LA LANCE
ARMi les armes propres à la chevalerie, la lance passait pour la plus noble A §§15 et primait, selon quelques auteurs, répée. Les sceaux équestres, en représentant presque tous les seigneurs Fépée ^ la i main, semblent donner un démenti à cette assertion. Quoi qu'il en soit, à l'homme libre seul appartenait le droit de porter la lance. Charlemagne, dans ses capitulaires, dit à ce sujet : « Si un serf est trouvé maniant une lance, qu'elle lui soit brisée sur le dos. » j,.„ ,,3
Un écrivain du douzième siècle, Jean, ^Z'vLmes^ moine de Marmoutiers, va nous apprendre de ''>"'s'"«quel bois on fabriquait les fûts de lance. Ce religieux, énumérant les armes données à Geoffroi Plantagenet,
cite une lance de bois de frêne, armée d'un fer de Poitou. D'autres auteurs parlent du même bois et nomment les fers de Bordeaux comme très recherchés. L'arme se complétait à cette époque par une petite pièce d'étoffe rectangulaire à longues banderoles , le gonfanou, attachée au haut du manche.
Le fer affectait la forme losangée, quelquefois celle
Fig. 179.
Fig. 180.
Lance de Raoul,
Lance d'un juré
Lance de Jean de Chalon
comte de Vermandois.
de Fismes,
comte de Bourgogne.
Il 16.
x:ue siècle.
d'un triangle ou d'une feuille. Une forte arête médiane le renforçait dans toute sa longueur. Le bois, très long, uni, sans contrepoids et sans poignée, permettait de faire de la lance une arme de jet. Si l'on en juge par des textes plus modernes , il était quelquefois recouvert de peinture. On lit en effet dans un compte royal du mois de mars 1421 : « A maistre Richard, le paintre, demeurant à Poictiers, pour avoir livré en
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
Fig. 182. — Philippe, comte de Namur, 1210.
paint de couleur perse six fustz de lance, 9 livres. » Le gonfanon portait dans sa partie pleine un ornement peint ou brodé : une croix, un quadrillé.
En marche , le chevalier couchait la lance sur répaule droite. Il la tenait verticale, quand il voulait se faire reconnaître ou dans les cérémonies d'apparat. Pour combattre, il rassurait sous le bras et, l'appuyant sur le bord de Técu, la pointait vers son adversaire.
Aux treizième et quatorzième siècles, le glaive, c'est ainsi qu'on appelait la lance au moyen âge, n'a pas changé. Le gonfanon seul est remplacé '/'',?] par une pièce d'étoffe carrée, la bannière, ou triangulaire, le pennon, chargés des armoiries désormais fixes et héréditaires. Au chevalier possédant
Fig. i83.
Bannière assez de tcrres pour
de Mathieu II
de Montmorency, tenir un Certain nombre
d hommes d'armes et s'en faire accompagner à la guerre , la bannière ; aux gentilshommes servant sous ce chevalier banneret, le pennon.
Il ne faudrait pas cependant conclure de ce qui
Fig. 18 |.
Pennon de Louis,
comte de Clermont, i325.
précède que tous les seigneurs portent , sur leurs sceaux, la bannière ou le pennon. Plusieurs, très puissants, y sont représentés avec la lance nue, par exemple
Fig. i85.
Raymond VII, comte de Toulouse, 1328.
les comtes de Toulouse Raimond VI et Raimond VII, — Nevelon, maréchal de France, — Oger de Mauléon, en 1275, — Roger-Bernard, comte de Foix, en 1276. La lance tenue par ces deux derniers person-
Fig. 1S6.
Oger de Mauléon. 1275.
Fig. 187.
Roger-Bernard, comte de Foix, 1276.
nages mérite une attention particulière; elle est armée d'un demi-fer, d'un fer dédoublé dans le sens de son axe, d'une sorte de faux.
La lance française, que les anciens chroniqueurs comparent à une grande perche , tout en perdant ,
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vers le commencement du quatorzième siècle, de sa longueur, longueur dont le champ du sceau ne pourrait contenir la reproduction fidèle, est restée une arme de cavalier. C'est seulement dans certaines occasions particulières et tout à fait passagères, qu'elle a servi pour les combats à pied ; alors on raccourcissait le manche. Ainsi, lorsque nos chevaliers eurent appris des Anglais à descendre de cheval pour soutenir la bataille , il était d'usage , la veille d'une affaire, de retailler les lances, de les rogner.
La lance chevaleresque de guerre passe sous Charles VII aux mains des compagnies d'ordonnance ; nous ne pouvons pas l'y suivre. La lance de tournoi à arrêt et à rondelle ne figure pas sur les sceaux.