PROVINCE D'ARAGON
Les n° 5 et 3 représentent le costume masculin et féminin propre à la province d'Aragon. N° 5. — L'Aragonais à la face brûlée par le soleil, aux yeux généralement petits, aux oreilles larges, ressortant sur le côté, se coiffe ordinairement d’un mouchoir roulé en cravate , CONtenant les cheveux coupés à la Titus par derrière, mal peignés, collés sur les tempes en oreilles de chien. Sa capa de muestra, ample couverture de laine grise, le plus souvent rayée de noir, est d'une simplicité qui semble la rapprocher du type originaire mauresque. La chemise, le plus souvent sans col, est rarement boutonnée ; la poitrine est nue. La ceinture mise à plat couvre parfois le ventre, la moitié des cuisses eb de la poitrine: le gilet n’est pas boutonné; la culotte est étroite et courte, de velours communément noir ou vert; les bas sont ordinairement bleus; ce campagnard ne porte pas de veste. Ce costume, moins modernisé que l’ajustement des Catalans, est assez en harmonie avec l'entêtement proverbial des zaragozanos, entêtement qui a enfanté des anecdotes de ce genre : Quand un Aragonais vient au monde, sa mère prend une assiette et lui en donne un coup sur la tête; si l'assiette se casse, la tête est dure, l’enfant est un bon Aragonais: si c’est la tête qui est cassée, alors c’est un mauvais Aragonais. Ces gens ont l’habitude de porter un scapulaire au cou; ils chaussent les espardilles ou alpargatas attachés avec des rubans noirs, comme les Catalans. Il n'y a peutêtre pas de province en Espagne où on use autant d’alpargatas qu’en Aragon.
N°3. — Cette figure montre que, dans le costume des jeunes femmes, il y à des rapports avec celui des Catalanes, en même temps que des différences fort sensibles. La muchacha ou jeune fille des environs de Sarragosse représentée ici a son mouchoir de tête tombé sur les épaules; ce mouchoir est un foulard assez souvent rouge; sa chute sur les épaules est une coquetterie dont même on se passe souvent en ne conservant pour parure qu'une fleur dans les cheveux. Son corpino, le spencer de velours noir, lacé par devant, serrant la taille, est à manches ajustées se prolongeant jusqu'au poignet ; le fichu, plus dégagé que chez les Catalanes, est de coton ou de soie peinte; la jupe courte, ample et plissée aux reins, est en laine bordée par une bande de velours noir, le pied est chaussé du petit escarpin à rosettes qui le dégage si finement, Le tablier léger et exigu est de soie. Il n’y a qu'une perle à l'oreille. Cette jeune femme est dans une de ces attitudes propres aux danses espagnoles où les pas, ni vifs, ni sautés, consistent en des balancés, des mouvements du corps qui en font des pantomimes. La danse nationale en Aragon est la 04. La sequidilla accompagnée de chants est de celles en usage parmi les Aragonaises des mêmes classes; leur cavalier, fileur ou simple ouvrier tisserand, porte le marsille des Catalans, et aussi la cravate de couleur voyante passée dans un anneau d'argent.
Cette jolie fille, bien découplée, est une dévote de san Anton, comme on appelle vulgairement san Antonio abbé, le patron des chevaux, des mulets et des ânes, sans compter les cerdos auxquels on doit le jambon et les saucissons. Les jeunes filles le connaissent pour les
services qu'il leur rend lorsqu'elles sont en quête d’un fiancé. Il est probable que cette géntille Aragonaise n’a pas, toutefois, besoin de recourir au singulier expédient qu’emploie la muchacha, pour rencontrer son noviw. Elle descend au fond d’un puits l’image du saint, en lui disant : «Tu resteras là jusqu'à ce que j'aie mon fiancé! » « N'est-ce pas toi qui mis — saint Antoine dans un puits, etqui l’abreuvas d’eau -— pour qu'il te fit trouver un fiancé ? », dit un couplet populaire. Le saint ne paraît pas s’être jamais formalisé de ce procédé, et parmi les Aragonaises, justement célèbres par leur beauté, les filles disgraciées de la nature continuent à compter sur lui. « Toutes les femmes laides du monde — se réunirent un soir — pour
demander à Saint-Antoine — qu'il y en eût de plus jolies », dit une autre de ces chansons qui sont dans toutes les bouches.
Reproductions d’après les aquarelles de M. J. Garcia.
Voir pour le texte : Voyage en Espagne, par M. Ch. Davillier ; Deux artistes en Espagne, par M. Desbarolles, Paris, 1876, Barba, éditeur ; L'Espagne, splendeurs et misères, par P. L. Imbert.
a de
BD
ESPAGNE
TYPES POPULATRES.
VIEILLE-CASTILLE.— ARAGON. — MURCIE. — PROVINCES VASCONGADAS OU BASQUES.
1 2 8 4 5 6 T7 8 9 10 11 12 13 14 15 No 1 et 2. N° G et 7.
Castillanes, Murciens.
Nes 3, 4, 5, 19, 13 et 14. Nos 8, 9, 10,11 et 15. Aragonais. Basques.