CHAPITRE XVIII
des hommes de Morée et des régiments de ces pauvres mercenaires nés dans la montagne alpine pour servir de chair à canon aux capitaines. Les piquiers et les hallebardiers allégeaient autant que possible le poids du fer qui les couvrait, et qui cessait d'être une protection efficace contre Tartillerie; les chevaux étaient déjà moins surchargés. La commodité de chacun faisait loi.
Ce fut François I" qui essaya le premier Tunification superficielle des nationalités au point de vue de la tenue de campagne. Les Suisses, les lansquenets, les Angevins faisaient évidemment un mélange dangereux à plusieurs égards. Des cadres rigoureux comme ceux d'aujourd'hui ne pouvaient être créés à cette époque; mais du moins on chercha une unité, un symbole de ralliement. On le choisit dans Venseigne. Les gens d'une même bande furent habillés de même façon, et autant que possible la couleur de leur mise répondit à celle de leur drapeau particulier, aux couleurs de leur pays ou de leur chef; si bien que : enseigne signifie bataillon, cornette est l'équivalent de compagnie, et guidon l'équivalent d'escadron. 11 faudrait un dénombrement comme ceux d'Homère pour énumérer les habillements de ces contingents divers. L'uniforme n'est encore créé que partiellement.
Vêtus aux frais du souverain, les Suisses de la garde sont en blanc, tanné et noir. Mais les Ecossais portent leurs couleurs personnelles qui sont bleu, tanné et vermeil. Les Albanais perdent leur costume exotique, tout en conservant l'armement oriental. Les lansquenets de la Bande noire se distinguent volontairement par leur terrible mise qui fait fuir de loin les
23(î LE COSTUME EN FRANCE.
gens des campagnes. Plus redoutables encore sont les aventuriers ; ceux-là n'ont ni foi ni loi; ce sont les pires des irréguliers, pareils aux oiseaux de proie qui suivent les armées. C'est le pillage qui les habille; les pièces de leur vêtement sont hétéroclites ; ils sont les malandrins payés qui frappent du verdiin ou du hallecret le paysan qui leur résiste On en vit cependant de disciplinés. Et si l'on se demande pourquoi les deux partis guerroyants employaient de tels soudards, il faut se répondre que c'est en raison des grandes transformations que subissait l'art stratégique : les combattants à pied sont devenus précieux. L'arbalète et l'arc, armes de repos, sont condamnés : c'est la pique qui prévaut au premier rang, dans le corps à corps, à moins que l'arquebusier n'ait arrêté l'ennemi à distance. Mais, en tout cas, la cavalerie est condamnée; la noblesse qu'elle représente subit une déchéance, et rinfanterie, vraie force agissante des armées d'alors, n'a plus la rondache, le cabasset et le morion que par affectation surannée. Seuls, les seigneurs, ceux par exemple qui chargèrent encore à la bataille de Pavie, portaient sur eux des œuvres d'art que nous avons peine à soulever aujourd'hui. Peut-être portaient-ils le casque uniquement pour y fixer ces magnifiques plumes qui retombaient jusqu'à la selle et qu'on voit usitées dans l'art héraldique.
Dans toutes ces modes militaires, on sent, à l'étude et même à la première inspection, une provenance, une