DIEU LE FILS
r ICONOGRAPHIE DU CHRIST
ANS les représentations du Fils, le moyen âge suivra la tradition des premiers siècles ^ comme il Ta déjà acceptée pour exprimer ridée du Père.
Sans toutefois renoncer au symbolisme, les anciens chrétiens, imposant silence à leurs scrupules, crurent pouvoir recourir à la figure humaine dans leurs images d'un Dieu fait homme; de même Testhétique religieuse du moyen âge nous montrera le Verbe éternel dans son incarnation ou sous le voile du symbole.
Les sceaux reproduisent la figure du Fils en buste, à mi-corps, debout ou assis, et quelquefois même ils ne donnent que la tête seule.
Sous la plupart de ces aspects, la tête est nue, les cheveux longs et bouclés, séparés sur le milieu du front, le visage ovale allongé et portant , dans les images les plus anciennes, une barbe courte, taillée en pointe et bifurquée au menton. Plus tard la barbe devient arrondie du bas.
Des exemples du Christ à barbe archaïque se rencontrent sur les sceaux de Tabbaye de Fécamp, au
LES TIU)IS PERSONNES DIVINES
du chapitre de Sainte-Croix d'Ortandis que
D'aprcs le sceau de Tabbaye
de Fécamp, xiic siècle.
douzième siècle, léans, en 120g ; le type de Henri de Gand , archidiacre de Tournay, en 1287 (fig. 410), offre un spécimen de barbe arrondie.
Contrairement à Tusage habituel aux premiers siècles, le Christ est rarement en adolescent imberbe. Cependant le moyen âge a respecté ce principe dans les types de
Tabbaye de Morigny, en 1196, — du chapitre de Saint- Sauveur de Blois, en 1261.
Nous avons dit que la tète était nue, mais il existe quelques exceptions à cette disposition. Une couronne ceint la tète du Christ, roi des cieux, sur les sceaux du prieur de Tabbaye de Saint-Denis, en 1299, — du couvent de la Thieuloye, en 1425.
Nue ou couronnée, la tète du Fils parait presque toujours entourée de cette émanation lumineuse, circulaire, qu'on a appelée le nimbe et que TÉglise emprunta aux anciens dieux et aux empereurs. Le nimbe du Christ présente ce caractère distinctif qu'il est décoré d'une croix pâtée qui semble le couper en
Fi.g. 407.
D'après le sceau
de l'abbaj'e de Moris;nv,
3i8 LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
quatre parties égales. — Sur le sceau de Sainte- Catherine du Mont , à Rouen , en 1 244 , un nimbe crucifère à circonférence radiée entoure la tète du Rédempteur. — Dans le type de Tabbaye de Saint-Sauveur cVAnchin, en ii53, les extrémités de la croix dépassent le bord du nimbe. Il en est de même chez le maître
Fig. 40b!.
D'après le sceau dc l'hôpital du Saint -EspHt de Besançon,
de Pierre,
maître de OU i32i. Daus CQ dernier exemple, la bran-
l'hôpilal du .
Saint-Esprit che supérieurc de la croix prolongée finit
de Besancon.
i32i.' elle-même en une petite croix.
Une des rares figures de Christ dépourvu de nimbe se voit sur le sceau d'Hamelin, doyen de Verneuil, en 1255 (fig. 411). Au contre-sceau de Guillaume, abbé de Figeac, en 12 14, la tête n offre pas d'attribut lumineux, mais le Christ à mi-corps est placé devant un grand nimbe crucifère occupant tout le champ.
L'habillement du Fils consiste en une tunique recouverte du manteau des philosophes grecs posé sur une ou sur les deux épaules, un des pans s'enroulant autour du corps au-dessous de la ceinture. Le palliiim recouvrant les deux épaules se voit dans les types de l'abbaye d'Anchin et de l'abbaye de Fécamp. Le sceau de l'abbaye de Morigny (fig. 407) présente le manteau drapant une seule épaule. Les pieds sont nus, et leur nudité devient au moyen âge un attribut constant.
