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LE COSTUME DE MIREILLE

Nous voudrions trouver un langage léger, subtil, aux nuances infiniment délicates, pour parler des arlésiennes comme elles le méritent. Vainement on essaie d'en causer en termes dignes d'elles ; ..au regard de leur grâce, les éloges qu'on leur décerne paraissent lourds et ce sont des fleurs qu'à pleines mains il leur faudrait jeter. Le plus souvent possible, nous demanderons l'appui des poètes ; nous nous associerons à leur enthousiasme, et ils nous aideront à rendre moins arides les descriptions , toujours un peu sèches , que nous allons tenter. M. J. Bourrill}^, dont on sait les recherches sut

les toilettes des Arlésiennes, divise en quatre périodes l'histoire du costume d'Arles, pendant le XI X^ siècle :

Arlésienne de 1850.

1° de la Révolution à 1820 ; 2° de 1820 à 1850 ; 3° de 1850 à 1890 ; 40 le costume actuel.

Laurexs. — ArUsienne.

Nous avons étudié la première période. C'est le moment où le costume se dégage des modes du XVIIIe siècle ; on abandonne peu à peu le droulet, le plechoun ; on modifie la coiffure, le corsage. Nous ne regrettons aucune de ces transformations. Depuis 1820 environ, malgré quelques erreurs de goût, commises sous l'influence des modes françaises, on peut marquer un progrès continu.

Nous trouvons donc tout-à-fait injustifié l'opinion émise par Alexandre Dumas, au cours de ses Impressions de voyage dans le midi de la France. Voici en effet, comment il s'exprime :

« L'un des trois jours que nous passâmes à Arles était un jour de fête, ou plutôt de marché ; il y avait une foire aux moutons, 125 ou 130.000 brebis, descendues des plaines de la Crau, étaient parquées au pied des remparts du Midi. Cette circonstance assez indifférente par elle-même, eut pour ma curiosité de voyageur un excellent résultat : ce fut celui de faire sortir de leurs maisons, et dans leurs costumes de fêtes, les Arlésiennes que je n'avais encore vues qu'allant à la fontaine ou filant sur le seuil de leur porte. Vers les 3 ou 4 heures de l'après-midi, abandonnant le. boulevard extérieur aux élégants et aux dandys de la ville, elles se répandirent dans les rues, circulant bras dessus bras dessous, par rangées de sept à huit jeunes filles, s'arrêtant de porte en porte pour commérer, en formant des groupes bruyants et moqueurs. La réputation de beauté est tout à fait méritée, et elles sont non seulement belles, mais encore gracieuses et distinguées. Leurs traits sont d'une délicatesse extrême, et appartiennent surtout au type grec ; elles ont généralement les cheveux bruns, et des yeux noirs veloutés, comme j'en ai vu aux Indiens et aux Arabes. De

temps en temps au milieu d'un groupe ionien, passe une jeune fille marquée au type sarrasin, avec ses yeux longs et relevés aux coins, son teint olivâtre, son corsage flexible et son pied d'enfant ; ou une grande femme au sang gaulois, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, à la démarche grave et tranquille, comme celle d'une antique druidess5.

Presque toutes sont fraîches et épanouies comme des Hollandaises ; car l'humidité du climat qui, à trente ans, flétri a leur beauté d'un jour, leur donne ce teint blanc et rose qu'ont les fleurs qui bordent les fleuves ou qui poussent dans les marais.

« Malheureusement pour le peintre ou le poëte, qui vont chercher le beau et le pittoresque, ces gracieuses filles de Bellovèse, d'Euxène, de Constantin et d'Abdérame, ont perdu une partie de leur charme le jour où elles ont renoncé au costume national, qui résumant pour elles tout le passé, se composait de la tunique courte des jeunes filles Spartiates, du corsage et de la mantille noire des Espagnoles, des souliers à boucles des Romaines, de la coifle étroite d'Anubis et du large bracelet gaulois. De tous ces vêteraents pittoresques, les Arlésiennes n'ont gardé que leur antique et originale coiffure, qui toute dépareillée qu'elle semble avec la taille longue et la manche à gigot, ne laisse pas que de conserver à leur aspect une physionomie toute particulière, que leurs amants . ont loin d'avoir. Les Arlésiens n'ont rien de remarquable ; aussi dit-on généralement : les hommes de Tarascon et les femmes d Arles, comme on dit les Romains et les Napolitaines. »

