CHAPITRE XV. ipj
les ferma définitivement. Modifications inutiles : les jours du pourpoint étaient comptés : il comportait, comme nous l'avons vu, trop d'ornements futiles. L'habit militaire le remplaça complètement vers 1670 et fournit à l'habit civil ses deux pièces capitales, la veste et le justaucorps. L'antique pourpoint lutta longtemps; on le trouve sur le dos des bons bourgeois fort avant dans tout le xvii® siècle et nous le rencontrons dans tous les auteurs classiques du siècle; mais on ne le nomme plus parmi les vêtements à la mode; il a disparu de la cour.
Justaucorps et veste, étaient deux tuniques ajustées, sans ceinture, qui se boutonnaient l'une sur l'autre, et se taillaient dans les draps riches et forts des fabriques françaises restaurées par Colbert. La veste hérita en partie des décorations de dentelles, de rubans, de broderies du pourpoint.
L'habit n'eut guère d'autre fioriture qu'un flot de rubans ou épaulettes, sur l'épaule droite. Encore cela sortit-il d'usage à la fin du siècle. Mais justement, à cette époque, le terme d'habit changea d'application; il servit à désigner le justaucorps ; il se fit entre la forme de ces deux pièces un compromis d'où sortit celle que nous portons aujourd'hui sous le nom anglais de redingote. On connaît bien l'habit en quelque sorte classique des belles années de Louis XIV; ajusté jusqu'à la taille tombant déjà en une jupe arrêtée aux genoux, il a des manches logiques, à peu près semblables aux nôtres sauf qu'elles sont plus larges et s'évasent joliment sur l'avant-bras en un parement très orné. Le large baudrier oti était passée l'épée coupait en diagonale cette
mise sévère, dont la couleur varia dans les teintes brunes plus ou moins foncées.
Les chausses, les larges chausses, tiraient à leur fin en même temps. A peine si les valets, assujettis à un uniforme, et les bourgeois réactionnaires consentaient à s^en vêtir encore (notez que celles des pages prirent dès lors le nom de culottes). Au milieu du règne, on suivit de préférence une mode étrangère, d'importation hollandaise, celle des rhingraves; « c'était, dit Quicherat, une ample culotte qui tombait tout droit comme un jupon; mais la doublure se nouait aux genoux. » cette mode dura jusque vers 1680, mais les rhingraves allèrent en se raccourcissant dans le temps. A travers toutes ces hésitations, on sent que la véritable culotte va prendre le dessus.
Il s'ensuivit que les bas devinrent une chose fort importante dans un costume recherché ; il était d'usage de les assortir à la couleur de l'habit. Les premiers bas de coton, qui remplacèrent les bas de soie venus de Milan, puis d'Angleterre, datent des dernières années du xvn« siècle ; on les attachait par une jarretière au-dessus du genou.
Les canons avaient justement pour but de rejoindre l'une à l'autre ces deux pièces, les chausses et les bas. Nous avons vu, dans le chapitre XI, leur origine. Ce furent de vraies manchettes adaptées aux jambes, des flots de rubans et de dentelle « à double rang de toile soit de batiste., soit de Hollande, avec deux ou trois rangs de point de Gênes » retombant sur les bottes et tenus par la même coulisse qui serrait les rhingraves ou les culottes. Pareils falbalas disparurent lorsqu'on