CATALOGNE
Les Catalans ne se considèrent pas comme Espagnols. Leur langage est un idiome particulier qui se rapproche beaucoup de la langue limousine ou provençale ancienne, du moyen âge; ce dialecte a ses grammaires, ses dictionnaires et, naturellement, ses poètes. Ses ports de mer, l’industrie de ses habitants, font de la Catalogne l’une des provinces les plus belles et les plus riches de toute la péninsule. On a dit d’elle que, jouissant de toutes les productions de la nature, elle pourrait se passer de l'Espagne et du reste de l’univers.
Les costumes nationaux représentés ici appartiennent surtout aux campagnards, aux petites localités, à ces montagnards de la Catalogne qui ont fourni jadis les intrépides fantassins connus sous le nom de miquelets, remarqués entre tous dans cette infanterie espagnole qui au xvIr1° siècle passait encore pour la meilleure de l’Europe. Ce qui attirait l’attention sur les miquelets, ce n’était pas seulement leur adresse militaire, la vie dure qu’ils menaient, ni même l’inhumanité, signalée par les contemporains, avec laquelle ils faisaient la guerre; c'était aussi leur « habillement plus leste que celui des troupes réglées, consistant en une veste, une petite redingote dont ils ne passaient jamais les manches, et des souliers de corde ». La manière dont l’ouvrier de Barcelone porte sa veste sur l’épaule est, ainsi qu'on le voit une tradition ancienne et particulièrement propre aux Catalans.
N°S 1et 9. Femmes de la haute montagne.
Toutes deux portent le capuchon de laine, le fichu en coton peint, le tablier de même espèce. On voit au n° 9, qui montre une montagnarde aisée, les longs bouts de manche fixés par un ruban de velours à boucles d'argent, et les pendants d’oreilles d’or ou d'argent allongés, d'un travail grossier, mais dont les formes à demi barbares ne manquent pas d'originalité, et qui sont quelquefois si pesants qu’il faut les soutenir par un fil. Les bijouteries de ce genre, ainsi que les bagues ornées de pierres rouges ou vertes, qui se vendent à Barcelone, sont principalement destinées aux pagesas, les paysannes riches.
N° 4. Maire d'un village de la haute montagne.
Il porte le gambeto ou pardessus. Il est coiffé du gorro, le long bonnet de laine qui se porte rouge on brun.
N°2. Riche fermier des environs de Lérida.
Bonnet de laine rouge ; veste courte, dite le marsille, et culotte de velours bleu ; gilet de toile ou de coton rayé rouge; cravate de coton peint, passée dans un anneau d'argent ; ceinture en laine rouge; guêtres ou plutôt jambards de cuir jaune, boutonnés sur le côté ; bas de laine ; capa de muestra frangée; espardilles. La veste courte des Catalans est parfois l’objet de certaines décorations; le marsille du mayoral ou conducteur de diligence est orné de broderies et d’aiguillettes, avec des pièces de drap rouge ou vert aux coudes ; un grand pot de fleurs dont les ramages s’étendent est brodé au milieu du dos.
N° 6, Femme d'Agramunt (gros bourg du même district).
Mouchoir noué sur la tête laissant apercevoir les nœuds de la résille ; collier d’or; ample fichu en tulle bordé de dentelles, brodé en paillettes d’or; grand tablier blanc; corsage en velours ou en soie, toujours noir, dont les manches justes se terminent au-dessus du coude. Bouts de manches en soie ou èn laine soutenus par le ruban de velours bouclé d'argent,
N°8, Riche fermier des environs de Vich, province de Barcelone.
Bonnet et ceinture en laine violette ; veste, gilet et culotte en drap ou en mérinos noir ; bas de laine ; brodequins de cuir noir,
N° 10. Cultivateur de la province de Tarragone.
Bonnet en laine brune ; gilet de laine ; ceinture rouge;
chemise de toile rayée bleue; culotte en velours de coton; veste de drap grossier portée sur l’épaule ; bas de laine ; chaussettes de coton ; espardilles,
N°11. Jeune femme de la même province.
Résille en soie noire avec des nœ.s de velours ; pen-
dants d'oreilles en argent et émeraudes ; corsage de velours lacé par devant, dont la manche courte et les bouts de manches ou mitaines de laine ou soie sont conformes aux types décrits; fichu de soie bordé de dentelle, brodé en soie mêlée de paillettes d’or. Jupe en indienne ; tablier en coton peint. Les Espagnoles n’ont point en général l'habitude de faire valoir l’opulence naturelle de leur poitrine. L'ample fichu des Catalanes a plutôt pour résultat de la rendre moins sensible que de la faire ressortir,
N° 12. Jeune homme de la même localité.
Bonnet violet ; gilet en soie cramoisie soutachée de
blanc ; culotte de velours ; bas de coton bleu sur lequel est passée une guêtre de cuir ; espardilies. La ceinture est en laine violacée, et la petite veste de drap est jetée sur l'épaule.
N° 7. Bedeau de la Confrérie du Sang de Jésus-Christ.
Cette confrérie, dont les pénitents portent le long ca-
puchon pointu percé seulement de deux trous pour les yeux, assiste les condamnés à mort, qui, comme pn le sait, sont suppliciés en Espagne par la garrotte. On donne d'habitude une grande publicité à ce genre de spectacle; plusieurs jours à l’avance le pu- , blic est prévenu ; ordinairement l'exécution a lieu & dans une plaine à proximité des faubourgs ; la foule y afflue. La distance que doit parcourir le condamné est souvent assez considérable ; il fait le trajet monté sur un âne, eb vêtu d’une longue robe jaune, la couleur du deuil en Espagne. Un ou deux prêtres l’assistent ; une longue file de pénitents, les uns avec des cierges en main, d’autres portant des bannières et des christs, parfois de grande dimension, précèdent et suivent le cortège en psalmodiant le chant des morts. L’exécuteur, simplement vêtu de noir, porte la veste courte des ouvriers des villes. Le corps supplicié reste exposé plusieurs heures sur l’échafaud ; les pénitents ne l’abandonnent pas pendant ce temps, et ils quêtent pour le mort, c’est-à-dire dans le but de faire dire des messes pour le repos de son âme,
’ari
pie LU .
idot et
Firmin L
Imp
ta lith
rrabie