‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 125 sur 173 · PAIN · texte numérisé non relu

PAIN

Eap. Firmin Didot et C Paris

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blier peu large, rectangulaire, d’aspect italique, rehaussé de soutachés en bandes de velours noir, tout contribue à la grâce de ce costume et à son caractère qui doit être d’une antiquité fort reculée.

Le costume des hommes, chaussés fortement, se compose d’une chemise à col assez haut, boutonnée au cou et se tenant debout sans le secours de la cravate que l’on ne porte pas ; d’un gilet sans manches, assez court, sans collet ou à collet droit, avec un petit revers, et que l’on met par dessus la ceinture lorsqu'il est ouvert, ou que la ceinture à plusieurs tours recouvre haut lorsqu'il est fermé ; d’une culotte dépassant plus ou moins le genou, plus ou moins ajustée, quelquefois presque collantes, et dont l’extrémité restant ouverte, non boutonnée, recouvre, sans gêner les articulations, le haut de la guêtre longue dont le pied est largement enveloppé. Cet ensemble se complète par une veste à manches peu amples et à poches extérieures, avec un petit collet droit et un revers court, mais assez large ; par un chapeau en pain de sucre, avec un large revers frontal qui de face se présente en triangle élevé partant des oreillettes formées par les deux pointes latérales, d’où repart encore le revers beaucoup plus bas de l’arrière; chapeau de drap dont les revers sont de velours, comme les deux pompons dont on l’orne au sommet et à mi-hauteur. Enfin, la manta, qui est l'enveloppe dont on se sert à la manière de la toge antique, en la croisant sur la poitrine, la faisant passer sur l'épaule et la laissant retomber par derrière ; la manta est en drap, et la ceinture est en laine.

Dans la pratique, et il faut l'entendre aussi du costume endimanché, beaucoup restent en manches de chemises ; les jeunes gens n’usent guère les boutons du gilet, porté ouvert, par dessus la ceinture à bouts flottants. Le gilet, de drap rouge, à revers de velours noir, destiné à être surtout porté sans la veste, est un vêtement solide, dont le dos fait de peau chamoisée est embelli de dessins en broderie qui font une parure de ce négligé apparent. Les élégants. comme le jeune homme n° 9, affectent deplacer la ceinture assez bas pour que le linge de la chemise soit visible entre elle et le gilet. C’est une vieille mode qui remonte aux pourpoints des XV°, XVI et XVIT° siècles. Les danseurs ont de chaque côté du gilet, près de l'ouverture, une pochette triangulaire pour y placer les castagnettes. La culotte est forte aussi, en drap épais, grossier, ou même en cuir d’un ton fauve; on la termine souvent par une bande noire et haute qui reste ouverte sur le côté, et recouvre les houseaux. La montera se porte ici de façons variées, motivées, La pointe est inclinée et les pompons sont disposés du côté gauche pour les hommes mariés; pour les garçons, la disposition est inverse et sur la droite. Les guêtres sont en cuir ou en drap, avec de nombreux petits boutons que l’on néglige souvent d’attacher dans tout leur parcours.

Le n°11 en costume habillé est à rémarquer. C’est un faraud du pays, ressemblant fort aux moz0os de cordel, les commissionnaires de Madrid, et aux aguadores au bonnet en pointe et à la culotte courte d’où sort un caleçon de toile, qui, dit M. Daviller, descendent chaque année (au mois de juin) des montagnes abruptes de l’ancien principado de Asturias. Sa chevelure en oreilles de chien, rappelant celle de nos muscadins ; son chapeau conique posé de travers, dont

un revers est relevé et l’autre abaissé; sa veste courte, son gilet fermé avec ses rangées de boutons métalliques, la ceinture placée haut pour ne pas contrarier l'usage du grand pont de la culotte dont les boutons s’étalent en garniture horizontale; le foulard de soie ou de coton aux couleurs vives sortant de l’un des côtés de la culotte, côtés non cousus, mais à boutonnières de deux calibres, fort nombreuses et serrées vers le bas où on ne les boutonne jamais ; le pantalon de toile blanche, les guêtres en drap avec un pompon à l'avant du pied, enfin jusqu’au grand et lourd parapluie de coton rouge, tout dans ce costume de paysan habillé est à considérer avec attention.

Il n’est pas une seule partie de l'Espagne qui n’ait sa danse particulière et favorite. La gallegada, où danse des Gallegos, est fort connue et bien dansée à Madrid même. Elle commence par une pantomime que l'orchestre accompagne par quelques mesures lentes où les partenaires dos à dos semblent vouloir se bouder; puis, sur la mesure de plus en plus vive, les pieds s’agitent; enfin, les deux danseurs s’élancent, et les castagnettes résonnent. Le gaïtero gallego, le joueur de cornemuse galicien, et le musico tamborilero sont de toutes les réjouissances publiques et privées, noces et fêtes patronales. Le magosto qui sé célèbre le jour de la Toussaint en Galice et dans la province de Léon, à l’occasion de la récolte des châtaignes, est le jour de fiesta le plus brillant de l’année. Les Gallegos, dont la réputation est d’être plus robustes qu’agiles, y deviennent vifs et non moins lestes que leurs plantureuses bo/eras. Le macho unit sa voix grave au son plus clair de la kembra, et les deux castagnettes, mâle et femelle, retentissent en suivant tous les mouvements du corps, des bras et des jambes. La castañuela espagnole, à très peu de différence près, est

le même instrument que les erofalia antiques; tous deux sont composés de deux parties

creuses qui, frappées l’une contre l’autre, produisent un son sec. La forme, la dimension sont à peu près semblables. Si les crofalia étaient en bronze, on en faisait aussi en bois comme les castagnettes ; eb celles-ci mêmes étaient aux mains des gadilanas dansant les pas espagnols dans la Rome de Martial, de Pline le jeune, de Pétrone, qui ont célébré ces danseuses comme habiles et séduisantes entre toutes.