Le sceau du chapitre dc Saint-Sauveur de Harle-
LES TROIS PERSONNES DIVINES
bekc, en 1407, offre l'exemple, unique clans la collection des Archives nationales, cFun Christ en costume de diacre, Tëtole passée en sautoir de '"'^Xj
gauche à droite. Mw)}
Dans presque tous les types, le Christ yt^^^w> bénit à la manière latine, comme le Père. La main bénissante, d'ordinaire élevée à droite à la hauteur du visaçe, se trouve ^'s- 409-
" Sceau du chapitre
quelquefois placée devant la poitrine. Un de saim-sauvcur
111 i de Hadebekc,
Christ dans ce dernier geste est gravé sur 'toy-
le sceau du prieuré de Lihons-en-Santerre, en i3o3.
L'action de bénir est presque constante dans les diverses figures du Fils ; cependant la main droite tient le livre de la loi dans le type d'Hamelin, doyen de Verneuil, en i255 (fig. 411); elle montre un phylactère dans celui de la chapelle de Sainte-Marie de Clermont-Ferrand, en 1264.
En même temps qu'il bénit de la droite, le Verbe porte à la main gauche la croix de l'Eglise triomphante, croix de résurrection qui dérive du labarum constantinien, nue ou garnie d'une banderole; d'autres fois, sa main gauche tient le livre de la loi ou un monde crucifère.
La croix est nue dans les types de Fabbaye de Saint -Sauveur d'Anchin, en 1172, du chapitre de Sainte-Croix d'Orléans au douzième siècle. Une banderole flotte à la hampe sur
Fig. 410.
D'après le sceau
de Henri de Gand.
archidiacre de Tournay,
le sceau de Henri de Gand, archidiacre de Toiirnay, en 1287, et chanoine de Courtrai, en 1295 (fig. 410). Le Hvre que Ton remarque à la main du Christ est le plus souvent ferme, comme en témoignent les sceaux de Tabbaye de Lessay, au douzième siècle, — de Guillaume, doyen de Chichester, en i3o2; — il déroule ses pages ouvertes sur les sceaux des abbayes de Fécamp et d'Eename, au douzième siècle.
Le Christ soutient un monde crucifère dans le type d'Hamelin, doyen de Verneuil, en i255, et dans les types plus modernes de Geoffroi , archidiacre d'outre-Loire dans Téglise d'Angers, en i3i2, — de Tabbaye d'Anchin, en 1443, — de la Sainte- Chapelle de Bourges, au quinzième siècle.
Pj,, ^^1 Dans les figures assises, le siège du
Daprés le sceau pjj cousiste d'ordiualre en un trône d"ar-
d Hamelui,
de Verneuil chitecture, sorte de banc décoré selon le '^^"' style en vigueur à la date du sceau. Quel-
quefois, mais bien rarement, un pliant ou un arc-enciel remplacent le trône architectural.
Les dessins qui accompagnent ce texte nous dispensent d'indiquer des exemples de ce dernier. On remarquera un pliant à tètes d'animaux, le seul que nous ayons rencontré, sur le contre-sceau de Tabbaye de la Trinité de Lessay, au douzième siècle ; tandis que la face de la même abbaye nous offrira le Christ dans une auréole ogivale, assis sur deux arcs-en-ciel à
LES TROIS PERSONNES DIVINES
courbe opposée et soudés par leur convexité. Le Fils est encore assis sur un arc-en-ciel dans le type des Dominicaines de la Thieuloye, près Arras, en 1425 (fig. 414).
Nous n'avons considéré jusqu'à présent que le Christ seul, sans nous occuper de certains attributs et de certaines pièces qui l'accompagnent assez fréquemment. Il convient de signaler à leur tour ces accessoires et de traduire le sens caché sous leur symbole.