Donc, contrairement à l'avis de Dumas, ce nous sera une satisfaction artistique et patriotique de voir, au milieu de l'universelle tendance à la banalité et à l'uniformité, un petit coin de terre provençale sachant garder

Chato et Chatouno (1850).

ses anciennes traditions de fière élégance et faire triompher, sous des formes toujours plus parfaites, toujours plus originales, son instinct héréditaire de grâce et de beauté.

On peut dire que la deuxième période de cette histoire (celle qui va de 1820 à 1850) prépare le costume de Mireille. En 1859, Mistral qui n'a pas trente ans, arrive juste à point pour contempler, dans sa fleur, le nouveau costume d'Arles. Avec tout l'enthousiasme d'une jeunesse ardente, il exalte cette toilette, que portaient autour de son village les compagnes de ses premières fêtes, les danseuses des bals champêtres de Maillane et de Saint-Rémy.

De 1850 à 1890, le bouton s'épanouit, le costume d'Arles déploie tout ce qu'il contenait de splendeur. Il s'étale en somptueux manteau d'apparat ; mais se charge peut-être un peu trop d'étoffes de prix et de parures. Puis, au moment où dans toute la France on désespère des costumes provinciaux, à cette fin de siècle ou d'autres parterres du jardin français voient dépérir leurs fleurs, le costume d'Arles gagne encore en élégance. Il s'affine, il s'épure; avec un goût admirable, les Arlésiennes se débarrassent d'ornements inutiles, rappelant trop les parures des barbares ou le luxe insolent des parvenus. Cette exquise évolution, (où les nuances marquent seules les variations, mais avec quelle sagesse et quel art !)„ a pour terme le Festo Vierginenco, magnifique consécration de ce constant effort vers le beau.

En vérité, quand on suit dans le travail de M. J. Bourrilly, ou dans les gravures du Museon Arlaten, les étapes de cette ascension, on se sent pris d'un sentiment de

pieuse reconnaissance, pour la main de fée à laquelle nous devons ce miracle. Mistral dit, quelque part, au sujet de la coiffure arlésienne : « On y est arrivé peu à peu, elle est l'œuvre lente d'une race. Qu'on m'explique comment il se fait qu'elle ait été portée à sa perfection juste au moment où le Félibrige est né, au moment où, avec Aubanel et Roumanille, nous inaugurions la renaissance littéraire du Provençal. La coïncidence n'est pas fortuite; selon moi; elle est résultée d'un travail latent, qui a produit à la même heure, sur le même terrain, ces deux fleurs ». Cette coïncidence en effet, est admirable, mais nous ne la devons pas seulement à la race, nous la devons au travail béni de ces félibres qui ont entretenu le feu sacré sur l'autel de la Provence. Si l'on veut, en dernière analyse, ramener cette rencontre à un phénomène ethnique, disons que nous la devons à Mistral, merveilleux excitateur de vénération pour la terre et pour les morts, comme l'a dit M. Maurice Barrés ; à Mistral qui a précisé les caractères de la race provençale, qui lui a fait retrouver ses vraies destinées, et qui nous l'a fait aimer. A contempler l'étendue de ce service, on comprend les sentiments pour ainsi dire religieux que les disciples de Mistral éprouvent à son égard.

