LA GLORIFICATION DU COSTUME FES TO VIERGINENCO
La meilleure façon de répondre aux pessimistes criant la mort du costume provençal, était de le montrer triomphant, acclamé par des milliers de spectateurs dans une grande fête populaire. Une telle tentative paraissait téméraire et dangereuse aux yeux m.êmes de ceux qui ne manquaient ni de zèle ni de patriotisme. Mistral n'hésita pas cependant à tenter cette expérience dont il avait justement entrevu le succès et la portée féconde. Il fallait oser : il osa, sentant le besoin d'une manifestation éclatante. Il s'agissait de recommencer la campagne menée si heureusement en faveur de la langue provençale ; d'exalter le costume commue fut exalté le prétendu « Patois ».
Les félibres de Fontségugne avaient courageusement porté le débat devant le peuple ; et Roumianille livra les premières batailles dans un petit journal d'Avignon. Ce sont les grandes fêtes populaires de nos villes du Midi et particulièrement d'Avignon et d'Arles, qui assurèrent la pénétration des idées lélibréennes dans toutes les classes du pays provençal. On se reprit à aimer la langue
parlée par Roumanille, Mistral, Aubanel, Félix Gras, et tant d'autres poëtes.
Bien des Arlatenco auraient volontiers gardé leur costume, comme volontiers elles auraient continué à parler provençal.
Mais la corruption centralisatrice est telle, qu'elles craignaient de s'abaisser, de s'avilir en ne portant pas les vêtements de « dames », les vêtements parisiens. Pour les persuader, au contraire, que la véritable élégance, que la distinction, dans le sens profond de ce mot, était de ne pas ressembler atout le monde, de s'attacher à ses parures originales, pour leur faire considérer la fidélité au costume comme une noblesse, on avait à modifier complètemient leurs idées. En somme, on ne changeait leur manière de voir que pour les ramener à leurs traditions, pour faire mieux apparaître leurs vrais sentiments, pour faire revivre en elles leur âmie provençale. C'était une œuvre difficile, pénible, longue ; Mistral seul pouvait l'entreprendre.
Le chantre de Maillane est un grand optimiste. Par
FÉRIGOULE. — Vincent et Mireille
une grâce du ciel, son optimisme n'a jamais été pris en défaut. Après qu'il eut terminé ses études de droit, son père lui dit : « C'est à toi de choisir la voie qui te convient, je te laisse libre, » Voici le programme qu'il se trace alors, à l'aurore de ses vingt et un ans : « Là même, nous dit-il, le pied sur le seuil du mas paternel, les yeux vers les Alpilles, en moi et de moi-même, je pris la résolution : premièrement, de relever, et raviver en Provence le sentiment de race que je voyais s'annihiler sous l'éducation fausse et antinaturelle de toutes les écoles ; secondement, de provoquer cette résurrection par la restauration de la langue naturelle et historique du pays, à laquelle les écoles font une guerre à mort ; troisièm.ement, de rendre la vogue au provençal par l'influx et la flamme de la divine poésie. »
Et voyez comme il a réalisé ce micrveilleux programme ! Tout son labeur a été béni des dieux. Il ne lui suffit pas d'être notre grand poëte national, d'être aussi l'Empereur du soleil, il veut encore être érudit, et son Trésor du Félibrige fait autorité dans le monde entier pour l'étude des langues romanes. Il rêve d'un musée provençal et le Museon Arlaten se constitue. Il veut le salut du costume provençal, et, encore une fois, les Festo Vierginenco lui donnent raison.
La première de ces fêtes eut lieu, le 17 mai 1903, dans le local du Museon Arlaten. On avait convoqué seulement des fillettes d'Arles et de la Crau, prenant pour la première fois la coiffe et le fichu. Vingt-huit cJiatouno, fraîches commue le printemps et attifées comme des reines, se rendirent à l'invitation du Maître. Ce n'était qu'une sorte de répétition générale, mais elle fut exquise. Le prince
Roland Bonaparte et sa fille, la princesse Marie, assistaient aux
▼ D.r..„^.^-„^.^... JJM tral, à cette
prise dévoile, V^oici la délicieuse allocution prononcée par Mistral :«/. «5 aiiceu quand car g on de pliîmo novo, es uno festo din lotù nis, lis auhre trefoulisson de canso'un, es la mémo causo per vautro ; li chato, tre que se veson lou bout dou nas , quand j cargon li couifo, si parent sotm en joio, Voustauesen
festo. Eh bènl avèn vougu marca quèu bèu jotcr en vous do'imant une image pinta que gardarès, em'un jouieu que
■pourtarès e que sara loii plus poulit souveni de Van que prenguèrias la couifo. »
Chaque fillette reçut ensuite des mains de M. Dauphin, le très dévoué collaborateur de Mistral,un diplôme dessiné par le peintre arlésien I.elée. Ce diplôme représente une Arlésienne à sa toilette et porte en épigraphe des vers empruntés au premier chant de Mivèio :
Dins si quinge an éro Mivèio :
Coustiero hlueio de Font-vieio
E vous, colo Baussenco, e vous piano de Crau,
N'avès plus vist de tant poulido
La présence de ces trente fillettes, dans leurs atours. d'x\rlésiennes, semblait un heureux démenti aux paroles du poète et, par cette inscription. Mistral reconnaissait, de façon infiniment délicate, que les chatouno de la Fête Virginale étaient bien les plus dignes soeurs de Mireille. On lit au bas du diplôme une form.ule commémorative :
« Madamisello , Chato de , a près la Couifo Prou-
vençalo, lou 17 de Mai de l'an 1903, e coume souveni de sa Jouvènço en flour, a reçaupu di man de V Autour de Mivèio aquest bveû felihven pèv iè pouvta honuv.
« Au Museon Avlaten :