ORDRE DU CAMAIL OU DU PORC-UPIC
ES ordres de chevalerie créés au moyen âge, l'ordre du Camail est le seul dont les sceaux nous aient conservé l'image. Nous croyons devoir lui consacrer quelques lignes. Tout en donnant satisfaction à la curiosité, elles serviront à établir une fois de plus ce que l'archéologue peut espérer de l'étude attentive des sceaux.
L'ordre du Camail ou du Porc-Épic, institué par Louis, duc d'Orléans, frère de Charles \"I, a laissé si
lOz LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
peu de traces écrites qu'il serait impossible , sans le secours des chroniqueurs , d'assigner une date à son origine.
On n'est pas mieux renseigné sur Tinsigne porté par les titulaires. Le camail, figuré sur de rares monuments, n'a pas été reconnu. Clairambault l'a rencontré sur des sceaux des ducs d'Orléans et de leurs dignitaires ; il l'a pris pour une couronne renversée. Des auteurs de notre temps l'ont confondu avec une enceinte palissadée , et selon les traités de blason et de chevalerie, la désignation de camail, donnée au collier de l'ordre, proviendrait du camaïeu qui y pendait et sur lequel était représenté le Porc-Epic.
Toutefois, dans une lettre écrite à Clairambault, en date du 20 août 1706, Guéret, maître des comptes à Blois, croit reconnaître, dans la couronne renversée gravée sur le sceau de Charles d'Orléans, en 1444, le camail, le collier de Tordre. Il a vu à Rlois le même objet posé sous l'écusson des comtes et d'autres fois passé au cou du porc-épic. Vallet de Viriville se range du côté de Guéret et penche pour la même attribution.
La sigillographie apporte , à l'appui des conjectures de ces deux érudits, une preuve plus décisive.
Le 63'^ registre des titres scellés de Clairambault, à la Bibliothèque nationale, renferme cinq sceaux de seigneurs de Laire , chambellans du roi et du duc d'Orléans, gouverneurs du Dauphiné, de 140J à 1422.
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Sur quatre de ces types, Clairambault constate la présence, dans le champ, de ce qu'il croit être une couronne renversée. Mais le savant généalogiste ne s'est pas aperçu que, dans le cinquième type, la prétendue couronne est passée au cou du personnage. Ce dernier fait nous paraît trancher la question ;
Fig. i88. — ^Guillaume de Laiie.
scigneui' de Coniilloii. 140S.
rinsigne de Tordre du Gamail que le maître des comptes de Blois a remarqué au cou du porc-épic, un 5.C2. sceau nous le montre au
cou d'un chambellan du duc d'Orléans.
Fig. 190.
Nous donnons ici le Daprès le sceau
de Charles.
croquis de ce type, qui est celui de duc d-oriéans. 14+4. Guillaume de Laire, seigneur de Cornillon, chambellan du roi et du duc d'Orléans, gouverneur du Dauphiné en 1408, Les deux autres figures représentent le
Fig. 189.
D'après le sceau
de Guillaume
de Laire. 1410.
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camail figuré sur un sceau du même seigneur (fig. 189) en 1410, et le camail qui se trouve dans le type de Charles, duc d'Orléans (fig. 190), en 1444.
On verra que le nom de camail convient bien au collier et qu'il n'est nullement besoin de le faire dériver du camaïeu qui y était suspendu. C'est un vrai camail, une courte pèlerine, munie à son ouverture supérieure d'une patte et d'une boucle destinées à la fixer autour du cou, sorte de garniture qui n'appartient pas à Tagencement d'une couronne , comme le fait remarquer maître Guéret. Le bord inférieur est découpé à grandes dents, selon la mode de Tépoque. Ces dents de l'étoffe n'ont pas peu contribué à donner l'aspect d'une couronne à la marque distinctive de l'ordre du duc d'Orléans ; elles ont amené la confusion que ces lignes contribueront peut-être à faire cesser.