M. Frédéric Charpin, un des plus fidèles et des plus ardents disciples de Mistral, écrivait récemment :

« Le poète de MaiUane est notre père spirituel. En ravivant dans nos cœurs l'amour de notre terre, en nous ramenant pieusement au culte de notre passé national et de nos traditions, il nous a fait prendre conscience de nous mêmes,

Jules Salles. — Arlésienne.

il nous a révélé notre race et, s'il n'a pas tout à fait ressuscité l'âme provençale, il l'a tout au moins réveillée d'un sommeil trop long qui faisait désespérer. On sentira longtemps son influence sur la jeunesse méridionale. Nous lui devons nos meilleures joies et nos espérances les plus réconfortantes. Nous relisons sans cesse Mirèio, comme un poétique livre d'heures ; et toutes les œuvres de Mistral, depuis Calendau, jusqu'à la Coumtesso, sont devenues l'Ecriture Sainte des patriotes provençaux. »

Un jeune poète, M. Emile Ripert, a écrit, dans son Chemin blanc, un Pèlerinage à Maillane qu'ont loué, avec raison, les plus délicats lettrés.

J'irai par le chemin ami qui s'ensoleille,

J'irai, j'ai rêvé d'y aller, J'irai voir le poète au pays de Mireille,

Paysan au pays des blés.

Nous éprouvons en parcourant ces strophes, une émotion à la fois douce et forte ; c'est l'âme provençale qui vibre en nous. Le poète adresse à Mistral une prière confiante :

Les temps sont plats ; sur leurs ânes On voit parader les sots ;

— Gardez en les Provençaux, Notre père de Maillane.

Et j'en sais qui se pavanent.

Se moquant de nos « patois ».

— Hélas ! Donnez-leur la foi, Notre père de Maillane.

Versez-nous la sainte manne Et votre bon réconfort, Versez-nous le vin des forts, Notre père de Maillane.

Et sur les troncs des platanes.

Vers Arle et vers Avignon, Nous irons gravant ton nom, Notre père de Maillane.

Sur nos chemins oit l'on flâne, Sur nos places, où, toujours.

On vous nomme avec amour.

Notre père de Maillane.

Et sur nos pauvres cabanes Ou sur nos riches villas.

Et sur l'enfant que voilà.

Notre père de Maillane.

Sur ton pays diaphane, Sur la tombe et sur le nid, Fais le geste qui bénit.

Notre père de Maillane.

Ces sentiments sont les nôtres et nous sommes ravis de les entendre exprimer avec tant de juvénile enthousiasme. Oui, la venue de Mistral fut un bienfait des dieux. Il a réveillé notre vieille langue, a restauré notre littérature, il a été aussi le parrain du costume d'Arles. On dit d'une arlatenco d'aujourd'hui : « Elle porte le costume de Mireille )>. Et pour diviser exactement l'étude qui va suivre nous n'aurions qu'à l'intituler Le cosHimed'Arles avant et après Mistral ».

J.-B. Laurexs. — Arlésieiine (1860).

Voyons d'abord ce qu'était le costume arlésien de 1820 jusqu'à Mistral. Sous la Restauration l'influence de la mode française est sensible, très sensible même. La jupe se porte d'abord courte, comme au XVIIIe siècle ; sur le tard elle s'allonge, comme la jupe française, jusqu'à devenir longue et traînante. On a même un instant d'engouement pour la crinoline et la tournure. En ce temps-là, du fond de sa prison du Louvre, la Vénus d'Arles dut gémir! Ces influences, il est vrai, ne s'exerçaient que sur « l'habillé » et le goût arlésien y apportait des tempéraments.

Les manches du corsage sont successivement bouffantes aux épaules (goun/larit) comme les manches dites à gigot, puis elles s'ouvrent largement aux coudes (manches à pagode, manches à la religieuse) et laissent apparaître des manchettes de batiste ou de mousseline brodée.

