‹ Le costume en FranceChapitre 109 sur 117 · CHAPITRE XVIII. aj · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. aj

division des religions. Dieu seul, paraît-il, distingue les siens dans la mêlée.

L"'homme de guerre est à cette époque un être double.

Regardons, pour ne prendre qu^un exemple, une estampe de Perissein. Voici des piquiers, des hallebardiers, des arquebusiers superbes. Le bas de leur corps semble nu dans des bottes collantes; d'énormes chausses bouffantes, que leurs taillades n'empêchent pas de nous paraître indécentes, moulent et masquent à la fois les formes. Suit le justaucorps de buffle, déchiqueté à plaisir. Les piquiers, gens de première action, exposés aux coups droits, n'ont pas abandonné le coi'selet; ils protègent encore leurs bras ; mais les gens de tir, les premiers porteurs du mousquet, sentent la vanité de cette protection. La tête seule est encore, et dans toutes les armes, couverte du mnrion, lourd et incommode.

Il nous est impossible d'entrer dans le détail des armes offensives et défensives. Disons seulement, pour rester dans notre cadre, qu'on couvrait la cuirasse, sous le règne de Charles IX, d'une sorte de casaque, et que c'était là un motif de luxueuses recherches.

Quant aux huguenots, ils combattaient sous leur vêtement habituel, distingués par une écharpe étroite. Ils étaient de l'avis des grands tacticiens de l'époque, Lanoue et Saulx-Tavannes; ils réprouvaient l'usage de l'armure.

Sous Henri III, furent créés les régiments; ils furent costumés et non armés, en ce qui concerne l'arme défensive. L'infanterie française s'apercevait qu'il est puéril de se défendre contre les balles ennemies. La

cavalerie, pourvue d'armes à feu, mettait pied à terre pour tirer. Les singularités telles que le corps des esti'adiots (Albanais), qui faisaient office d'éclaireurs, disparurent, comme ont disparu de notre armée moderne les lanciers ; il faut dire, en revanche, que les argoulets s'appelèrent carabins et furent mis à Pespagnole.

Le mousquetaire, le mousquetaire à pied des années qui avoisinent i58o, est le principal facteur des événements militaires. Ecrasé sous le poids de son petit canon portatif, il est cependant libre de tous ses mouvements. D'ailleurs, ce nouveau combattant appartient souvent à des milices provinciales; en beaucoup de cas, c'est un volontaire qui fait le coup de feu pour son parti, pour sa foi.

Ceci fut encore plus sensible sous le règne de Henri IV.

Le roi, on le sait, condamnait, avec un puritanisme de bon goût et une sévérité modérée, les abus de costume, les ornements fastueux. Il tint toujours à ce que son armée fût facile à distinguer, même à première vue, d'une armée de papistes, et, lorsque les papistes entrèrent dans son armée, d'une bande d'efféminés et d'orgueilleux. « Il obtint des siens, dit Quicherat, l'abandon des mandilles (casaques) et cottes d'armes. Tous les royaux, catholiques comme protestants, s'armèrent à cru, récharpe seule flottant sur leur cuirasse. On appela maheutres les gendarmes de Henri IV, en souvenir des mahoiti'es du temps jadis que rappelaient leurs épaulières gonflées. «

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