‹ Le costume du médecin en FranceChapitre 2 sur 4 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

DE MOLIÈRE A NOS JOURS

B ALZAC, ce subtil analyste du cœur humain servi par un génie intuitif qui l’a rendu inimitable comme peintre de mœurs, n’a pas laissé de faire un rapprochement entre les trois espèces sociales qui, en notre temps, comme aux époques antérieures, gouvernent le monde : le prêtre, l’homme de loi, le médecin. « L’un panse les plaies de l’âme ; l’autre, celles de la bourse ; le dernier, celles du corps ; ils représentent la société dans ses trois principaux termes d’existence : la conscience,

rsonnages aflublés d un accoutr grotesque, qui les désignait ai is et les vouait au ridicule. Qj

Cracher du grec et du Longue perruque, habi, De la fourrure et du .

Tout cela réuni fait p,

C’est de l’esprit français, et non i si fort malmenés, nous somms nentalité, sans les replacer dam Le ridicule, a-t-on fait iusteme,

bacheliers pouvaient demander à sub l’examen de pratique (de Praxi), qui 1 acheminait à la Licence. Cet exami avait lieu toutes les années paires. Apr avoir satisfait à cette épreuve, les lice tlande J, précédés du Doyen et des Do

les bénéfices de la profession :

Faàt * 9°3°

suivaient la doctorat, en fourré, pré-

Veepérie, l’aspirant ; robe, avec le chaper cédé des deux bedeaux, escorté de deux bacheliers, allait rendre visite aux examinateurs désignés pour l’acte du doctorat et les invitait à assister à cette solennité ; les bedeaux portaient au domicile des autres Docteurs les lettres d’invitation qui leur étaient destinées.

, , ait lieu la cérémonie dans la grande

salle du rez-de-chaussée des Ecoles de médecine, magnifiquement décorée et ornée de riches tapisseries; le futur Docteur, ayant à sa droite le Président de l’acte, et précédé des deux massiers, pénétrait dans 1 amphithéâtre, suivi de ceux qui allaient l’argumenter, des bacheliers et des élèves, et il prenait place dans la cathèdre. Alors s’approchait de lui le premier bedeau qui, s’inclinant avec une profonde révérence, prononçait la formule sacramentelle :

Quelque

Domine docterande, antequam incipiae, habed tria juramenta : 1 « Quod obeervabie jura, itatuUé, legee et laudabilee coneuetudinei bujuj ordin'u; 2» Quod comparebu, in craetinum D. Lucœ, in mieM pro defunclie doctoribue ; j> Quai) totia airibué contended advenue medieoa illicite praclicanteà, nulli parcendo, cujimcunique ordinià aut conditions fuerit.

Vs iota jurare ? (0 Et le récipiendaire répondait à cette injonction : Juro l

Toujours en latin, le président adressait une allocution au récipiendaire, où étaient rappelés les privilèges et surtout les devoirs de la profession ; puis, saisissant le birettum ou bonnet carré, avec lequel il faisait en l’air le signe de la croix, il le plaçait, de deux doigts de la main droite, sur la tête du candidat, et l’enfonçait par un léger coup de la paume de la main, en disant : In nomine Patrie et Filii et Spiritui

Et chaque formule est approuvée par le Juro solennel ; et la cérémonie se termine, comme dans la réalité, par la remise du bonnet, qui consacre l'investiture :

Ego, cum Lsto boneto,

F'enerabiU et docto,

Dono tibi et concéda

SaLgnandi , laiLlandi,

El occidendi.

Remarquons en passant, sauf à y revenir en son temps, que Molière a commis un anachronisme, en reconnaissant aux docteurs le droit de « couper et tailler » ; ce droit appartenait aux chirurgiens et non aux médecins, et nous dirons quelle barrière infranchissable séparait les deux corps longtemps rivaux ; mais le dramaturge a vu un effet de scène infaillible, il n’a eu garde de le négliger.

