MAIRES ET ÉCHEVINS
Fig. 3 10. ■— Le maire d'Avesnes.
xvf siècle.
remarque un manteau de cette espèce attaché sur
Tépaule droite du mayeur de la ville de Roye.
A la fin du treizième siècle, les maires quittent le
manteau et passent par-dessus
le surcot un second surcot
plus court, sans ceinture, à
manches tantôt ajustées, tantôt très larges et flottantes à
partir du coude, quelquefois
même sans manches. C'est la
cotardiej que l'on rencontre
garnie de temps en temps
d'un capuchon et que l'on
désigne dans ce dernier cas par le nom de huque. Le
sceau de la ville de Boulogne fournit un exemple des
manches larges dont nous venons de parler; le maire de Frévent revêt sur le surcot une huque à la fois très courte et très ample.
/.ri A'/Mi \N>^r- Le costume des échevins ne
y/^^lH^kS IC\ diffère pas de celui des maires.
Cotte, surcot, manteau, se res- Fi 3i| semblent. Toutefois, parmi les
Le mayeur de Frérent, 1416. consuls fo NîmeS (fig. 3 12), Certains portent la chape que nous avons eu déjà l'occasion d'étudier dans le type des dames. Le dessin des consuls d'Issoire (fig. 3i3) montre une cotardie à ailerons, garnie d'un chaperon.
La troupe armée qui marche à la suite du maire n'a rien de commun avec nos troupes régulières. Il semble que ces bourgeois ont décroché d'une
panoplie les engins les plus divers.
C'est un pêle-mêle de lances, de haches de métier , de haches d'armes, d'épieux, de vouges, de plançons.
Où va cette théorie
Fig. 3 12. — D'après le sceau echeVinale ? S agit -il Les consuls d'Issoire,
des consuls de Nîmes, 1226.
d'une démolition juridique , de réduire en cendres la maison d'un meurtrier ? La commune est -elle menacée? Ou bien ces
Fig. 314. — Le maire de Chauny, i3o3.
Flamands accompagnent-ils, au siège d'une ville, leur comte qu'ils abandonneront le lendemain? Les douze jurés de Doullens, au douzième siècle, montrent seuls
MAIRES ET ECHEVINS
Fig. 3i5.
D'après le sceau
de Doullcns, xna siècle
une certaine ordonnance. Ils se présentent sur trois rangées : deux sont armées de haches ; la troisième, la supérieure, tient une sorte de fauchard garni, vers la pointe, d'un crochet recourbé en haut, seul exemple que nous connaissions de cette arme curieuse.
Plusieurs sceaux de maires et d'échevins en costume civil se recommandent à l'attention des archéologues. On doit citer plus particulièrement : le type debout des consuls de Nîmes; — le mayeur d'Athies, assis et posé en proconsul romain ; les échevins de Saint-
Orner, également assis ; — les sceaux équestres de Chauny, de Corbie, de Mantes, de Roye, de Wailly; — les têtes échevinales de Compiègne, de Doullens, de Meulan et de Soissons.
Si nous gardons le silence sur l'équipement militaire des représentants de l'autorité et de l'administration communale, c'est que le sujet se trouve traité au chapitre du costume de guerre, avec le développement que son importance comporte.
Fig. 3i6.
Le mayeur d'Athies, 1228.
Ornement lire du Psautier de Jean, duc de Bcrry, manuscrit français du xive siècle,
a la Bibliothèque nationale.
TYPE NAVAL
'imagerie des sceaux a fait à l'élément civil la part la plus petite. Cette rareté de documents s'explique du reste facilement. Il était naturel à des seigneurs, à des roturiers de
prendre pour emblème les occupations qui remplissaient leur existence. tirée du Psautier Pendant tout le moyen âge, la noblesse
de Jean, duc de .