« Sous l'Empre et la Restauration, écrit Mistral en 1SS4, la coiffe se rapetisse et le ruban devient plus large. Puis le ruban s'attache avec une ganse sur le côté. Après 1830, le grand ruban de velours, ou tout simplement le velours comme disent les dames, entoure les cheveux d'une façon comique, telle que les bandeaux de certaines divinités de l'Egypte des Pharaons. Ce ruban superbe, teint de couleurs brillantes, est fleuri et gauflré et couronne la tête comme un grand diadème. Après 1848, la coiffe prend la forme d'un bonnet de République et le bout de ruban retombant libre du côté droit, la coiffure arlésienne arrive peu à peu à cette élégance qui l'a tant fait remarquer depuis une trentaine d'années. »

La période de 1830 pourrait être appelée la période

des grandes ganses ; c'est, en effet, cette partie de la coiffure qui en est vraiment la marque caractéristique. Ces ganses se forment sur le côté ou sur le front, comme des fleurs énormes, sur les grandes coiffes blanches, qui sont sans tuyautage.

Vers 1848, on emploie déjà, au lieu de ces ganses, un mouchoir de dentelle fine, qui serre la coiffe et forme deux petites ailes droites. C'est un peu l'antique plechoun qui reparait ainsi, mais combien différent ! Le plechoim serrait la tête lourdement et l'encadrait étroitement, comme la coiffe sévère d'une religieuse. Ce mouchoir, au contraire, maintient les cheveux en laissant la figure parfaitement dégagée, même par les deux ailes qui s'en détachent, il donne une impression coquette de légèreté: bientôt de ce mouchoir, sortira la coiffure du m.atin appelée « cravate ».

Durant tout le XIX© siècle, le fichu reste une pièce essentielle du costume arlésien. Il est croisé sur les seins de manière à dégager la gorge : sans doute il y aura bien des variations, depuis la moudesto jusqu'à notre capello ; mais on conservera toujours la même échancrure si attrayante, sur le devant de la poitrine. Dans le dos, le fichu se termine en pointe. Déjà apparaissent les manteaux d'hiver, mantelets et enveloppes, et les châles.

L'ancien costume de dame a complètement disparu; nous ne reverrons plus les corsets et les corsages à ramages, ni les falbalas aristocratiques du XVIII^ siècle; les costumes des différentes classes se sont confondus. Mais, il se forme ce qu'on pourrait appeler un costume de ville, intermédiaire entre l'ancien costume de

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Jeune Tarasconnaise (Collection de M. Charles Moiirret, notaire à Tarascou).

travail. Ce qui est significatif, c'est que ce costume de toilette sera beaucoup plus porté que l'ancien costume habillé. On le met non seulement pour les fêtes, pour les voyages, mais pour aller à l'église et pour les sorties du soir.

Nous daterons la

CORNILLON". — Vieille ArUstenne (1850).

troisième période du moment où l'on s'est débarrassé

des grandes ganses, des manches à gigot, où la robe s'est allongée et se drape avec soin et enfin où la chevelure commence à se dégager de la coiffe. Cette période part donc environ de 1850; Mireille à peine devait prendre la coifle...

Nous pouvons maintenant étudier plus minutieusement le costume arlésien, puisque, dans presque toutes ses parties, c'est celui que nous admirons sur les lices d'Arles ou à la sortie de la messe de Saint-Trophime. Les changements qui y seront apportés ne toucheront pas aux lignes générales du costume, mais à des ornements accessoires ou à des détails.

Pour en avoir la poétique description nous nous adresserons de nouveau à Mistral lui-même. Dans Mïrèio il ne dira pas, il est vrai, les splendeurs du grand costume arlésien : il n'a pas affaire avec une dame, mais avec la fille d'un propriétaire campagnard :

« Je chante, écrit-il, une jeune fille de Provence, dans les amours de sa jeunesse, à travers la Crau, vers la mer, dans les blés ; humble écolier du grand Homère, je veux la suivre. Comme c'était seulement une fille de la glèbe, en dehors de la Crau il s'en est peu parlé.

