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COSTUMES POPULAIRES DU COMMENCEMENT DU XIX° SIÈCLE

Planche n° 1. Planche n° 2.

2 3 4 D- 6 11 12 13 14 15 7 8 9 10 16 17 18 19 Fig. 1. — Costume de fiancée dela petite île de Marken, Fig. 11 et 12, — Laitière et servante de Rotterdam, Pers Fig. 13 et 14 — Habitants de l’île de Walcheren. Fig. 2 et 8. — Costumes de la Frise. Le schipper oom, (Zélande.) l'oncle, le maître batelier, et sa femme, la éante, en Fig. 15. — Marchande de poisson du village de Sche- D" . [a ©

habits de fête. veningen, près de la Haye,

Fig. 4. — Nord-Hollandaise d’Alkmaar, Fig. 16 et 17. — Villageois et villageoise de l’île de

Fig. 5 et 6. — Dame et servante de l’intérieur de la Zuid-Beveland,

Frise, Fig. 18 et 19. — Nord-hollandaises, — Femmes de pêcheurs en habits des grandes fêtes ; la première du village de Catwyk, situé au bord de la mer du Nord; la seconde du village de Volendam, riverain du Zui- Fig. 9 et 10. — Paysan et paysanne de la Gueldre, derzée,

Fig. 7 et 8. — Pêcheurs de l’île d'Ens ou de Schokland, dans le Zuiderzée,

En Hollande, comme partout, les paysans travaillant à la terre, les gens de mer, sont naturellement arriérés relativement aux autres classes, ces derniers surtout. Les pêcheurs, dont la résidence est généralement attachée au lieu de leur naissance, occupés sans relâche sur terre et sur mer, labourant et façonnant leurs champs en février, semant le chanvre en mars et avril, passant les trois mois suivants à la poursuite du maquereau, à laquelle succède celle du hareng, etc:; puis eux, leurs femmes et leurs enfants, recueillant, tillant, peignant le chanvre que l’on file en hiver pour en faire des filets; ces pêcheurs qui n'apparaissent dans les villes que pour y vendre leur poisson, et se rembarquent après les acquisitions qu’ils y font pour leurs besoins réduits à la plus simple expression, sont, entre tous, ceux chez lesquels les transformations sont les plus lentes,

Les habitants de la Frise-bénie, agriculteurs jouissant d’une tout autre aisance que les pêcheurs, d’une véritable prospérité engendrant le luxe, semblent devoir la conservation marquée de leur originalité, autant à leur éloignement, à leur isolement relatif, qu’à leur caractère propre; on les tient pour différents des Bataves, dont la race est saxonne. Les Frisons, branche du rameau scandinave, seraient d’origine orientale.

Parmi les autres gens de labour, dans la Hollande méridionale, à l’opposite de la Frise, et dans la région de la grande culture Zélandaise, l’homme de la terre a des qualités tenaces qui se font sentir jusque dans les costumes de Walcheren et de Zuid-Beveland, les deux îles types de la Zélande. On sait ce que sont ces terres d’alluvion, plus basses que la mer de deux, trois, quatre et cinq pieds, où les polders fertiles ont été enlevés pied à pied à cette mer qui les domine en leur prodiguant ses qualités salines, et où l’homme agit sous l’abri de digues, qui sont de véritables chefs-d'œuvre de l’art, mais dont les matériaux périssables nécessitent un renouvellement constant, un travail pour ainsi dire sans trève, car il n’y a pas seulement à se défendre contre les flots de l'Océan, mais encore contre les termites et les tarets. Cependant, si la ténacité du Saxon qui occupe la Zélande se montre non moins grande que celle de tant d'autres Bataves vivant dans une situation analogue, et si leurs costumes, leurs coutumes, leurs mœurs, sont disciplinés et réglementés, au moins par l'habitude, avec un esprit de suite particulier (dès que les enfants savent courir, ils sont vêtus comme le père et la mère; le costume de la fillette est celui de la mère dans les plus petits détails ; le paysan, au moment de son mariage, reçoit de ses parents un pourpoint, un vilet, une culotte, noirs ainsi que la kappe, la redingote tombant jusqu'aux pieds, ayant la même forme que celle de son grandpère : vêtements traditionnels, gardés avec respect, et servant dans les plus grandes circonstances), on doit faire observer que l’ensemble du costume des Zélandais, aussi bien celui des femmes que celui des hommes, est loin d’annoncer l'ancienneté ou d’avoir l'originalité qui distinguent ceux des femmes de Marken ou les Frisonnes.