Beny, m$. fr. du xiv s. laïque tient a honneur de figurer sur les sceaux dans l'appareil de guerre ou de chasse, de guerre surtout ; elle veut pour le moins y être représentée par des symboles féodaux, des écus blasonnés. Les classes inférieures expriment à leur tour leur individualité par des attributs bourgeois, des outils de métier, des instruments ou des produits agricoles. Ce n'est guère que dans les scènes maritimes, dans les
25o LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
sujets de pêche, que Ton rencontre quelques détails sur l'habillement roturier. C'est là que nous irons les chercher. Nous serons ainsi amené à parler des vaisseaux. Si les personnages qui les montent ne nous offrent pas de renseignements complets, au point de vue de leur vêtement, du moins le lecteur connaîtra mieux les nefs du moyen âge et nous excusera si l'accessoire l'emporte ici sur le sujet principal.
Certaines villes ont fait représenter sur leurs sceaux l'image d'un navire, symbole de relations maritimes importantes. D'autres, qui tiraient de la poursuite des gros cétacés leur principal revenu, nous offrent des barques de pêche appropriées aux périlleuses expéditions. D'autres encore figurent une scène religieuse dont la mer aurait été le théâtre.
Avant de passer à la description des bâtiments et des embarcations que les sceaux nous ont transmis, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler que les artistes du moyen âge possèdent une qualité des plus précieuses pour l'archéologie : ils reproduisent avec exactitude les costumes, le mobilier ou les accessoires en usage au moment où ils les exécutent. Et cependant l'étude spéciale qui va nous occuper ne portera pas indifféremment sur tous les sceaux à navires. Quelques villes éloignées des côtes ayant pris pour emblème des sujets maritimes, on a dû se demander si, entre leur imagerie et celle qui nous provient de ports de mer où chacun, artistes, marchands et
TYPE NAVAL 25i
bourgeois, connaissait parfaitement les vaisseaux et leur gréement, il n'y avait pas un choix à faire. Après un mûr examen, les sujets légendaires ont été éliminés et nous avons réservé notre attention pour les vaisseaux provenant de villes dont la situation ne pouvait qu'affermir notre confiance dans l'exactitude des représentations qu'elles ont adoptées comme emblèmes.
Ajoutons encore que, tout en restant des copistes fidèles, les tailleurs de sceaux ne donnent pas toujours des reproductions complètes. Surtout lorsqu'il s'agit des vaisseaux et de leurs mille détails, l'artiste se contente de nous montrer les dispositions principales, les manœuvres qu'il a jugées indispensables.
Les navires gravés sur les sceaux appartiennent tous à. la classe des bâtiments de charge et de transport, vaisseaux ronds, marchant à la voile, que le moyen âge appelait des nefs. La galère, le vaisseau à rames, le vaisseau de guerre de l'époque, ne se rencontre pas dans cet ordre de monuments.
i° Les premiers navires figurés, quoique datés du treizième siècle, nous reportent aux drakars Scandinaves et aux navires normands leurs successeurs. Comme ces derniers, ils sont également relevés de la
proue et de la poupe, munis d'un seul mât soutenu par des haubans garnis d'enfléchures et par deux étais. Ils portent une seule voile carrée, garnie de bandes de ris. La vergue se dirige par des bras qui viennent s'attacher à la poupe. Le gouvernail consiste en un aviron placé de côté et à l'arrière. Enfin une ancre est suspendue extérieurement près de la proue.
La forme générale de ces navires, avec les deux caps très relevés et la muraille se relevant également à l'avant et à l'arrière pour aller fortifier Tétrave et Tétambot, offre tout à fait l'image d'un croissant. L'étrave et Tétambot modernes sont ce qu'on entendait au moyen âge par les deux rodes ou les deux floddes du navire, pièces de bois principales ajoutées à chaque extrémité de la quille.
Chaque sceau ne renferme pas tous les détails que nous venons d'énumérer ; mais ce que l'un refuse , l'autre le donne ; l'œuvre d'un graveur répare les omissions d'un autre graveur.