« Bien que son front ne resplendît que de jeunesse, bien qu'elle n'eût, ni diadème d'or, ni manteau de damas, je veux qu'en gloire elle soit élevée comme une reine et caressée, par notre langue méprisée, car nous ne chantons que pour vous, ô pâtres et habitants des mas. »

Mais c'était une vraie fleur que cette petite paysanne, une des parures du terroir. Tout le monde sait par cœur le portrait qu'en a tracé le poète ; cette figurine est si parfaite qu'elle fait désespérer tous les artistes et frémir

d'un ardent désir tous ceux qui savent aimer. La voyezvous au chant premier, elle vient d'assaisonner un plat de féveroles avec l'huile des oliviers, et l'apporte ellemême sur la table. C'est alors que le poète nous la présente :

« Mireille était dans ses quinze ans. Coteau bleu de Fontvieille, et vous collines- des Baux, et vous plaines de Crau, vous n'en avez plus vu d'aussi belles. Le gai soleil l'avait éclose ; et frais, ingénu, son visage à fleur de joues avait deux fossettes.

« Et son regard était une rosée qui dissipait toute douleur. Des étoiles moins doux est le rayon, et moins pur, elle avait des tresses noires et brillantes, qui, tout le long, formaient des boucles, et sa poitrine arrondie était une pêche double et pas encore bien mire. »

Nous avons, au chant huitième, une autre présentation de l'héroïne. Désespérée du refus de ses parents, Mireille décide, pendant la nuit, de partir en cachette pour les Saintes-Mariés, elle veut implorer les patrones de la Provence, pour qu'elles permettent son mariage avec Vincent. Rien ne l'épouvante, ni la nuit, ni les fatigues de la route. Elle saute de son lit et nous allons suivre avec une curiosité, peut-être un peu indiscrète, tous les détails de sa toilette :

Emé la clau lusento, duerbe Lou gardo-ravibo que recuerhe Soun prouvimen, moble superbe De nouguié, tout flouri sovito lovi ciselet.

Si tresôuroun de chatouneto

Eron aqui : sa courouneto

De la proumiero fes que fagué soun bon jour :

Un brout de lavando passido ;

Uno candejeto, gausido

Quasimen fouto, e benesido Per esvarta li tron dins la sourno

[luenchour.

Elo, enté ' no cour délie blanco, D'abord se nouso, au toiir dis anco, Un rouge coutihoun, qu' elo-memo à D^uno fino carreladuro, \pica

Mereviheto de courduro, E sus aquêu, à sa centuro, Un autre béu, plus béu es léu mai

[atrenca

Piéi, dins uno éso negro, esquicho Lougeïramen sa taio richo, Qu'uno espingolo d'or sufis à ressar- Per treneto longo e brunello [va : Soun peu pendoulo, e i' emmantello Si dos espalo blanquinello.

Maielo,n'arrapantli trachéu sépara

Léu lis campo e li restroupo, A plen de man lis agouloupo D'uno dentello fino e clareto ; e'no fes Li belli floto ansin restrencho ; Très cop poulidamen li cencho Em' un riban a bluio tencho, Terre cuite de FELON 'Diademo arlaten de soun front jouine

(Musée Ré ai tu). " [e fres.

Met soun faudau ; sus la peitrino

De soun fichu de mousseline

Se croso à pichot pie lou vierginen teissut.

^■kî-*» ' '..^ '*

Collection de M"'« Jeanne de Flandreysy.

Mai soun capeu de Prouvençalo,

Soun capeloun à grandis alo

Per apara li caud mourtalo,

Ouhlidé, pèv malur, de s'en curbï lou su...

Aco feni, l'ardento chato

Pren a la man si dos sabato ;

Dis escalie de bos, sens mena de varai,

Davalo d'escoundoun...

Comme nous aurions voulu être là et tendre à la jeune fille le chapeau à larges bords, que, pour son malheur, elle avait oublié. Dans ce passage, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, ou l'exactitude minutieuse, presque technique de la description, ou la poésie intense de la scène. Nous sommes émus et émerveillés. Ces strophes, dans quelques milliers d'années, quand de nos mœurs, de nos costumes, rien sans doute ne subsistera, suffiront pour reconstituer les vêtements de l'Arlésienne au milieu du XIX^ siècle.

Un peintre n'aurait pas mieux dessiné ce tableau: regardez Mireille : ;

(c Elle ouvre avec la clef luisante, la garde-robe qui recouvre son trousseau, meuble superbe de noyer, tout fleuri sous le ciselet.