AVI • 1 Fi". 412. — D'après le sceau
Apres le nnnbe que nous J^ rabbaye de la Trinité de Lessay,
avons déjà fait connaître, un des
principaux attributs est l'auréole, la gloire, émanation lumineuse enveloppant tout le personnage, limitée
tantôt par une ogive, \ ^ comme celle que nous
venons de citer, tantôt par un quadrilobe, quelquefois soutenue par des anges, comme par
Fig. 4i3. — D'après le sceau de l'abbaye
de saint-Tibery. iifon. cxemplo au sccau dc
Tabbaye de Saint-Tibery, en i3o3.
Le Christ est escorté du soleil et de la lune dans le type de Saint-Sauveur de Blois, au douzième siècle; — du soleil, de la lune et d'une étoile, au sceau du
prieur de Tordre de la Pénitence de Jésus-Christ en Espagne, en i258. Comme nous Tavons déjà expliqué, la présence de ces mondes indique Tuniversalité de la puissance divine.
Les lettres grecques A et tO , Talpha et Toméga qui accostent la figure du Sauveur dans le type du prieuré de Lihons-en-Santerre, en i2o3, répètent le texte de saint Jean : '< Je suis le commencement et la fin de toutes choses, » Ego siim A et CO, initiiim et finis (Apocalypse, XXI, 6); comme les lettres latines a et m gravées sur le sceau du prieur d'Hesdin, au treizième siècle, nous reportent à la Salutation angélique, au souvenir de Marie joint à l'image de son fruit béni : Ave, Maria.
Parfois, au lieu de simples accessoires, ce sont des personnages empruntés au Nouveau Testament qui accompagnent le Fils de Dieu. Il est accosté des têtes de saint Pierre et de saint Paul, dans le type de Guillaume, doyen de Chichester, en i3o2. Le sceau de Sainte-Marie de Clermont-Ferrand, en 1264, offre les tètes des douze apôtres entourant leur divin maître, les têtes des disciples d'une proportion plus petite que celle du Christ. Le sceau des Dominicaines de la Thieuloye, en 1425 (fig. 414), représente, dans une auréole en losange, le Verbe assis sur un arc-cn-cicl entre les figures symboliques des quatre évangélistes.
Nous devions esquisser d'abord, dans leur caractère général, les traits principaux qui distinguent la
LES TROIS PERSONNES DIVINES
deuxième Personne divine. Il est temps des à présent de faire connaître, d'après les sceaux, la figure de Jésus parcourant les diverses phases de sa vie terrestre.
La première sera la Nativité.
Les sceaux de Tabbaye de Grandchamp, en 1271,
Fig. 41^. — D'après le sceau des Dominicaines de la Thieuloyc, 1425.
— de la prieure de la Thieuloye, en iSGy, reproduisent la venue du Sauveur. L'enfant divin, le corps enveloppé de langes maintenus par des bandelettes croisées, repose sans intermédiaire dans la crèche entre le bœuf et l'àne, ou bien, comme au sceau de l'abbesse des Clarisses d'Aix , au quatorzième siècle, Jésus, plus libre sous TétofFe qui Temmaillote, est installé dans un berceau de forme ovoïde placé dans la crèche. Au-dessus de l'enfant brille l'étoile miracu-
leuse; et, sur le sceau de Fabbaye de Grandchamp, deux lampes éclairent Thumblc asile.
Dans le type de la prieure de la Thieuloye, la Vierge, par un geste de tendresse familier aux mères, tient la main de Jésus endormi, tandis que Joseph, assis aux pieds du lit, les deux mains ^-^^^^ appuyées sur un bâton, contemple
Fig. 4i5.
D'après le sceau de la cettc scèue à kl lucur d'uue lampe
prieure de la Tl)ieuloye,
i?<57. suspendue à la place occupée sur les
sceaux précédents par Tétoile miraculeuse.