La veste, le gilet, la cravate, la culotte sans ampleur, le soulier à boucle, sont de temps plus ou moins modernes. Le chapeau droit, substitué au tricorne, indique la marche de certaines évolutions. — Il en est de même chez les femmes; leur coiffure et la coupe de leurs vêtements ne sont pas non plus des choses de haute antiquité; et il en est encore de même pour les fers d’or et d’argent, les spirales avançant de chaque côté du visage en y suspendant souvent de riches pendeloques branlantes, les casques faits de lames souples et les plaques de front dont le dessin et la forme ne remontent guère au delà du seizième siècle, la plupart même étant de style rocaille. Cette modernité relative est encore indiquée par l'abandon du Awiken, l'antique pluvial surmonté d’un chapeau, manteau éminemment néerlandais, auquel s’est substitué pendant le dix-huitième siècle le grand chapeau de paille, affectant il y a quelques années encore, la tournure des coiffures de la bergère Pompadour, et réduit actuellement dans ces mêmes régions au chapeau de paille embrassant le bonnet, et orné de longues brides en rubans flottants dans le dos où ils sont liés par un bijou.

Le noir, dans les vêtements d’homme, le parapluie sacramentel que porte aujourd’hui tout paysan sont des changements appelés par le temps. Le voyageur français se plaint en 1778 de ce qu’on se moque en Hollande des gens frisés : « On s’assemble autour d’un homme qui porte son chapeau sous le bras; on hue ceux qui se servent de parapluie. »

C’est à partir de Dordrecht, ou Dor, ville importante d’une île de la Merwède, un bras de la Meuse, que, en venant de Belgique, on rencontre la première localité qui ait d’une façon complète, absolue, le cachet hollandais. L'aspect général du pays apparaît alors avec son air bas et nébuleux, ses maisons, qui, dit M. Jean Aicard, sont « des fenêtres avec un peu de muraille autour, très peu, » et cette propreté si renommée qui arrive à annoblir singulièment les rues, les habitations, une masure prenant de l’air d’un retrait princier. Cette propreté hollandaise, souvent signalée comme excessive, est une nécessité de climat, car l’humidité constante aurait tôt fait de ternir toute chose, et de faire naître sur les métaux et les bois mille efflorescences maladives; c’est pour cela que, en Hollande, le cuivre devient or, et la vitre diamant. La plupart des habitudes locales sont en rapport avec les conditions hygiéniques du climat, comme le fait justement observer Alp. Esquiros à propos du tuyau de pipe « tombant naturellement d’une bouche hollandaise. » Sous le ciel brumeux de la Néerlande, l’homme a senti le besoin de faire de la fumée contre de la fumée. L'usage du tabac est une sorte d’homéopathie locale. Quelques physiologistes, dit le même observateur, ont prétendu que la vapeur du tabac enveloppait l'esprit de brouillards ; cette assertion est démentie par le Hollandais qui vit dans un nuage, et dont l'esprit est plus précis, plus positif, plus net dans les détails que celui d’aucun peuple.

Le luxe est naturellement inégal et l’aspect des gens se modifie selon la qualité du sol et aussi selon la constitution de la propriété, suivant la province. La Néerlande n’est pas couverte partout de gras paturages. Les villages de la Drenthe, perdus au milieu des sables, entourés de plaines de bruyères mornes et désertes, ne sauraient avoir l’aisance dont jouissent leurs voisins immédiats, les habitants de Groningue, riche, fertile, plantureuse, le paradis des paysans détenteurs du sol à perpétuité, rois de la contrée, où ils tiennent partout le haut du pavé. Enfin, entre la prospérité des uns et des autres, il y a encore de grandes différences de physionomie. La Zélandaise dansant avec la gilda du village sous la couronne de la jeunesse est loin de ressembler à la Frisonne glissant sur ses rapides patins. La classe nombreuse des marins, avec l’antique simplicité de ses coutumes et de ses mœurs, de son habillement et de son langage, contribue puissamment à cette variété.

