‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 38 sur 173 · PAGE PATENTS · texte numérisé non relu

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rable, et les Gipsies étaient restées sous la réprobation centaines d'individus pour les expédier et les vendre

des crimes du temps passé, connus en Angleterre sous aux planteurs des bords de la Delaware. Les Gipsies, le nom de Xidnupping. IL n’était que trop certain que qui avaient d’ailleurs des complices parmi les chrél’action de voler les enfants avait été d’un très bon tiens, choisissaient des enfants déjà assez grands et rapport, alors quedans les rues de Londres on se livrait assez forts pour supporter les travaux de la servitude à cette traite des blancs, en enlevant annuellement des à laquelle ils étaient destinés,

« Les cris de Londres. »

Ces cris forment une histoire que l’auteur des Promenades dans Londres « Wanderings by the town » à publiée il y a quelque quarante ans, alors que cette histoire venait d’être close. A tout jamais se trouvait banni de Londres ce que le docteur Ding et de la Serre, secrétaire de la reine de Médicis, parlant des rues de la capitale de l’Angleterre au seizième siècle, appelaient leur « concert d'harmonie ».

Au quinzième siècle, les membres des principales corporations marchandes de Londres, établis et patentés, vendaient sur la place publique, criaient devant leurs boutiques, ou criaient en parcourant les rues. La coutume était générale, et la victoire demeurait aux plus grosses voix, À Cheapside, on voyait toute une population qui ne tarissait point sur le mérite des velours, des linons et des soieries. Aux environs de Westminster, on vociférait de toutes parts : Avez-vous à vendre? Avez-vous à échanger? Voici des chapeaux fins! Voilà des lunettes! A Westminter-hall, rendez-vous des hommes de loi et des plaideurs, c'était le marchand d’encre avec son barillet sous le bras : « Fine writing ink, gentlemen ! » belle encre à écrire, Messieurs ; et parmi les cris adressés aux femmes : « Pretty pins, pretty svomen! » jolies épingles, belles dames ! « Paris thread! » fil de Paris! « Velvet and taffety ! » velours et taffetas !

Non seulement les rues étaient un bazar pour la vente, mais elles étaient encore autant d’ateliers où toutes les industries venaient librement s'exercer. Le rempailleur de chaises (0/4 chairs to mend) s’installait à côté de Jokn Cooper, le chaudronnier dont le nom générique veut dire Jean Cuivre. Le barbier et le pédicure étaient de la cohue, avec le chanteur de ballades, le joueur de cornemuse, le rémouleur, etc.

Une des plus brillantés apparitions dans ce monde des rues fut celle de la marchande d’oranges dont Ben Jonson et Marston ont laissé des portraits ravissants. Celles qui vendirent

les premières oranges que sir Walter Raleigh de retour de ses voyages fit connaître à sa patrie, .

portaient un justaucorps de drap noir, des manches bouffantes d’une éclatante blancheur, un chapeau de paille rond et à larges bords; leurs cheveux emprisonnés dans une résille étaient rejetés derrière la tête, tandis que leurs pieds, chaussés de mules à la poulaine avec talons élevés, étaient à demi cachés sous leurs amples jupons écarlates. Leur cri était une douce canbilène :

Fair lemons and oranges, Belles oranges, beaux limons ! Oranges and citrons ! Belles oranges, beaux citrons!

Sous le règne d’Élisabeth, les autorités de la ville s’avisèrent de déclarer que les rues et les places de la cité avaient été faites pour la circulation, et non pour les vendeurs et les étalagistes. Ce n’était point prêcher dans le désert, loin de là, mais ce fut à peu près tout comme. A l’époque de Charles I‘, les mêmes autorités avaient beau dénoncer les marchands colporteurs comme une race malfaisante et hargneuse, le désordre habituel de la rue, qui était dans les mœurs, continuait comme devant. Ce ne fut qu’en 1694 qu’on osa sévir contre les colporteurs ; les boutiquiers en étaient si passionnément jaloux qu'ils les firent assimiler aux voleurs et aux mendiants valides. Ces mesures rigoureuses étaient prémaburées ; les magasins se trouvaient encore si mal assortis que l’on ne pouvait réellement se passer des marchands ambulants, et les officiers de police composèrent d'autant plus facilement avec les colporteurs, que la guerre qui leur était faite était trop excessive.