Aquarelles de M. Garcia.

(Voir pour le texte, Voyage en Espagne, par MM. Gustave Doré et le baron Ch. Daviller.)

L'HABITATION ANDALOURSE. — TYPE DE LA MAISON BOURGEOISE. — LA CHAMBRE. — LE PATIO. — L'EXTÉRIEUR SUR LA RUE. — COSTUMES POPULAIRES.

(PLANCHE DOUBLE

Le palio, la cour de la maison espagnole, est régulièrement un espace rectangulaire environné de bâtiments ; il comporte un entourage de galeries couvertes sous une toiture inclinée des quatre côtés vers le centre qui reste à ciel ouvert; au-dessous de cette couverture on trouve fréquemment un bassin disposé pour la réception des eaux pluviales. Cette disposition est celle même du cavædium des Latins. La toiture en compluvium- soutenue par des colonnes, selon la mode antique, ou par des arcades, selon la pratique des Arabes, toiture procurant de l’ombre et cependant ouverte pour la libre circulation de l'air, c’est la couverture de la cour de la maison pompéienne, avec l’area de son atrium comme de son péristyle et leur bassin récepteur, l’émpluvium. Le principe de cette construction issue des nécessités du climat est une tradition que les Maures ainsi que les Espagnols devaient conserver : les mêmes besoins commandaient le même aménagement. Plus on avance vers le midi de la péninsule ibérienne, et plus s’accusent, sous ce rapport, les habitudes semblables à celles des anciens qui, dans la Campanie par exemple, mettaient sous la toile l’ouverture de leur cavædium aux heures du soleil, de même qu’ils en protégeaient leurs rués étroites. Le tendido espagnol couvre de même le patio et la voie publique ; il.est enroulé le soir pour que l’on puisse jouir de la fraîcheur, ainsi qu’en usaient les Pompéiens pour lesquels les brises de la mer rendaient si délicieuse cette fraîcheur de la soirée.

Le nom du patio (pateo, être ouvert) qui, à lui seul, indiquerait son origine, se prête encore à de certaines interprétations qui semblent de même source, tout en appartenant en

propre aux mœurs espagnoles. À la différence de l’antique maison romaine, dans laquelle une famille unique jouissait des douceurs de la cour reculée du péristyle, la cour de l’habitation chez les Espagnols de moyenne condition est ordinairement commune à des locataires différents. Les mœurs en ont fait un endroit neutre, où chacun conserve l’indépendance de son action; on peut se promener dans le patio, dit Théophile Gautier, y lire, être seul ou avec les autres; on s’y rencontre sans passer par l'ennui des visites formelles et des présentations ; on finit par s’y connaître, on s’y lie selon son goût. Les dérivés du nom latin de la cour de la maison espagnole expriment les traits de son caractère. Sans compter pace, en temps de paix, patiens, qui supporte, souffre, endure, et patior, acquiescer, s’accommoder à l’humeur de tous, il semble que jusqu’à pactio, pacte, accord, traité, soient autant d’expressions à sous-entendre dans le nom générique du patio.

Cette cour méridionale comporte d'ordinaire le rez-de-chaussée et un premier étage dont les portes-fenêtres donnent sur une galerie qui en fait le tour. Théophile Gautier a laissé la description du patio d’un bel hôtel de Tolède qui est d’une valeur typique. Entouré de colonnes et d’arcades, avec un filet d’eau dans son milieu, ce patio de riche maison est pavé de marbres de couleurs formant mosaïque; il est orné de puits de marbre blanc et d’auges revêtues de carreaux de faïence pour laver les verres et les jattes; la galerie supérieure, sur laquelle s'ouvrent les fenêtres et les portes des appartements, à un balcon de fer travaillé circulant tout autour. C’est ce genre de patio, enjolivé de pots de fleurs et de caisses

d’orangers, qu’il appelle une cowr-salon, que Gautier a pris plaisir à peindre ; on y descend

Jes tableaux, les chaiïses, les canapés, jusqu’au piano; et lorsque, comme à Grenade ou à Séville, l'agrément d’un jet d’eau ou une fontaine s’y ajoute, il n’est rien de plus délicieux, Ce qui est agréable à Madrid, où l’animation des réunions du patio est un des grands charmes de la soirée, devient indispensable dans les maisons d’Andalousie. Là, où le pavé brüle, où le fer du marteau des portes rougit, où la terre se fend comme l'émail d’un poêle trop chauffé, où le blé éclate dans l’épi sous l’averse de feu tombant du ciel, où pendant des heures le peu’ d’air qui arrive semble soufflé par la bouche de bronze d’un calorifère, où principalement de midi à une heure, à l'heure du feu, fuego, comme on dit en Andalousie, chacun se renfermant chez soi pour faire la sieste, la vie est comme suspendue, les rues absolument désertes, les boutiques fermées, et où pour tout l’or du monde on ne déciderait pas un marchand à se déranger pour vendre quelque chose, là enfin, conclut Gautier, où le séjour même des appartements est insupportable (on n’y entre que pour s'habiller, diner, faire la sieste), la maison ne serait pas habitable sans la disposition architecturale du patio.

La condition de la maison d’où sont tirés les fragments représentés montre assez que le patio, la cour à ciel ouvert, avec sa galerie ombrée répondant aux chambres supérieures, est une nécessité qui s'impose à tout le monde. L'exemple d’un patio de luxueuse architecture ferait volontiers inférer que le bien-être résultant de cette disposition est un des privilèges de l’opulence. Le nôtre a pour objet de montrer que le patio entre dans l’ordonnance de

Étienne

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