CHAPITRE XVIII
vers rutilitarisme. Aucune modification, par exemple, dans la tenue des dragons; les hussards ont fait volte-
Fig 170. — Garde française : 171:1 (Chéreau).
face; ils ont abandonné la mode à la turque pour la mode à la hongroise, pris le bonnet des dragons, changé leurs haillons pour une veste courte à manches serrées et un pantalon étroit, adopté les bottes
molles et le mantelet garni de fourrure. Le bonnet à poil, d'origine prussienne, s'introduisit dans le régiment des grenadiers ; on le trouva, chose e'change! plus pratique que le feutre et le tricorne.
Mais les recherches de la mode dénaturent souvent la sobriété de la tenue martiale. Il fallut veiller à ce que le satin, les bas de soie et les dentelles ne parussent pas dans Tuniforme ; et, sur un point, la tolérance prit force de loi : Tarmée adopta l'usage des queues et de la poudre; les têtes de nos soldats furent semblables à celles des élégants de la cour.
Cependant la culotte étroite, la veste, le Justaucorps et le grand chapeau à trois cornes sont d'un usage encore universel. Le bleu foncé et le rouge vif sont les couleurs du roi ; les gardes du corps, les gardes françaises et les grenadiers à cheval sont vêtus de bleu ; les Suisses, les gendarmes et les mousquetaires, de rouge. Le rouge vif et le bleu clair, au contraire, sont réservés aux corps étrangers, les troupes de ligne françaises gardant les nuances éteintes.
Le maréchal de Saxe et le ministre d'Argenson modifièrent cet état de choses sur quelques points. Les iihlans du maréchal de Saxe ont un aspect barbare. Avec leur large pantalon vert bouffant, leur veste verte à fausses manches tiottantes, ils ont Tair non certes de Polonais bien authentiques, mais d'une horde slave. Ils étaient coiffés d'un vilain casque bas à cimier et à crinière, et brandissaient une interminable lance. Pour ne pas être en reste avec d'aussi étranges voisins, les dragons inauguraient un casque garni de peau d'ours, et les grenadiers un bonnet d'ourson.