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ISXARD. — Vieille Arlésieniie de nos jours, en ruban. (Museon Arlaten).
forme pièce entière et le dessin est arrêté généralement par un croissant. Les nuances sont assorties au costume. Ces rubans étaient autrefois fournis aux provençales par
les villes de Nîmes et de Saint-Etienne. On les fait maintenant venir de Crefeld, dans la Prusse rhénane, où ils rentrent aussi dans la toilette des femmes du pays. Une statistique assez consolante nous apprend qu'on en vend encore cinq à six mille par an dans la Provence. Ce sont les rubans de deuil et les velours bleus foncés qui sont le plus demandés.
Toutefois, les jours de grandes fêtes, on choisit pour plus d'élégance un ruban de couleur très claire.
C'est ce qu'avaient fait les jeunes filles des Saintes-Mariés et de Maillane aux Festo Vierginenco de 1904.
Si la coiffure est le premier élément de la toilette arlésienne le second en est la « chapelle ». Mistral dit : « Après la couifo
lou principau de VaUhage es lou cour sage. Es aqui, sus lou joiigne de la casaco redounello, que nosti pounsirado espingouléjon emé scienci li pichot pie de si fichu, en uguent siuen darrié de leissa veire lou coutet; es aqui
Laurens. — Arlésienne.
monte espandisson e si jouieu e si daurico talamen qu' amor d'aco ie dison la capello.
La chapelle remplace à peu près la moudesto de l'ancien costume. C'était d'abord une pointe de mousseline ou de percale, que l'on croisait sur les seins et que l'on plissait soigneusement le dimanche. Par dessus se plaçait un fichu d'indienne orné de fleurs imprimées. En bordure du fichu, on laissait paraître un peu du plastron brodé de la chemise qui se détachait ainsi sur le corsage. Le fichu s' appliquant sur le cou ne laissait à découvert que la pointe de la gorge. Plus tard on remplace la mousseline par la tarlatane, gaze plus légère et qui paraît plus claire après le plissage, en même temps la chapelle s'agrandit; avec des épingles, maniées par des doigts de fée, on plisse les plis de la chapelle et on découvre la nuque en <( cabane » ou en carré. Sous ce fichu blanc prend place une guimpe formée de rang de dentelle ou de gaze tuyautée très finement, avec des pailles de blé. Enfin autour de la chapelle est drapé un fichu de couleur en drap mérinos ou indienne garni de passementeries, de franges de dentelle ou d'une bordure de velours. C'est comme une seule enveloppe qui se détache sur le fond sombre du corsage {eso) noir.
Les Arlésiennes d'autrefois attachaient une grande importance à leurs bijoux. D'abord, dans le costume provençal certains bijoux sont d'absolue nécessité : nous venons de le voir, il faut des épingles pour fixer les plis d'un fichu ou le nœud d'un ruban, il faut une broche pour fermer la chapelle. On peut ajouter que la gorge, laissée découverte par la mousseline, prend une plus vive beauté si elle est entourée d'un collier ou d'une chaîne
J.-B. LauRENS. — Jeune femme an ruban.
et piquée du point d'or d'un médaillon. En même temps, le bras nu des Arlésiennes appelle tout naturellement un bracelet. Dans la société si raffinée du XVIIIe siècle, où nos aïeules ne craignaient pas le plus hardi décolleté, l'usage des mouches s'explique par ce besoin de rompre la monotonie des tons. On exagérait une fossette, on soulignait par une ombre légère les teintes exquises des seins. L' Arlésienne, qui est constamment en décolleté, devait impérieusement éprouver ce même désir d'harmonieuse variété.
Certains bijoux avaient la valeur d'un symbole. C'était quelquefois un signe religieux comme la croix de Malte (la Malteso), le Saint Esprit ou les médailles des pèlerinages provençaux. L'anneau de verre et le petit rat sont certainement des survivances de très anciennes superstitions populaires. Enfin, les bijoux étaient une preuve de richesse. Ils figuraient dans les corbeilles de noces et ces trésors se transmettaient pieusement de mère en fille. M. Digonnet, d'Avignon, qui est à la fois un érudit très sûr et un artiste des plus délicats, a réuni un ensemble précieux de bijoux arlésiens. Pour sentir le prix de ces bijoux, il faudrait pouvoir rapporter ici les commentaires si intéressants que M. Digonnet, avec une parfaite obligeance, donne aux visiteurs venant admirer ses vitrines.