« Ses petits trésors de jeune fille étaient là ; sa couronne de la première fois qu'elle fit son bon jour (i); un brin de lavande flétrie, un petit cierge usé presque en entier et béni, pour dissiper les foudres dans le sombre éloignement.

« Elle, avec un lacet blanc, d'abord se noue autour des hanches, un rouge cotillon, qu'elle-même a piqué d'une fine broderie carrelée, petit chef-d'œuvre de couture ;

(i) Sa première communion.

sur celui-là, à sa ceinture, d'un autre bien plus beau, lestement, elle s'attife encore.

Arlésienxe de 1848.

« Puis dans une casaque noire, elle presse légèrement sa taille riche qu'une épingle d'or suffit à resserrer ; par tresses longues et brunes, ses cheveux pendent et revêtent comme

DuiVLiS. — Arlésieiine de iS6^.

d'un manteau, ses deux épaules blanches, mais elle en saisit les boucles éparses.

« Vite les rassemble et les retrousse, à pleines mains les enveloppe d'une dentelle fine et transparente, et une fois les belles touffes ainsi étreintes, trois fois gracieusement les ceint d'un ruban à teinte bleue, diadème de son front jeune et frais.

« Elle met son tablier ; sur le sein, de son fichu de mousseline, elle croise à petits plis le virginal tissu. Mais son chapeau de Provençale, son petit chapeau à grande^ . ailes, pour défendre des mortelles chaleurs, elle oublia par malheur, de s'en couvrir la tête.

« Cela fini, l'ardente fille prend à la main sa chaussure ; par l'escalier de bois, sans faire de bruit, descend en cachette... »

Reprenons maintenant chaque partie de ce costume. Mireille met d'abord un jupon rouge, puis, par dessus, un autre jupon, encore plus beau, dont la couleur ne nous est pas indiquée ; c'était généralement une couleur voyante. Le jupon de dessous est un coutihoun pica, que les jeunes filles font elles-mêmes et qui est quelquefois orné de patientes et gracieuses broderies. Le corsage, ou eso, est noir comme toujours. Mais ces deux vêtements ne sont, pour ainsi dire, que la charpente du costume. Dans cet édifice ce sont les lignes secondaires qui comportent le plus d'art.

La coiffe arlésienne tend, durant tout le XIX^ siècle, à diminuer d'ampleur et à dégager la chevelure. Mireille divise en deux ses tresses, elle les rassemble et les retrousse, puis les enveloppe de la coiffe. Les cheveux sont, en effet, séparés à la Vierge, serrés sur le front ainsi que

sur les côtés, et retombent lâches en cachant le sommet de l'oreille.

Pour la façon dont les cheveux sont dressés en chignon il y aurait à faire une comparaison curieuse avec les femmes japonaises. Mais le chignon japonais est plus compliqué. Les tresses se croisent et s'enchevêtrent ; le chignon est noué, tandis qu'ici il ne l'est pas. Les masses de cheveux s'enroulent au sommet de la tête autour d'un geigne spécial qui fixe le chignon et lui donne sa direction. Le chignon est enfermé dans la coiffe que le ruban entoure en spirale, ce qui a fait donner aux arlésiennes le surnom de testo enmaioutado.

C'est vers treize ou quatorze ans que les petites arlésiennes prennent la coiffe, unofes qu'an loti mourre fa e que se veson lou bout dou nas, comme l'a dit Mistral. Jusque là les chatouno ne portaient qu'une caloto de soie noire. Mireille a quinze ans, elle a donc déjà « pris la coiffe «. Ce jour là elle met, dès son lever, la coiffe et le ruban parce qu'elle part en voyage. Dans ses travaux, dou mas, elle devait mettre la cravato. C'est la coiffure du matin pour faire le ménage, ou s'en aller à l'atelier, La cravate était d'abord une sorte de voile, ou de mouchoir qui serrait tous les cheveux et qu'on devait mettre surtout pour cacher le désordre de la chevelure. Puis, peu à peu, les cheveux sont sortis de cette gaine ; ce petit voile a été réduit à un ornement léger de l'effet le plus gracieux. La cravate est formée d'une pointe de percale ou de toile fine, entourant la coiffe et nouée sur le devant en oreilles de lapin. Elle est blanche, unie ou piquée de pois rouges, bleus, violets ou encore ornée de fleurs. Elle a malheureusement tendance à disparaître, ce qui est fâcheux.

