus pour eux que pour les particuliers, n'a jamais aucune signification.

Cire vermeille et rose. — Au quatorzième siècle et aux siècles suivants, on voit se répandre l'usage de la cire vermeille. La chancellerie l'applique aux affaires du Dauphiné et à celles d'Italie.

Certains établissements religieux semblent s'être adonnés à des teintes spéciales. L'abbaye de Cysoing scelle en cire blanche, l'abbaye de Vaucelles montre une préférence pour la cire rosée.

Cire noire. — La cire noire est une rareté que l'on rencontre dans les sceaux des ordres militaires religieux.

Cire bleue. — Beaucoup de sigillographes parlent de cire bleue sur la foi les uns des autres et sans en avoir jamais vu. Les Archives nationales n'en possèdent qu'un seul exemple. Il est fourni par une charte de Enrique Ferez de Ferana, seigneur espagnol, en 1276. Le sceau qui Fauthentique est rond, en cire bleue, et porte un loup passant à gauche en cire noire, dans une cuvette de cire rouge.

Composition des cires. — L'on n'est pas encore bien fixé

sur la composition des cires. Fig. 6. - sceau de Emique Pe,ez

Si nous en jugeons par leur * "''"''' '"^ '

état actuel, les recettes ont dû être très variées et souvent défectueuses; mais l'on sent qu'il devait entrer, dans toutes, deux substances indispensables : l'une destinée à colorer, l'autre à donner la solidité. Les comptes de Tarchevêché de Rouen jettent un peu de lumière sur cette question en nous donnant la proportion des matières employées pour le sceau de l'officialité : 5o livres de cire mélangées de 2 livres de vertde-gris et de 16 livres de poix blanche.

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