Le sceau de Nieuport, en 1237, représente un bâtiment gouverné à droite par un aviron que tient à pleines mains le timonier debout. Le mât, dont la hauteur à partir de la quille égale la longueur du navire, est soutenu par quatre haubans et deux étais. Au sommet du mât flotte une flamme en forme de gonfanon. La vergue porte ici une voile carguée; mais sur le sceau de La Rochelle, en i3o8, la voile est déployée et Ton peut y compter trois bandes de ris,
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munies de leurs garcettes. Le vaisseau de La Rochelle figure encore très nettement les deux pièces principales de la construction de la proue et de la poupe, Tétambot et l'étrave modernes. Le type de Gravelines, en 1244, permet d'observer comment les planches de la muraille se relevaient pour atteindre chacune des
Fig. 317. — Sceau de La Rochelle. i3o8.
extrémités de la nef. Dans ce même type de Gravelines, le timonier manœuvre l'aviron, c'est-à-dire le gouvernail, au moyen d'une cheville fixée perpendiculairement au plan de la pale. Ce manche est ce que les hommes du Nord appelaient le helm, et les Romains, le clavus. Le gouvernail du vaisseau de Lubeck, au lieu d'être muni d'une cheville, se termine par une potence.
Parmi les navires compris dans cette catégorie, il
en est dont les caps sont surmontés de têtes de dragon et rappellent ainsi le caput effigiatum, le brant de certains navires normands. Les Normands tenaient eux-mêmes cet ornement des Danois, qui décoraient le chef de leurs vaisseaux de figures sculptées, en métal. Le sceau de la ville de Paris, en i366, et celui de la ville de Lubeck, daté par l'acte qu'il authentique de 1647, mais appartenant à une époque bien plus reculée, offrent des réminiscences de l'ornement que nous venons de signaler.
Le costume des timoniers qui gouvernent les nefs de Nieuport et de Gravelines comporte les deux tuniques traditionnelles : une cotte entièrement recouverte d'un surcot; celui-ci à manches étroites, la jupe assez ample et retenue à la taille par une ceinture. La tête nue, les cheveux courts sur le front, un peu plus longs et roulés par derrière , rappellent certaines coiffures échevinales dont nous avons parlé précédemment.
20 Un autre groupe comprend des sceaux employés dans le premier tiers du quatorzième siècle, mais certainement plus anciens. Nous rencontrons ici, pour la première fois, les châteaux qu'on établissait sur les nefs. Ces lignea castra, sortes de petites tours de bois, carrées et crénelées, étaient d'ordinaire au nombre de trois. A l'avant et à l'arrière, en dedans des parties recourbées de Tétrave et de l'étambot, s'élevait un château sur des supports. Un troisième château se hissait au
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haut du mât, où il existe encore maintenant à demeure sous le nom de hune.
Les sceaux des villes de Damme et de Dunwich offrent des modèles de châteaux de proue et de poupe et, dans ces deux exemples, ils dominent toute la construction. Les châteaux du vaisseau de Dunwich, à base carrée, sont élevés sur des supports droits. Sur
Fig. 3 18. — Sceau de la ville de Nieuport, 1307.
le sceau de la ville de Damme, en 1309 (fig. 32 1), des épontilles à plusieurs bras soutiennent les deux châteaux, qui, au lieu d'être construits de charpentes frettées , sont soutenus par une suite d'arcatures gothiques; une bannière, aux armes de Damme, surmonte chacun de ces châteaux, et chaque bannière est tenue par un homme de l'équipage.
Les types de Santander et de Saint-Sébastien, en i335, ne portent qu'un seul château, le château d'ar-
rière. Il est établi sur une voûte et paraît composé d'une chambre percée d'embrasures que surmonte une plate-forme défendue par des créneaux.
La nef de la ville de Nieuport, en 1307 (fig. 3i8), possède les deux châteaux d'avant et d'arrière. Mais ils offrent ce caractère particulier qu'ils reposent immé-
Fig. 319. — Sceau de la ville de Saiut-Scbastien. i335.
diatement sur le vibord et s'appuient à Tétrave et à l'étambot, dont ils n'atteignent pas la hauteur.
Les bâtiments de cette deuxième série présentent en abondance des détails qui manquent à la première. Dans les types de Saint-Sébastien et de Santander, deux matelots plient la voile, perchés sur la vergue d'où pendent des cordages de cargue. On remarque au sceau de Saint-Sébastien les enfléchures, ces cordelettes mises en travers des haubans et qui servent
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d'échelle. Le racage, le collier qui permet à la vergue de glisser le long du mât, y est aussi très nettement accusé. On voit également la manière dont l'extrémité inférieure des haubans s'attache au bord du navire aux porte-haubans, et comment les deux bras de la vergue viennent aboutir à proximité du timonier, qui tient un aviron à large pale triangulaire. Sur le flanc du navire de Saint - Sébastien comme sur celui de Damme, on distingue des sabords fermés. De la proue de ces deux navires sort en outre une sorte de beaupré, muni à son extrémité de deux cordages flottants dont les bouts libres sont ramenés à bord. L'étambot de la nef de Saint-Sébastien porte deux crochets en S dont l'usage paraît difficile à préciser.
