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L’HABILLEMENT EN TRIANON

La mode des revétements en porcelaine remonte aux époques où, sur les relations écrites par les missionnaires, on tenait la fameuse tour de porcelaine, dite de Nankin, pour la huitième merveille du monde.

L'architecte Dorbay se conformait à cette mode régnante en construisant le château élevé par Louis XIV en l’honneur de M"° de Montespan, sur l'emplacement du petit village de Trianon, dont cette construction retint le nom.

Saint-Simon esquisse ce palais en ces termes : « D’abord maison de porcelaine, agrandie après pour y coucher, enfin palais de marbre. » La maison de porcelaine, dit Félibien, fut regardée par tout le monde comme un enchantement. Ce premier Trianon étalait sa pierre au dehors, et les cheminées étaient encore de cette brique rouge qui rappelle le Versailles de Louis XIII. Les faïences émaillées ne se montraient qu’au-dessus des fenêtres ; elles formaient une balustrade au-dessus de l’entablement ; et sur les combles, où elles étaient blanches, leur éclat se combinait avec la dorure des faîtages et les vases bleus.

Le titre donné à la maison ne se justifiait pleinement que dans le salon du château, entièrement revêtu d’un siuc très blanc et très poli avec des ornements d’azur, dont on à retrouvé quelques échantillons dans les magasins du musée de Versailles. La corniche qui régnait autour de ce salon et le plafond étaient aussi décorés de diverses façons d'azur sur un fond blanc, « le tout travaillé, dit Félibien, à la manière des ouvrages qui viennent de la Chine, à quoi les pavés et: les lambris se rapportent, étant faits de carreaux de porcelaine. »

Cette porcelaine était surtout de la faïence et du stuc. Les comptes des bâtiments ne donnent que le nom de faïence émaillée aux produits fournis par Morin pour les revêtements de Trianon, commencé en 1670 et terminé en 1674; Morin, établi à Saint-Cloud, y avait précédé la manufacture de porcelaine fondée à Saint-Cloud par Chicaneau en 1695.

La maison de porcelaine eut un retentissement dont témoigne le Mercure galant en 1672 :

€ Le Trianon de Versailles avait fait naître à tous les particuliers le désir d’en avoir ; tous les grands seigneurs en firent bâtir dans leur pare, les bourgeois qui se voulaient épargner la dépense de ces petits bâtiments avaient fait habiller des masures en Trianon, ou du moins quelque cabinet de leur maison, ou quelque guérite. »

On connaît la fortune du nom de 7rianon, devenu un terme générique qui, dit l’Encyclopédie, signifie tout pavillon isolé, construit dans un parc, et détaché d’un château. Le casino des Italiens est un bâtiment de cette espèce, en usage pour servir de retraite et se procurer de la fraîcheur à la campagne. Ce qui est moins connu c’est que l'habillement en Trianon c’est celui du revêtement dit de porcelaine, qui fut d’un luxe tout royal. |

Il résulte de l'expression du Mercure de 1672, que l'idéal de la décoration bo du Trianon, c’est l'emploi de la porcelaine, et que la menuiserie avec un décor sur fond blanc dont on fit si grand usage au dix-huitième siècle « dans ces petits appartements destinés au délassement de l'esprit, où l’on ne doit rien négliger pour rendre la décoration enjouée et galante, » que cette menuiserie, dit Blondel, « sur laquelle est passé un vernis et dont les ornements sont dorés, » eut son véritable prototype dans la faïence émaillée du premier Trianon. La plus complète expression du genre se rencontre dans les cabinets comme celui du Buen-Retiro de Madrid, et le fameux cabinet de la China, au palais d’Aranjuez.

La fabrication de la porcelaine avait pris un important développement en Espagne au dix-huitième siècle. Charles TIT, roi des Deux-Siciles, avait, en 1736, fondé la célèbre manufacture de Capo di Monte. Roi d’Espagne en 1759, il y amena une cinquantaine d'artistes et tout le matériel de leur fabrication, Installés à Madrid, dans les jardins de Buen-Retiro, ces Italiens y fonctionnaient dès 1760. Cette manufacture, qui a cessé d'exister en 1808, produisait des objets en pâte dure et en pâte tendre; du biscuit, tantôt blanc, tantôt en couleur, avec dorure et glaçure suivant le caractère des pièces. Jusqu’en 1789, toute sa fabrication était exclusivement destinée à la famille royale ; on en faisait des cadeaux aux cours étrangères. Ses produits sont très rares dans les collections privées. Le salon de porcelaine du palais de Madrid, avec ses grandes glaces encastrées dans les lambris, ses bas-reliefs à figures, sa riche corniche, son plafond, le marbre du cadre de ses portes, et le stuc incrusté de son parquet, reste assurément comme l’un des plus intéressants spécimens de l’habillement en Trianon,

Reproduction d’après une photographie de M. J. Laurent, et une aquarelle faite d’après na-

ture par M. J. Garcia.

Voir pour le texte : Le Château de Versailles, par M. L. Dussieux, 1881, Bernard, édit., à Versalles. — La Fabrique de porcelaine du Buen-Retiro, par M. Juan F, Riano, Gazette des

beaux-arts, 1879.

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ESPAGNE

ILES BALÉARES ET PITYUSES OU ÉBUSES. — COSTUMES POPULAIRES DE MAJORQUE, D'IVIÇA ET DE VALENCE.

