CHAPITRE PREMIER
La confection des premières étoffes date sans doute du moment où l'homme commença à domestiquer certaines races animales et reconnut les qualités textiles de certains végétaux. Le lin serait la première matière qu"'il ait soumise au tissage. S'il faut en croire de bonnes autorités, de nombreux lambeaux d'étoffes en lin auraient été découverts dans les gisements lacustres de l'âge néolithique. On sait que le lin croît spontanément en Orient, et qu'il fut la première substance que l'antiquité orientale ait mise en œuvre. Le chanvre ne fit son apparition dans nos contrées qu'à une époque relativement récente. Plusieurs des lambeaux dont nous venons de parler sont fort grossiers et leur aspect rappelle les nattes de Jonc tressé : « On est amené à se demander, dit M. Girard de Rialle^, si l'art de la vannerie, très ancien d'ailleurs, n"a pas donné naissance à l'industrie du tissage, en passant par la fabrication des filets de pêche, très abondants aussi dans les stations lacustres de la période néolithique. » Ces temps de sauvagerie resteront vraisemblablement toujours obscurs. L'histoire ne commence pour nous qu'après les migrations des races, bien tard ou pour mieux dire bien près de nous. Nous pouvons nous figurer qu'à l'époque oii les immenses forêts de la Gaule se trouèrent de clairières de plus en plus larges, les fleuves furent les premiers, véhicules de la civilisation, qui remonta du midi vers le nord. Les Phéniciens et les Ligures Jetaient des marchandises ouvrées sur la côte; un commerce rudi-
I. Nos Ancêtres, dans la Bibliothèque de vulgarisation; Degorce-Gadot, i383.
mentaire suivait les grandes vallées et pe'ne'trait assez
loin dans les terres.
Au moment où les auteurs classiques nous apportent
les premiers renseignements précis sur les Gaulois, ce nom s^applique bien aux habitants de presque toute la future Gaule romaine; mais Strabon nous avertit que les Gaulois et les Germains ne diffèrent ni quant à leur race ni quanta leurs mœurs.
F'g- 3- — Gaulois en braies.
(Longpérier.)
Voici ces renseignements.
D'après Tite-Live, les Gaulois, qui faisaient partie de Tarmée d'Annibal à la bataille de Cannes, avaient des épées démesurées et sans pointes; ils étaient nus jusqu'à la ceinture, tandis que les mercenaires espagnols étaient vêtus de tuniques de lin bordées de pourpre. Leur stature était gigantesque; ils portaient longs leurs cheveux roux; avaient des boucliers longs et étroits. Chacun se rappelle, d'ailleurs, l'épisode du combat singulier entre Manlius et un Gaulois qui portait au cou un anneau d'or {to?'quis). Ces colliers d'or faisaient partie du butin rapporté à Rome après la bataille de Télamon.
Les renseignements que nous donnent César et Tacite sont plus curieux, parce qu'ils proviennent de
Gaulois avec le torquis.
(Longpérier.)