Ils servaient peut-être à amarrer la chaloupe qui suivait à la traîne. Nous savons par les chroniqueurs de saint Louis que la barge de cantier restait à la traîne, c'est-à-dire à la remorque derrière la nef.
N'oublions pas l'ancre suspendue près de la proue et dont le sceau de Pampelune, en 1279, offre un dessin très précis. L'ancre ressemble, à peu de chose près, à celle de notre temps : même anneau à l'extrémité supérieure de la verge, même traverse en bois;
seulement, l'extrémité inférieure, après s'être divisée
Fig. 320.
D'après le sceau de Pampelune,
a5S LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
en deux lourdes pattes, se termine, comme la supérieure, par un anneau. Quelle était l'utilité de ce second anneau? Nous l'ignorons. Servait-il à attacher un cordage pour aider à lever l'ancre ? Cette supposition n'a rien d'improbable. Dans l'exemple que nous avons choisi pour la description de l'ancre, celle-ci est suspendue horizontalement le long du bordage par des câbles passant par-dessus le bord. Les autres navires où l'ancre est suspendue, livrée à sa perpendicularité, ne présentent pas davantage Xécubier, cette ouverture particulière destinée au passage du câble de l'ancre.
La nef de la ville de Damme (fig. 32 1) se fait surtout remarquer par sa construction toute différente de celle des autres navires de son époque. Il n'existe plus ici d'extrémités relevées, le bâtiment n'affecte plus la forme d'un croissant. Le bordage, à la proue et à la poupe, est seulement exhaussé de la largeur d'une planche. Le gouvernail, placé tout à fait au milieu de l'arrière , est attaché de chaque côté par des ferrures , les vittes , que dans la langue libre du matelot on nommait le mâle et la femelle, aigu il lots et femelots, lorsqu'on n'employait pas des termes d'une crudité encore plus significative. Ce gouvernail, dit à la navarresque, est mû par une barre qui en reçoit la tète, comme la reçoivent encore de nos jours les barres des chaloupes et des canots. Il est à noter que dans ce navire un matelot grimpe aux haubans
TYPE NAVAL
sans se servir des enfléchures, qui, du reste, ne sont pas apparentes.
Les deux premiers personnages dont nous avons tout à l'heure étudié le vêtement n'étaient visibles qu'à mi-corps. Avec cette nouvelle catégorie de nefs., nous pouvons affirmer que le surcot s'arrêtait au
Fig. 32i. — Sceau de la ville de Dam me, 1309.
genou, que les chausses étaient collantes. On remarque de plus que certains matelots, tels que ceux des nefs de Damme et de Dunwich, couvrent leur tête d'un chaperon.
3° Les navires examinés jusqu'à présent offrent leurs châteaux de poupe et de proue placés en dedans du bâtiment, à une certaine distance de Tétambot et de l'étrave. Un seul d'entre eux, celui de
Nieuport, en 1307, porte ses châteaux adossés à ces pièces principales. Les nefs qui leur succèdent dans Tordre chronologique nous font connaître une disposition différente.
Dans le type de Southampton, en 1495, les châteaux reposent sur les pointes de la proue et de la
poupe, et semblent y constituer une habitation recouverte d'une plate-forme entourée de créneaux. Le château d'avant dépasse même extérieurement l'extrémité du navire. Sur la plate-forme du château d'arrière, deux personnages transmettent des ordres ou communiquent des signaux au moyen de porte -voix ou de trompettes. Deux buccinateurs se remarquent également au sceau de la ville de Calais, en i3o8, 1341.
Le costume des buccinateurs semble le même que celui de l'équipage. Mais les porte-voix, sur le sceau de Calais surtout, présentent une longueur démesurée ; elle égale au moins la hauteur du personnage.