Ce ne fut donc qu'avec le temps, et au fur et à mesure de la richesse et de la variété des assortiments des boutiquiers, que s’éteignirent les cris des brocanteurs, des colporteurs, des artisans ambulants.

Le « Old clothes ! » (vieux habits) le « old cloaks, suits, or couts ! » poussé en une seule note de poitrine, un seul cri caverneux, prolongé indéfiniment par un matois à la marche oblique, ne perdant rien de ce qui se passe autour de lui en paraissant sommeiller, devait survivre à peu près seul comme le véritable écho de ces vieux temps, où circulaient les pauvres hères, tout courbés sous le poids de sacs gros et noirs, et allant de porte en porte : « Small coals ! » Petits charbons! braisetle; alors que le charbon ne se vendait qu’un denier le sac à Paris, que la livre de bœuf ou de porc ne valait qu’un demi-sou à Londres, et le veau trois liards, alors qu’on entendait crier : « L'eau pour le pain! Les fagots pour le pain! eb qu’en somme, la monnaie d'argent était encore si rare que le vendeur ambulant criait pour proposer de simples échanges : « Laiguille pour le vieuxfer ? » eb «old shoes for some broom ! » des balais pour de vieux souhers !

Tour à tour disparurent le vendeur de bois à la bucheavec son compagnon « Wood to cleave, » le fendeur de bois. Et le porteur d’eau, Fresh water, maid! avec ses bidons, ses seaux et ses brocs. Mais on eut à subir le strident Bank! Bank! ou Cross! Cross! des cochers de fiacre ou des conducteurs d’omnibus ; puis, ce furent des cris de plus en plus discrets, les plus doux du monde : « Clean your honours shoes? » Failes cirer vos souliers, mes seigneurs! disait . d’une voix contenue l’humble décrotteur des rues, le skoesblack. Ah! comme on était loin de l'animation bruyante de la rue, alors que la nourriture étant simple, et les petits bourgeois ne faisant presque pas de cuisine chez eux à cause de la cherté du combustible, on entendait de toutes parts : « ot meat ! » Viande chaude! « Ribs of beef both fat and fine ! »Côtelettes de bœuf grasses et bien apprêtées ! « Hot sheep's feet! » Pieds de moulon chauds! et la Limande à l'ailie, des jours maigres; le barley-broth! le brouet d'orge; les hot peascods ! les pois en cosse tout bouillants. |

Que devait-ce être quand à ce tapage journalier, habituel, venait se joindre celui de la veille

des grands jours de fête où, à Londres comme à Paris, on était dans l’usage de joncher de verdure fraîche les planchers des appartements, ainsi que les églises et les chemins des processions ? Ce n’était plus dans ce cas le Fouarre! Fouarre! isolé, de ceux qui vous montaient une botte de paille pour vous aider à calfeutrer les murailles d’une maison mal construite, les parquets de sapin disjoints; car les Jonchures de jugliaux se criaient partout en même temps : c’était comme un chœur que le cri : « Rushes green for the floor ! » les jones verts pour les planchers ; dont on « pavillait » aussi les murs, selon l'expression normande, en empruntant en même temps des parfums à la « rosemary and lavander », la marchande de romarin et de lavande, qui n’eût eu garde de rester muette dans l'immense hourvari que dominaient, en quelque sorte, les cris « fendant l’âme et déchirant le cœur » dit Howard, qui descendaient des hautes fenêtres grillées des prisons eb des hospices, où ceux que leur famille ne pouvait sustenter mourant de faim, ne se soutenaient que par l’aumône. Pour implorer le passant, les prisonniers faisaient descendre dans la rue, à sa portée, de petits sacs pour qu’il y déposât des vivres : « Some broken bread and meat for the poor prisoners ! » Quelques miettes de pain et de viande pour les pauvres prisonniers ! « For the Lord's sake pily the poor ! » Ayez pitié des pauvres pour l'amour de Dieu ! Et quand le cri lugubre : « Pour Dieu, du pain aux sachettes ! » restait sans écho, le cri circulait par la ville; un des prisonniers, chargé de chaînes, et sous la garde d’un geolier, parcourait les rues et les marchés en criant l’humble requête : « Aux pauvres ès prisons enserrés, pain ! » Le concert d'harmonie formé par les cris de Londres avait, on le voit, des parties fort distinctes.