Les anciens types de bijoux arlésiens tendent malheureusement à disparaître. Ils sont trop souvent remplacés par des bijoux en toc. Au lieu des broches, des chaînes et des croix d'or massif, on a du doublé quand ce n'est pas du vulgaire clinquant. Saluons cependant les heureux essais de renouvellement tentés par quelques
Chaînes à ciseaux.
bijoutiers provençaux, en s'inspirant de la littérature félibréenne, ou encore de la faune et de la fleur locales.
On a fait des étoiles à sept rayons, des broches Mireille, des cigales, des pervenches. Le bon goût des Arlésiennes n'est pas mort.
Il ne doit pas souffrir l'avilissement de la parure qu'amènent les maladroites imitations de bijoux parisiens ou les odieuses contrefaçons de nos vieux bijoux. Mistral se préoccupe, à juste titre, de réunir dans le nouveau palais du Museon Arlaten, une collection d'anciens bij oux provençaux.
Mais, revenons à la description du
T.-B. Laurens. — Arlésieniies en fichu (1860).
costume. Mireille en partant pour les Saintes-Mariés, met son tablier. Le tablier (faudau) faisait, en effet, partie du (X)stume non seulement les jours ouvriers, mais aussi les simples dimanches ; on le supprimait les jours de fête. UArlésienne actuellement, sort moins en tablier; c'est à ce vêtement qu'est pendu le clavié d'or ou d'argent^ auquel sont attachées les clefs et la chaîne à ciseaux.
Au moment où Mireille va aux Saintes-Mariés il fait très chaud puisque la pauvrette mourra d'un coup de soleil. Elle n'a donc à se charger ni de manteau ni de châle.
Les formes les plus anciennes du manteau d'Arlésienne sont le mantelet et V enveloppe ou mantiho ; le mantelet court s' arrêtant au milieu de la robe est fait d'indienne chaudement doublé d'ouate ; V enveloppe plus longue, en indienne aussi, mais d'une structure plus compliquée. U enveloppe était doublée d'indienne et garnie d'une polonaise de même étoffe, plissée très menu et entourant les bords de V enveloppe et du capuce. Ce vêtement archaïque a été remplacé à peu près partout par le manteau de mérinos, de cachemire ou d'un lainage à fond jaunâtre et à fleurs, appelé éolienne. D'abord en couleur, bleu, vert,
FÉRIGOULE.
Arlésienne au manteau.
OU violet, le manteau est maintenant noir de préférence. Il est bordé de velours, de satin, de moire ou, de nos jours surtout, d'astrakan de mongolie, de caracul.
Dans ce vêtement, en apparence uniforme, on peut relever de multiples différences de détails, où le goût individuel se donne libre carrière. Mais, ce qui en fait un vêtement d'une élégance si distinguée, c'est la façon dont les Arlésiennes se drapent dans leur manteau.
Celui-ci se pose sur les épaules, se fixe à la taille avec des attaches, mais est retenu surtout par les mains à hauteur de la ceinture. Le manteau n'est pas serré au cou; les deux revers, de même étoffe que la doublure, s'étalent largement sur la poitrine, et viennent se terminer en pointe, au milieu du corps, en laissant entrevoir la chapelle.
Les châles sont des vêtements de demi-saisons. Ils furent d'abord en mérinos à grandes fleurs, puis en étoffes orientales, à ramages (châles tapis), que l'on achetait à la foire de Beaucaire; ils étaient particulièrement utilisés comme ornements
Provençale en chale
Briquets d'Arles. — Anneaux et pendants d'Avignon. — Pileuses d'Arles. (Collection Dlgonnet, Avignon.)
et avaient la forme de scorpions très renflés, à panse, comme il s'en trouvait aussi sur les rubans. Ces châles tapis coûtaient jusqu'à cinq cents francs. Ceux en usage aujourd'hui sont des châles en drap noir, à flots de soie, des châles fantaisie à bandes rayées de couleurs claires, ou en cachemire noir brodés de soie et à franges, et surtout des châles unis, d'abord de couleurs voyantes, puis noirs ou de teintes sombres. Il arrive aussi d'Auvergne des châles de grosses laines brunes, nommés tartan. Plus encore que le manteau, le châle doit mouler les épaules ; un mouvement du coude le serre au creux des reins et le laisse bouffer sur la poitrine. Pour une femme ayant le sens de l'élégance et appréciant l'harmonie des lignes, quelles admirables ressources fournit un vêtement aussi plastique, qui peut s'ajuster au gré du caprice le plus délicat.