Les costumes qui figurent ici, tirés les uns des îles Baléares (Majorque, Minorque et Cabrera), les autres des îles Ébuses, autrefois Pityuses (dont la principale est Iviça); d’autres, enfin, de la province de Valence, ont été donnés par des voyageurs de la fin du siècle dernier et des artistes du commencement de celui-ci, et ne sont pas exempts des défauts communs aux documents de cette époque, le manque de naïveté et l'oubli de la véritable proportion des gens représentés. Nos reproductions d’après des documents photographiques pareront à cet inconvénient; et comme, en somme, celles-ci montrent les Majorquins sous un aspect du passé assez intéressant, nous ne devions pas les passer sous silence.

George Sand, dont l'ouvrage (Un Hiver à Majorque, 1837) a si bien dépeint la mollesse et lincurie des débiles populations de ces îles si bien partagées par la nature, dit que les costumes portés à Majorque par les riches et dans la bourgeoisie ont perdu toute originalité primitive, et que l’on ne retrouve de traces des vieilles traditions que dans les vêtements des femmes et des paysans.

D'après Alexandre de Laborde (Z#inéraire descriptif de l'Espagne), la richesse des étoffes et des ornements distingue seule les dames de leurs servantes et des paysannes. La coiffure, nommée rebozillo, qui est une variété du capuce, de la capeline, est formée par une guimpe double; la partie supérieure couvre la tête et s'arrête sous le menton, laissant le visage seul à découvert ; puis, s'étendant sur les épaules et tombant jusqu’à la moitié du dos, les deux pointes viennent se croiser et s’attacher par devant. Nos n° 2, 5, 7, 10, 13 et 14 offrent des exemples plus ou moins conformes à cette description. L’habit est composé d’un corps baleiné ; les manches, fort étroites, s'arrêtent au plis de l’avant-bras (n° 10 et 14). Ce corset

est garni de boucles d'argent ou de boutons. Les femmes ont des colliers, portent des bagues, et font usage de bracelets, de montres et autres bijoux. Lorsqu’elles sortent, elles portent la mantille, n° 11, comme dans tout le reste de l'Espagne, et prennent à la maïin, avec leur éventail, un chapelet fort long, orné de glands d’or et d’une croix de ce métal. En général, et comme les autres Espagnoles, les femmes de Majorque tiennent à être bien chaussées. Leurs souliers sont élevés sur le talon, larges vers les orteils et percés de petits trous, ce qui tient le pied frais et facilite la marche. La jupe est courte, et souvent descend à peine au gras de la jambe; George Sand dit qu’on la plisse sur les hanches et que cette partie du vêtement, d’étoffe de couleur ou de toile peinte, est attenante à la camisole. Les bas, bleus, rouges ou verts, ont des coins d’une autre couleur. Les servantes et les paysannes portent le tablier. Dans nos exemples, les n° 11 et 14 appartiennent à la bourgeoisie, et présentent un compromis entre les modes du jour et la tradition; ils remontent à 1820 environ. Les n° 2, 4, 5 et7 sont non seulement plus anciens, mais aussi beaucoup plus purs dans leur exiguïté, malgré la faiblesse du dessin.

I1 y a peu de différence entre le costume des Majorquins et celui des Minorquins et l’on peut se borner à signaler, chez ces derniers, l’emploi habituel du jaune pour le vêtement de femme appelé rebozillo.

Dans les costumes des hommes, on retrouve beaucoup de choses d’origine mauresque : l’ample ceinture, le large caleçon, la chemise dont ils laissent apparaître les pans (n° 1, 8 et 9). Les autres pièces du costume, qui se rapprochent de celui du littoral de la terre ferme, et lui font perdre le caractère africain si accusé lorsque la chemise et le caleçon se trouvent portés seuls, sont : la jaquette; la camisole; le pantalon non fermé descendant à la cheville; les gros bas de fil blanc, noir ou fauve; les souliers de peau de veau, sans apprêt, sans teint, plats, sans talons; la ceinture à réseau ou en cuir; les guêtres longues, suivant la saison; enfin, pour coiffure, un chapeau à larges bords, en poils de chat sauvage, avec des cordons et des glands noirs en fil de soie ou d’or. Dans les maisons, les Majorquins roulent un foulard autour de leur tête. L'hiver, ils ont souvent une calotte de laïne noire qui couvre leur tonsure; car ils se rasent comme des prêtres le sommet de la tête, soit par mesure de propreté, soit par dévotion, laissant d’ailleurs croître leurs cheveux rudes, les taillant seulement sur le front d’un trait de ciseaux horizontal, à la mode du moyen âge. Enfin, ils se couvrent encore l'hiver d’un froc, d’une cape grise, ou d’une peau de chèvre d'Afrique dont le poil est tenu en dehors.

(Les n° 1, villageois, 2, bourgeoise, 7, femme de condition, 9, pâtre, 10, 11 et 14 proviennent de Majorque. Les n°° 5, bourgeoise, et 6, batelier, sont de Minorque. Les n°‘ 3 et 4, paysan el paysanne, el 8, jardinier, sont d'Ivica. Les n° 12 et 13 proviennent de Valence. Les cing grandes figures sont d'après Lante.)

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