Sur le sceau du comte de Rutland, amiral d'Angleterre, en i3g5 (fig. 324), et sur le sceau de la ville de Paris, en 141 2 (fig. 323), les châteaux dépassent la poupe et la proue d'environ un tiers de leur dimension; la
Fig. 322.
Sceau de la ville de Calais. i3o8.
TYPE NAVAL
plate-forme n'est plus crénelée. Une galerie décorée de
rinceaux et de pièces d'armoiries décore leurs trois côtés
extérieurs. Le château d'avant de la nef du comte de
Rutland, au lieu d'être quadran-
gulaire, emprunte la forme d'un
pentagone dont un angle se
projette en avant et hors du
bâtiment. Le mât, unique, est
couronné d'une gabie en forme
de corbeille, garnie de flèches et
surmontée d'une flamme à deux
pointes qu'on appelait le tode.
Le type de Nieuport, en 1407, offre également deux châteaux, habitations encore défendues par des
Flg. 323.
Sceau de la ville de Paris, 141 2.
Fig. 324. — Sceau du comte de Rutland, amiral d'Angleterre, 1395.
créneaux comme celles de la période précédente, mais se continuant extérieurement plus loin que les caps
de la nef. Celle-ci présente de plus, le long de son bordage d'arrière, une série de créneaux que nous n'avions pas rencontrée dans les navires précédents et qui rappelle la pavesade ancienne, la bordure de pavois des nefs des croisades.
Un vaisseau de la ville de Paris, en 1472, porte
Fig. 335. — Sceau d'Amsterdam, i520.
deux châteaux encore plus extérieurs que les châteaux de Nieuport, et dans lesquels les créneaux persistent encore.
Des châteaux d'une autre espèce se remarquent au sceau de la ville d'Amsterdam, en 1529. Ils affectent la figure d'un triangle dont la partie la plus aiguë se prolonge hors de la nef. Le mât est couronné d'une gabie en corbeille avec une longue flamme flottant au sommet.
TYPE NAVAL 263
Les sceaux de deux villes baignées par le golfe de Gascogne nous font assister au spectacle émouvant d'une pêche à la baleine. Une embarcation rapide, aux caps très relevés et montée par cinq hommes, s'approche du cétacé. Trois rameurs assis nagent d'un seul côté, dégageant ainsi le bord qui côtoie l'énorme mammifère. Le patron, debout à l'arrière, gouverne avec un aviron, tandis que sur l'avant le harponneur s'apprête à lancer son arme. Tel est le type de la ville de Biarritz, en i35i.
Sur le sceau de Fontarabie, en i335, le canot, de même forme que le précédent, mais dessiné avec plus d'élégance, ne porte que deux rameurs. Ils nagent tous deux du même côté, le côté opposé à la baleine, dont l'image est aussi plus correcte. Le harponneur, debout, a déjà envoyé deux lances, et le patron, assis à l'arrière, semble lui donner le signal de frapper une troisième fois. Des deux engins qui ont atteint l'animal, l'un, celui de droite, nous fait connaître une particularité curieuse. Chacun sait comment la pêche à la baleine se pratique de nos jours. La baleine une fois piquée, le canot lui file une certaine longueur de la ligne attachée au harpon, et puis s'amarre sur elle. Dès ce moment, la barque ne la quitte plus, tantôt
entraînée avec une rapidité vertigineuse par la bête qui fuit, tantôt au repos pendant une sonde du cétacé, attendant qu'il reparaisse à la surface pour le frapper de nouveau, s'éloignant ou se rapprochant à propos sans jamais le lâcher, si ce n'est dans des circonstances extrêmes. D'après le sceau de Fontarabie, les Basques,
au moyen âge, n'en usaient pas tout à fait de même. La ligne attachée au harpon de droite, au lieu d'être amarrée au canot, conserve son autre extrémité libre , et cette extrémité se termine par un flotteur, un tonnelet,
Fig. 326. — Sceau de Fontarabie, 1 335.
sorte de bouée qu'on pouvait suivre avec moins de dangers et sans perdre la trace de la baleine.
Nous observons encore que le harponneur ne saisit pas son arme des deux mains, comme c'est l'usage à présent. La main gauche est obligée de tenir la ligne dégagée.