Mistral écrivait en 1884 : « Le costume arlésien est porté dans 60 villes ou villages des environs d'Arles, Tarascon, Saint-Remy, Chateaurenard, Orgon, Eyguières. Salon, Lambesc, Saint-Chamas, Istres, les Saintes-Mariés, Beaucaire et Aramon. C'est l'ancien diocèse de l'archevêché d'Arles. »
Mistral a eu pour décrire ce costume des modèles exquis. Et voici comment Gaston Paris raconte sa visite au poète de Maillane, le jour de Noël de l'année 1872 :
« Mistral m'emmena devant l'église, à la sortie des Vêpres. L'une après l'autre, comme les Chatouno de cette admirable « Communion des Saints », les jeunes filles sortaient de la petite église, pleines de grâce modeste et pourtant ardente. Montrant sous les jolis rubans bleus et les dentelles de leurs coiffes arlésiennes, leurs fins profils et
leurs teints mats, leurs formes un peu courtes mais non sans élégance, bien prises dans leurs beaux costumes de fêtes. Leurs petits pieds glissant doucement sur les dalles, toutes levant un instant leurs grands yeux noirs, pleins
de flamme et répondant à son regard par un sourire amical :
« Voilà mes modèles, me disait-il, voilà Mireille », et le soir comme le soleil couchant embrasait d'une lueur rouge toute cette campagne qui m'avait, pendant des heures enchantées, parlé par la voix de son poète, assis sous la tonnelle du « Petit Saint- Jean » à Graveson, nous écoutions une admirable fille aux cheveux roux nous réciter le sonnet enflammé qu'Aubanel venait de faire pour elle. »
O'^chato fres rasin mounte voudrieu beca.
Et Ton prétend, s'écria Mistral, que notre poésie est incompréhensible pour le peuple... »
BeuMOUNO de Graveson (Chantée par Aubanel)
Rivières. — Croix à la dévote. — Pendants. (Collection Digonnet d'Avignon.)
LE COSTUME EN PBOVENCE l6l
Il y eut en effet un admirable échange entre les poètes provençaux et le peuple de leur pays. Les poètes chantèrent les belles filles d'Arles et d'Avignon; et celles-ci, à pleines mains, leur donnèrent fleurs et baisers. Ce qu'il faut noter c'est que les descriptions des félibres, et particulièrement celles de Mistral, ne sont pas de vagues rêveries, mais des visions très exactes des types provençaux. Mirèio dans ce sens, est une épopée réaliste. Au moment où Mistral écrivit ce chef d' œuvre, le mas du. Juge, où il habitait, représentait, nous dit-il lui-même, un vrai foyer de poésie limpide, biblique et idyllique :
« N'est-il pas vivant, chantant autour de moi ce poème de Provence, avec son fond d'azur et son encadrement d'Alpilles ? L'on n'avait qu'à sortir pour s'en trouver tout ébloui. Ne voyais- je pas Mireille passer, non seulement dans mes rêves de jeune homme, mais encore en personne, tantôt dans ces gentilles fillettes de Maillane qui venaient, pour les vers à soie, cueillir les feuilles du mûrier, tantôt dans l'allégresse de ces sarcleuses, ces faneuses, vendangeuses, oliveuses qui allaient et venaient, leur poitrine entr'ouverte, leur coifle cravatée de blanc, dans les blés, dans les foins, dans les oliviers et dans les vignes.
« Les acteurs de mon drame, mes laboureurs, mes moissonneurs, mes bouviers et mes pâtres ne circulaient-ils point, de l'aube au crépuscule, devant mon jeune enthousiasme?... De cette vie, dans un ciel éclatant, dans un horizon majestueux, au milieu de ces hommes aux yeux profonds, à la grâce fière et douce, est sortie cette fleur : Mirèio. »
Quand Mistral s'absentait, par hasard de Maillane, c'était la plupart du temps pour se rendre à Arles. Dans sa jeunesse, il y trouvait le costume provençal porté
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par presque toutes les femmes. Les dames de la bourgeoisie gardaient jalousement leurs habits traditionnels. ]y[me Grange, la fille du peintre Réattu, qui, par son
éducation, sa situation et sa beauté était une des premières d'Arles, conserva
toute sa vie le ruban de velours. Mistral dans les Isclo d'or, lui a rendu un hommage mérité :
« 0 toi, qui, belle entre toutes et née d'un sang illustre, — en face du barbare conservas toujours — sans craindre que personne ou rire ne t'offusquât — le costume, le parler, les manières du Midi... )) "
Dans les mêmes Isclo d'Or nous
pourrions cueillir bien d'autres poèmes à l'éloge de la beauté provençale.
