‹ Le costume au moyen âge d'après les sceaux (volume 2)Chapitre 26 sur 77 · L'ÉPERON · texte numérisé non relu

L'ÉPERON

e moyen âge avait fait de l'éperon un insigne de la chevalerie, une pièce honorable dont on armait un chevalier, et qu'on lui brisait aux talons à coups de hache s'il avait encouru la dégradation.

L'éperon était d'or ou doré. Sa forme générale n'a pas changé. Tout le monde la connaît : talonnière à deux branches recourbées, attachée au pied par une bride et un sous-pied, et portant une tige pointue destinée à aiguillonner le cheval. L'extrémité seule de la tige a varié dans sa disposition.

Depuis Guillaume le Conquérant jusqu'aux premières années du treizième siècle, les sceaux représentent l'éperon armé d'un petit fer en pyramide ou de forme conique, souvenir de l'éperon romain.

Vers 121 1, 121 5, la tige se termine en une pointe

munie d'un renflement, d'une traverse, origine de la tige à trois branches que Ton rencontre de 1223 à

A cette variété succède la pointe simple, courte. Elle commence avec les écus triangulaires, les armures spéciales des membres, et dure jusqu'au commencement du quatorzième siècle, où la molette a pris définitivement sa place, pour se continuer jusqu à nos jours.

Les éperons ne comptent que pour un bien minime détail dans un sceau équestre dont la dimension est

Fig. 127.

D'après le sceau

de Raoul de Fougères,

Fig. 128.

D'après le sceau

delaville de Béziers,

xii* siècle.

Fig. 129.

Sceau de Guillaume

de Ne vers. 1140.

Fig. i3o.

Sceau de Bernard V

de Comminges,

déjà petite. Cependant on en voit en forme de pyramide nettement dessinés chez Raoul de Fougères, en u63, — Gui de Garlande, en 1170, — Eudes III, duc de Bourgogne, en 1198, — Bernard V, comte de Comminges, en 1226.

L'éperon à traverse se voit très distinctement sur les sceaux de Robert de Braine, en 121 5, — de Jean de Beaumont, en 1217. — Les trois branches sont naissantes chez Amauri de Craon , en 1 223 ; tout à fait formées chez Robert de Poissy, eh i23o, — Henri

Fig. i3i.

Jean de Beaumont, 12 17.

Fig. i32.

Amauri de

Craon, 1225

HABILLEMENT CHEVALERESQUE

d'Avaugour, en i23i, — Renaud de Trie, en 1237. Elles sont disposées en fleuron chez Raymond V, vi-

Fig. i35.

Fig. i33. Fig. 134. Raimond,

Henri d'Avaugour, Renaud de Trie, vicomte de i23i. 1237. Turenne, is5i.

Fig. i36. Fig. i37.

Gui de Châtillon, Henri de

1270. Grandpré, 1274.

comte de Turenne, en i25i, — Gui de Châtillon, comte

de Saint-Pol, en 1270, — Henri de Grandpré, en 1274.

La pointe simple est figurée dans les types de

Gautier de Nemours, en 1265, — ■ de

Pierre de Chambly, en 1295, — de

Jean de Chalon, en i3oi, — de Louis

de Nevers, comte de Flandre, en i322,

— de Philippe de Valois, en 1327.

Quant aux molettes, les exemples abondent. Nous

citerons seulement les types où elles prennent de

grandes proportions et ceux où elles sont attachées à de très longues tiges. Charles, dauphin de

Fig. 138.

Gautier de

Nemours,

Fig. i3ç.

Jean

de Chalon,

i3oi.

Fig. 140. Viennois, en 1348, — Louis II,

Jean de Boury,

1211. comte d'Etampes, en i36i, —

Fig. 141.

Charles le

Téméraire,

Louis, duc d'Orléans, en 1485, portent la grande molette, la molette épanouie. — Charles le Téméraire, en 1468, Antoine de Lorraine, en i5oi, chaussent l'éperon à longue tige.

Aucun des groupes qui viennent d'être distingués n'implique une spécialité respective d'éperons. Chacune

de ces divisions répond seulement à l'intervalle pendant lequel l'usage d'un modèle a été général, ce qui n'empêche pas le même modèle de s'être montré avant ou après les limites indiquées. Ainsi un des sceaux de Philippe d'Alsace, en 1171, nous offre le comte chaussé d'un éperon à trois branches; — Bernard V, comte de Comminges (fig. i3o), en 1226, Trencavel, en 1247, portent encore l'éperon à fer de lance; — la première molette, et elle est fort grande, paraît en 121 1 sur le sceau de Jean de Boury (fig. 140), la seconde en 1225, sur celui de Gautier de Rinel, la troisième chez Raimond, comte de Toulouse, en 1228, la quatrième chez Arnoul de Landas, en 1237, la cinquième dans le type de Guillaume de Dampierre, en 1246, et ainsi de suite à des intervalles éloignés, jusqu'au quatorzième siècle, où l'usage de la molette devient général.

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