Le couteau qui sert à découper le pain et la viande, est en même temps l’arme du paysan batave. Les Germains le portaient jadis enfermé dans le fourreau de leur glaive. Que le paysan, selon la localité, porte le couteau dans sa gaîne ostensiblement ou non, il ne s’en sépare jamais. C’est une arme si nationale que le lion grimpant des anciennes armoiries de la République des sept provinces unies, en outre des sept flèches d’or liées dans sa griffe droite, est armé d’un coutelas d'argent emmanché d’or.

Les six planches ayant pour signes : la Hotte, le Lapin, l’E couronné, YA O, l'AV, PA consacrées à la Hollande du dix-neuvième siècle, et que nous engageons nos souscripteurs à rapprocher les unes des autres, sont le développement de l'œuvre entreprise par Maaskamp, éditeur à Amsterdam, qui s’est appliqué le premier, dans un recueil méthodique datant de 1803-1807, à combler la lacune existant parmi les publications hollandaises, si riches jusquelà, sur l’histoire et la description des localités, fort abondantes en monuments de tous genres sur les productions naturelles du pays, ses plantes, ses animaux, ses insectes.

Maaskamp en signalant à son époque « que chaque ville de la Hollande a son costume ; que dans la seule ville d'Amsterdam le costume varie presque à chaque quartier; que les diverses provinces semblent être peuplées de nations différentes; que les villages habités par des pêcheurs et ceux habités par des cultivateurs, les villes de commerce et celles de l’intérieur, les îles et les côtes, ont tous non seulement des mœurs qui les caractérisent et qui se peignent dans le maintien et l'habillement des habitants, chaque rang, chaque profession, sy distinguant par des manières et des habitudes différentes, » a ouvert heureusement une voie que les Hollandais se sont complu à suivre, en développant ces premières études. C’est ainsi qu’à l'Exposition internationale de 1878, à Paris, on a vu cebte série de figures de pêcheurs et de paysans néerlandais représentés en cire et revêtus de leurs costumes caractéristiques, formant des scènes naïves. Tout visiteur de cette exposition a passé par la chambre frisonne d’Hindeloopen, aux murs en carreaux de faïence, aux meubles de décor criard, au lit encastré avec l'échelle nécessaire pour y parvenir. On y voyait, portés, les fers d'or ou d'argent des femmes, les plaques en disques des hommes, les porte-pipes historiés et le couteau, arme de duel entre les paysans.

Deux de nos planches (la Hotte, le Lapin) reproduisent des fig ures données par Maaskamp. Les n° 15, 22 et 27 de la pl. À V, proviennent de ce même recueil.

Les fers d’or et d'argent des femmes; les plaques, boutons, chaînes et breloques des hommes, leurs porte-pipes, leur couteau sont représentés dans la pl. E couronné.

La façon dont les femmes portent leur bijouterie de tête, selon la localité, est l’objet de la D AO.

Les n° 9, 10 et 17, de la pl. A V, sont des figures groupées, provenant des effigies en grandeur naturelle de la Section Néerlandaise de l'exposition de 1878.

L'intérieur frison, pl. A X est de même provenance.

La sincérité des photographies d’après naturé, d’après lesquelles sont reproduites la presque totalité des pl. AO et A V, s’ajoutant ici aux exemples quelque peu maniérés publiés par Maaskamp, rectifie ce que l'amour d’un éditeur pour ses compatriotes, ayanb même quelque intérêt à les embellir, leur peut procurer de ces grâces d'emprunt, qui en font parfois de quasi-personnages d’opéra-comique. Ces photographies rectificatives donnent d’ailleurs la physionomie du costume actuellement porté, avec ou sans altération, tel enfin qu’il existe encore aujourd’hui, sans devoir, selon l'affirmation de tous les voyageurs modernes, durer longtemps.

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