Chez les pêcheurs, l'habillement est semblable à celui des marins. Nous constatons cependant sur le sceau de Biarritz qu'ils portent des surcots déceints. Tous ont la tête nue, comme il convient pour la terrible lutte qu'ils entreprennent.
TYPE NAVAL 263
Si maintenant on compare les renseignements fournis par les sceaux avec ce que nous apprennent les documents écrits, on remarquera que les graveurs nous ont donné la nef la plus simple, celle dont l'image rappelle la forme la plus connue. Du temps de saint Louis, il existait des nefs à deux mâts, le mât de proue et l'arbre du milieu, et ces nefs se gouvernaient avec deux avirons de poupe, un de chaque côté. Ces mêmes nefs portaient des châteaux qu'elles tenaient des Romains, qui les avaient empruntés aux Egyptiens.
Les navires des sceaux ne nous montrent qu'une seule ancre ; mais les comptes de l'époque nous parlent de leur grand nombre; ils en mentionnent douze et quelquefois vingt par chaque nef. Elles étaient, il est vrai, moins pesantes que les nôtres.
Les trompettes ou les porte-voix figurés sur les sceaux de Southampton et de Calais ne datent pas du quatorzième siècle. L'empereur Maurice, au sixième siècle, dans son traité de Y Art militaire , prescrit à chaque corps de vaisseaux d'avoir un porteur d'ordres et un trompette. L'empereur Léon, qui vivait trois cents ans après Maurice, en parle dans ses Tactiques.
Le caput effigiatum nous vient des navires Scandinaves, et le clavus du gouvernail romain se retrouve
dans les vaisseaux normands.
Au reste, on constate dans la marine plus que partout ailleurs l'influence de la tradition. Un navire de guerre égyptien, tiré d'un bas-relief sculpté sur les pylônes du palais de Rhamsès IV, présente au sommet de son unique mât une gabie en corbeille contenant un personnage armé d'une fronde. C'est la gabie qui couronne le mât de la nef du comte de Rutland en i3g5, de la nef d'Amsterdam en 1529. Ce vaisseau égyptien porte un petit château à l'avant et à l'arrière. Il est gouverné, comme les nefs du moyen âge, par un aviron de poupe.
Sur le grand bateau du Nil dessiné par Wilkinson, un personnage assis à l'arrière gouverne la vergue au moyen de deux cordages qu'il tient à la main. Ces cordages sont les bras de la vergue que nous avons signalés dans les types de Dunwich, de Saint-Sébastien et de Santander.
Tout en nous occupant de l'habillement, nous venons de passer rapidement en revue les types qui peuvent apporter quelques éléments à l'étude de l'archéologie navale. Bien qu'Aug. Jal ait connu ces matériaux, il nous a paru nécessaire d'insister, en les présentant dans un cadre séparé, sur des monuments que leur rareté rend encore plus précieux.
Ornement tiré du manuscrit français n* 580, à la Bibliothèque nationale, xv* siècle.
VÊTEMENT SACERDOTAL
ès Tannée 1067, les sceaux ecclésiastiques représentent des évêques en costume liturgique. Ces hauts dignitaires de l'Église, étant investis du pouvoir de conférer tous les ordres,
Initiale du xv* siècle, tirée du manuscrit français
n« 2643, à la Bibliothèque nationale. portent, en signe de ce
pouvoir, tous les vêtements de l'officiant. Chaque prélat nous apparaît avec l'amict, l'aube, la dalmatique et la chasuble , Tétole et le manipule ; coiffé de la mitre, ganté, il tient sa crosse de la main gauche et, de la droite où l'on distingue l'anneau pastoral, il bénit.
Ces figures épiscopales, qui se succèdent pendant une période de plus de quatre siècles, offrent, comme
on le voit, les éléments propres à l'étude de l'habit sacerdotal au moyen âge. Nous allons, d'après elles, examiner les diverses parties de ce vêtement. Nous mettrons aussi à contribution les sceaux des ordres qui, n'ayant pas droit à la chasuble, laissent apercevoir l'aube et la dalmatique dans leur entier. Enfin les types des officiers de chapitre nous renseigneront sur la chape, le manteau d'apparat adopté par l'Eglise.