En 1255, Tabbaye de Noyon représente, sur un sceau malheureusement incomplet, l'épisode de TAdoration des mages. On n'aperçoit plus de Jésus assis sur les genoux de sa mère que son bras bénissant. Le mage le plus rapproché, barbu, couronné, une chlamyde nouée sur l'épaule et posée sur une ample tunique ceinte, dans une attitude respectueuse à demi fléchie, présente des deux mains l'or enfermé dans un vase. Derrière lui, les deux autres rois attendent debout, tenant chacun leur offrande. Au talon du premier personnage, on distingue la molette d'un éperon rappelant le long voyage entrepris.
La Présentation au Temple se voit au sceau du gardien des frères Mineurs de Toulouse, en 1274. La
Fig. 416.
D'après le sceau
de l'abbaye de Noyon
LES 1 Kois im;rs()Nnks divini:s
Vierge tient sur l'autel Jésus debout et nimbé, qu'un personnage nimbé , saint Siméon sans doute , semble vouloir prendre dans ses bras. Un deuxième type, celui de Gazon de Savigny, évêque de Laon, en 1297, figure à droite de Tautel la Vierge debout et portant son enfant; de l'autre côté, Siméon étend ses mains vers Jésus, prononçant les paroles bien connues.
Plusieurs de nos monuments reproduisent le Baptême du Christ. Dans la composition la plus simple, le Sauveur, entièrement nu et dans une colonne d'eau du Jourdain montant jusqu'à la ceinture, la tète entourée du nimbe qui lui est propre, tient les mains jointes devant la poitrine. A sa gauche, saint Jean, en tunique de peau de bète, répand sur l'épaule de Jésus l'eau du baptême puisée dans une buire. En haut, la colombe descend d'un nuaoe sur la tète du Sauveur. Tel est le sujet traité sur le sceau de l'abbaye de Saint-Jean-au-Bois, en i3o3.
Sur le sceau de Jacques, abbé de Saint -Jean de Valenciennes, en i3i8, le Christ nimbé et dans une colonne d'eau comme il vient d'être dit, la main gauche posée sur la hanche, parait bénir devant lui. Saint Jean, en pénule de peau, lui répand sur la tète l'eau contenue dans un vase. A gauche, on remarque la tunique de Jésus, soutenue probablement par une main indistincte.
Dans un type de l'abbaye de Chocques (fig. 417), en i3i5, c'est un ange qui tient la tunique, tandis
de l'abbaye de Chocqu i3i5.
que saint Jean, une main sur Tépaule du Christ, élève la droite vers la colombe qui descend du ciel, portant une ampoule à son bec. Exemple assez rare de .K), FEsprit- Saint apportant Tampoulc
qui doit servir au baptême de Jésus.
Le Repas chez le pharisien se trouve figuré sur le sceau de 1" Hôtel- Dieu ou de la Madeleine de Rouen, en i366. Jésus nimbé, en tunique, assis à Textrémité de la table, étend la main vers un de ses disciples qui lui présente une coupe. La sœur de Lazare, Marie-Madeleine, étendue sur le sol, vient de répandre Thuile parfumée; elle essuie de sa chevelure les pieds du Rédempteur. On voit, en haut, la partie supérieure d'un édifice surmonté d'une coupole. Les sujets reproduisant la Résurrection de Lazare nous ofl^rent le Christ debout, nimbé, dans le costume des philosophes, seul ou avec des assistants, bénissant Lazare ou le tirant par le bras.
Sur les sceaux de Pierre de Chalon, archidiacre d'Autun, en i3o2, — de Jean de Corbigny, chapelain du duc de Bourgogne, en i3o5, la composition ne renferme que les deux personnages essentiels. Jésus bénit Lazare d'une main et tient de l'autre la croix de l'Eglise triomphante.
Fig. 41 S.
D'aprè<; le sceau
de
JeandeCorbigiiv,
cliapclain du duc
de lîourgogne,