Comme une figure de vitrail, au milieu d'un pieux
Provençales en chale et manteau.
J.-B. LaURENS. — Arlésieiiiie en manteau, de iSôo.
décor, on voit l'héroïne de la « Communion des Saints ».
Davalavo en beissan lis iue...
Heureuses Arlatenco qui, pour les chanter, eurent un tel poëte. Dans la joyeuse bande de Fontségugne, d'autres cris d'admiration, d'autres chants d'amour s'élevèrent pour la même beauté arlésienne.
Dans les Fiho d' Avignoun, Théodore Aubanel décrit l'apparition originale de l' Arlésienne avec son costume national, sa tenue et sa démarche :
« Avec la grâce de l'Orient — Et l'allure d'une Mauresque — fraxhe comme la rosée et l'aube, — tenez elle vient de passer devant moi.
« Son costume ne l'écrase pas — Il semble seulement la caresser, — si légèrement est attachée — la jupe souple à ses hanches.
« Son corsage riche monte juste — où commence le régal — des cœurs affamés du beau — des yeux qu'affriande le nu.
« Laissant au milieu un blanc espace — La mousseline croise ses plis — le sein fin et rond remue — entre les plis du clair fichu.
« Son cou fier, sous les boucles — de ses noirs cheveux, se dresse brun, — or, diamants, corail, à gros grains, — sept tours de cha'ne l'enlacent.
« Un éclair de feu est dans ses yeux, — et le long de sa joue, un peu pâle, — s'échappe jusqu'à ses épaules — sa chevelure noire comme la nuit
(( Muette, elle parle encore avec son sourire — coiffée du velours fleuri, -— elle a quelque chose de langoureux et de joyeux, impossible à rendre... »
Si l'on veut compléter cette peinture générale par des portraits individuels, aux contours nettement dessinés et pleins de grâce aimable, il faut lire les sonnets : « Cardeline la Blonde » et cette merveille intitulée: «Belmone))(i),
Théodore Aubanel est bien le chantre de la beauté provençale. Dans le monument qui lui a été élevé à Avignon, on a eu raison de lui faire présenter par une jeune fille de Provence, la palme de l'immortalité. C'est à la louange des chato d'Avignon ou d'Arles que furent écrits ses chants les plus parfaits. Lisez la poésie intitulée le « Bal » ou bien écoutez-le dans sa pièce des « Deux- Printemps ».
« Je sais un plus joli matin que le printemps des roses, c'est celui des jeunes filles: — yeux noirs ou bleus, pleins de rayons, — petite bouche de cerise faite pDur les baisers, et tailles fines et corsages justes.
« Tous les ans de Dieu il en éclôt par mille, — sous le . soleil provençal — et de l'enfant des villes et de l'enfant des fermes, la souveraine, qui le sait ?
« Elles sont toutes belles... Allez en Arles un jour de fête, — voir les jeunes filles se promener le long du Rhône, et certainement vous en perdrez la tête — et votre cœur sera ensorcelé... »
Comme Mistral l'a remarqué, il semble y avoir des raisons ethniques à cette floraison simultanée d'élégances féminines et de poésies. Pour un peu nous dirions qu'il y a là une coïncidence providentielle : les félibres
(i) Lire à ce sujet : THÉODORE AUBANEL, un chantre provençal de la beauté, par Nicolas Welter, traduit de l'allemand par J.-J. Waldner et Frédéric Charpin. — Marseille, Aubertin et Rolle,, libraires-éditeurs, 1904.
LE COSTUME Eî^ PROVENCE
auraient été bien malheureux, s'ils avaient vécu au milieu de laiderons. Anselme Mathieu, ce gai vivant, en serait mort de douleur. -Et les belles filles d'Arles, au moment où elles font cet admirable effort de goût, au moment où elles réalisent dans leurs atours et leurs habits, tout leur désir de beauté, n'aurait-il point été fâcheux qu'il n'y eut pas eu auprès d'elles de nouveaux troubadours, pour les encourager de leurs louanges et pour immortaliser leur grâce souveraine ^