OBSERVATIONS SUR LES TABLEAUX I A IX
Avant de poursuivre une nomenclature dont la méthode doit se modifier avec le principe de l'exposition des choses, pour rester en rapport avec les changements produits par le temps, par exemple avec le sens du mot robe, appliqué chez nous dès les quatorzième et quinzième siècles à l'ensemble des pièces composant une toilette, ou, ainsi qu'on l'entend aujourd'hui même, d'un costume, désignant dans l'usage non plus une pièce de vêtement, mais l'ensemble d'un habillement ; avant donc d'aborder ce qui touche spécialement à nos modes européennes, nous croyons utile de résumer ici ce qui nous reste à dire au sujet des formes et des coupes du costume en pièces isolées, plus ou moins propres à servir de patrons et contenues dans nos neuf premiers tableaux.
Les vêtements des anciens dont on a pu déterminer la forme appartiennent, généralement, à la catégorie des habits flottants, lesquels, dans les usages des Grecs et des Eomains, ont surtout le caractère d'accessoires de l'habillement. Ces anciens non seulement portaient habituellement des tuniques de différentes espèces, superposées selon le besoin, usaient d'habits et de robes fixés sur le corps, et qui sont, en réalité, le fond du costume, mais il y avait encore des pièces d'habillement confectionnées pour l'usage intime, appliquées directement sur la peau, et constituant une toilette secrète, dont les détails sont loin de nous être parvenus. On connaît la bandelette du sein, représentée dans notre recueil par des femmes grecques qui se l'ajustent ( nos 1 et 2, pl. 1 9), mais il n'en est pas de même du caleçon, dont les deux sexes paraissent avoir usé sous leurs vêtements. Parmi une vingtaine d'empreintes en plâtre, telles que l'on sait les lever maintenant, des malheureux enfouis dans les cendres dont Pompéi a été recouverte, cendres devenues le fin et solide mortier que l'on sait, figure celle d'une jeune fille de quatorze ans environ dont les vêtements se sont trouvés relevés dans sa chute, de telle façon qu'on lui voit le caleçon d'un délicat tissu que les dames romaines avaient l'habitude de porter. Et c'était là un usage des plus anciens dans les mœurs de la Grèce ; Homère montre Ulysse menaçant Thersite, l'impudent bavard, de le frapper à nu, c'est-à-dire de lui donner le fouet, après qu'il lui aura arraché ses habits, son manteau, sa tunique, et le vêtement qui cache les parties secrètes. Les Grecs distinguent nettement les endumata, vêtements fixes mis immédiatement sur le corps, des peribhmata, dont on couvrait ou enveloppait les vêtements intérieurs; division principale qui comportait elle-même de nombreuses subdivisions. Chez les Romains, imitateurs des Grecs, il en fut de même, et leurs tailleurs d'habits étaient divisés en deux séries, représentant des industries très différentes. Les Iraccarii, les tailleurs proprement dits, ne
se confondaient pas avec les sarcinatores , les couturiers qui confectionnaient les menues hardes, les sarcinulœ, du nom que leur donne Catulle.
Mais si l'absence de renseignements positifs sur ces pièces complémentaires du costume est regrettable, ce sont, en somme, les vêtements flottants qui ont été le principal élément pour la peinture et la sculpture, en leur offrant un fonds de ressources presque inépuisable par les manières diverses dont les vêtements flottants s'ajustaient, grâce à la multiplicité des combinaisons dont une pièce, simple dans sa forme, peut être l'objet, soit de premier jet, soit dans les mouvements du corps. Ces combinaisons varient à l'infini ; par la grâce ou par la sévérité, elles déterminent le caractère du costume, et jusque dans les dispositions traditionnelles persiste toujours une certaine liberté tenant au goût personnel, d'un charme constant pour les artistes. On ne saurait se rendre compte de ces modes variés que par l'observation du costume porté, mais après avoir, au préalable, pris une connaissance suffisante du principe de la coupe des vêtements'; et c'est pour satisfaire à cette nécessité que nous avons réuni des études qui, pour la première partie de ce petit recueil spécial (la plus utilisable peut-être) sont dues à nos devanciers ; pour en tirer parti on aura à distinguer la valeur de ces documents, selon l'autorité de ceux qui les ont fournis. Willemin, avec ses recherches sur le costume des Grecs, est, pour ainsi dire, contresigné par l'Institut de France, et, depuis le commencement du siècle, son ouvrage est le Vade-mecum par excellence des logistes de l'école des beaux-arts. Il suffît de nommer Viollet-le-Duc pour dire ce que valent les épures tracées par le fin dessinateur nourri de tant d'érudition. Quant au traité général de M. Cari Kœhler, peintre d'histoire à Nuremberg, auquel nous avons fait d'assez nombreux emprunts, il ne nous appartient pas de nous prononcer sur la portée de cet ouvrage. I] représente un effort digne d'estime, et ce livre, en langue allemande, devrait, peut-être, être plus connu chez nous qu'il ne l'est jusqu'à présent. Si cet ouvrage, d'un prix modique, doit rendre de réels services, nous serions heureux d'y avoir contribué en appelant l'attention sur ui par les citations que nous en avons faites. En fait de coupes et de patrons, nous n'avions rien à demander à Quicherat, lequel, dans son excellente Histoire du costume en Freinte, n'a admis que la représentation de pièces isolées, conservant la physionomie de l'ensenble, et non décomposées par la divulgation des coupes ; ce qui est le parti auquel nous nous sommes arrêté pour notre compte, relativement aux pièces du costume provenant de la Chine, du Japon et de l'Orient, pièces pour lesquelles nous avions le secours de la photographe, et qui, étant généralement de coupes simples, suffisent par elles-mêmes. Notre contingeit personnel, venant enrichir la matière dans cette première partie, consiste dans l'appct des figures portant les costumes, selon les monuments de l'art antique ou exotique, ou ('après les manuscrits du moyen âge étudiés directement, et enfin dans les documents pictographiques appartenant aux costumes d'un caractère national, ou tout au moins régional, tomme le sont ceux qui proviennent de la Turquie d'Europe et d'Asie, composés d'élémmts si hétérogènes.