Dans le même dessein, il a été chercher certaines de ses inspirations, pour corser le côté burlesque de sa pièce, dans les coutumes de l’antique Faculté de Montpellier, gardienne des traditions, plus que celle de Paris. On présume que c’est durant son séjour à Pézenas, auprès du prince de Conti, que Molière a pris les informations qu’il devait utiliser plus tard. Ainsi, pour ne citer qu’un détail scénique, les violons qui ouvrent la marche du cortège, c’est dans la vieille cité universitaire et non dans la capitale qu’ils faisaient partie du cérémonial. Locke, le philosophe anglais qui avait débuté par la

médecine, visitant Montpellier un an après la mort de Molière, a décrit la solennité dont U avait été le témoin <0.

Locke s’était rendu à Montpellier sur les conseils de Sydenham. Cette ville était alors réputée pour la douceur de son climat, qui convenait parfaitement au tempérament délicat de son hôte illustre ; celui-ci était également assuré d’y trouver matière à observations de voyages. C’est dans son journal que nous avons relevé ce plaisant croquis d’une réception au doctorat, telle qu’elle s’était déroulée sous

5 Man i6j6. — Entendu à l’École de Médecine un jeune docteur soutenant arbitre, violence étonnante de phrases latines, de gestes, de grimaces, de rhétorique et

chiffèes entrelacés des

it le monde eût pénétré dans la maison, pour congradocteur, les compliments faits, on pria la compagnie ne vaste pièce, « tapissée d’un brocart couleur d'or, mêlé. » C’était la salle de bal, éclairée par douze e jeune docteur, cette fois en habit de cavalier, parui . la fille d’un des gentilshommes de l’endroit, Mlle de •rit le bal avec elle. Le bal dura jusqu’à huit heures mite dans quatre chambres, préparées pour le souper desquelles se trouvait une table mise de 2 5 couverts :essa de jouer pendant le repas. Après le dîner, or

ter un Medecm), avec deux mous- p g à L "diur d

taches à la dragonne; tel est ” ' * 0 s 1 '”

l’empire des modes, elles paraissent toujours bizarres dès qu’elles n’existent plus ».

On n’a pas oublié que, dans le Malade, imaginaire, Bé: Toinette, pressant Orgon de conquérir ses grades, ite manqv de lui faire la recommandation de porter la barbe, la barbe q plus de la moitié d’un médecin ». Molière n’est pas « à la pa| barbe alors ne se porte plus. Par contre, officiers, avocats,

et de plus, j’ai été à Ruei!

lteur a le bec cloué, la mule était d'un usage gé

qu’ils se présentaient dans les Ecoles, revêtus de leur robe nblème de leur titre de Conseiller d’Etat, les Docteursi se trouvaient assemblés pour les recevoir, devaient les bas de l’escalier et leur débiter, en latin, par la bouche dr discours assaisonné des éloges les plus pompeux. Mais traités avec tant de déférence par les membres de h irs même qu’ils n’appartenaient pas à celle-ci, ils essuyaieni rebuffades à la cour. Longtemps, le Roi les considéra i i domestiques, et l’on connaît le mot de Louis XIV, disante de Conti qui vantait les qualités de son médecin, don

:ions dans lesquelles avé ; observant son

corporations en une seule s’en suivit et lut réalisée en i655.

La Faculté vit d’un très mauvais œil cette réconciliation, et Gui Patin, entre autres, s’indigne, dans ses Lettres, contre « ces misérables coquins » qui ont la prétention « d’avoir en leurs salles, en

iufîrages, le port de l’épée ité tentés de l’oublier; cette alandrins qui, la nuit venue,

avait des élégants pour s’en affranchir.

^ des vêtu d’un habit de canelé gris ou

\ tonné comme M. de BuiFon 1 ' ». Barthez JBÊk saignait les dames avec une ligature à ^ or ' Lorry, « parfait médecin

Wm^m^ A pour son costume éblouissant. Pomme,

"'tf le spécialiste recherché des vaporeux et

u professeur Requ^. assi.uo! à surtout des vaporeuses, était un « docteur

«»“*»«» petit-maître, d’une très jolie figure, par¬

lant bien, vêtu très élégamment et très propre à séduire les femmes ». Tronchin fut un des rares qui conservèrent la tenue austère, adéquate à la gravité de son sacerdoce.

On ne voit plus, comme au siècle précédent, le médecin chevau-

me des Esculapes ne laisse rien à désirer sous le rapport de la propreté, de l'élégance et de la légèreté : habit ou redingote d'un drap à la mode le

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