Jules Salles. — Arlésiennes (1860). — (Miiseon Arlaten).

car cette petite enveloppe avec ces deux bouts dressés en crête, avait un air de coquetterie et de finesse légère. On aurait tort d'ailleurs d'appeler la cravate une coiffure « négligée ». L'arlésienne n'est jamais en « négligé ».

Elle a toujours l'air d'avoir fait sa toilette. Prenez-là tandis qu'elle est à son marché ou, qu'en bonne ménagère du pays d'Arles, elle fait reluire les cuivres de son dressoir et briller ses armoires ; prenez-la au lavoir, préparant ce linge éclatant de propreté, qui, dans ce coin de Provence, est la plus belle des parures, toujours vous verrez l'Arlésienne attifée avec le même soin, irréprochablement correcte dans toute sa tenue. L'Arlésienne a l'heureuse superstition de la netteté, de la propreté, de l'ordre. Si c'est là de l'atavisme grec, il faudrait garder aux marchands phocéens une éternelle reconnaissance. Cette netteté dans le costume, dans l'aspect des maisons, nous l'admirons encore dans la poésie de Mistral, dans toute la langue provençale, qui jamais ne laissera passer d'idées troubles, de métaphysique nébuleuse. Quoiqu'il en soit, par une irrésistible exigence de sa nature, l'Arlésienne a horreur de la malpropreté et du désordre, il ne peut donc s'agir pour elle de sortir

de sa maison « en négligé » ou même de porter dans son intérieur un costuma négligé. L'Arlésienne est toujours en toilette. Mais le matin elle porte une coiffure plus légère, plus facile à dresser et d'un air plus familier. Le soir, le dimanche et en voyage, elle demande au ruban une élégance un peu plus apprêtée. Les deux coiffures ont leur grâce et il faut espérer que les efforts pour maintenir la « cravate » ne resteront pas sans résultat. On ne doit jamais d'un cœur léger, se priver d'un élément d'originalité et de beauté.

Le ruban de testo ou velo^U, serva.it d'abord seulement à maintenir la coiffe. Ce fut une idée de génie, — et une idée qu'eut tout un peuple — d'en tirer une précieuse ressource d'élégance. On commence par en fixer le bout sur le devant ou sur le côté avec une épingle, puis il se détache de la coiffe et quelquefois même flotte comm.eune aile sur le côté. On l'entoure d'une bordure de dentelles, souvent de dentelles blondes. Enfin, on le fait flotter longuement dans le dos. Les deux bandeaux ainsi dégagés se relèvent pour découvrir l'oreille et retombent ensuite sur la nuque.

Les coiffeurs arlésiens, ou quelque arlésienne peut-être, ont inventé un petit secret pour rendre ces rubans plus chatoyants. On insère sous le ruban un rectangle de carton qui forme sur le devant une surface plane où la lumière joue entre deux trous d'ombre. Ces deux ombres sont appelés li trau.

Autrefois les femmes prenaient une mèche de cheveux aux tempes et l'enroulaient en colimaçon. Cette mèche formait de chaque côté une cocarde. On appelait cette partie de la coiffure loii coiitar. Les rubans sont en

Jules Salles. — Jeune fille en cravate.

velours broché ou gaufré, le plus souvent de couleurs Drillantes. Avec les vêtements de deuil se portent des

Moiiriesenco, par Chavet (1865).

rubans de moire ou de faille noire. Ceux en couleur sont 3rnés d'arabesques de toutes sortes : fruits, fleurs, feuilles.

roues, scorpions, dessins géométriques. Le Museon Arlaten en possède une nombreuse collection. Le ruban

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