En rapprochant ici des costumes populaires dont quelques-uns (nos cinq premiers numéros) sont distants de plus d’un siècle de tous les autres, nous avons voulu faire ressortir ce que, sous les transformations mêmes du costume, il peut y avoit d’immuable dans certains usages nationaux. Le chapeau couvre ici toutes les têtes, celles des hommes et celles des femmes, et quels que soient l’âge et la condition parmi ces gens des classes basses, comme on l’a vu de la coquette marchande d’orange du seizième siècle, coiffée d’un chapeau de paille rond eb à larges bords, de même et à tous les étages, qu’il s'agisse de la marchande d’almanachs ou de celle de pudding du dix-huitième siècle, de la marchande de poisson ou de lu laitière du dix-neuvième siècle, de la pêcheuse de crevettes ou de la lavandière, de la fille aux allumettes, de la tireuse de cartes et même dela Gipsy, dans ce pays où le soleil a cependant péu de force, toutes les têtes féminines sont sous le chapeau par-dessus le bonnet, au moins sous quelque capote:

Ce que l’on peut encore constater en examinant ces Anglais peints par eux-mêmes, c’esb que le chapeau droit, à haute forme, où plus ou moins tronqué bas, qui tout autre part est surtout à l’usage des hommes, était porté en Angleterre par nombre de femmes du peuple ; enfin que le chapeau droit de haute forme est celui que le mendiant en cravate blanche tend au passant, et que c'était aussi celui que l’on retrouve sur la tête du drayman comme sur celle du décrotteur, sur la tête du facteur ainsi que sur le chef de l’apprenti chaudronnier:

Si de 1820 nous passons à aujourd’hui, il n’y a d’autres variantes que celles qui dépendent du grand filon des modes successives, mais le fond lui-même n’a pas varié. À Londres, où tous les matins les servantes lavent les quelques marches de pierre qu'il faut monter pour accéder à la porte de la maison, dont le sol est légèrement en contrehaut de la rue, afin de procurer de la lumière aux cuisines en sous- sol, la domestique, pourvue d’un seau, qui promène l'éponge sur les marches inondées qu’elle lave en s’y tenant agenouillée, compromet ainsi gravement la propreté de ses jupes; mais elle a toujours et invariablement son chapeau sur la tête.

Les documents proviennent :

N° 1,2, 3, 4 et 5, du recueil de Laroow et Boitard « The cries of London », les cris de

Londres, que les bibliographes font remonter à l’année 1714. N° 6, 8, 10, 14, 21, 22, 28, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 80, 81 et 32, du recueil publié en 1814 à

Londres par John Murray « Picturesque representations of the dress and manners of the English; 4

Représentations pittoresques des mœurs el coutumes des Anglais, où chaque figure est accompagnée d’une page explicative.

N° 7,9, 11, 12, 18, 15,16 17, 18 et 20, du « Costume of the lower orders of London », Costu-

mes des basses classes de Londres, peints et gravés par T. L. Busby. Chaque figure est aussi M

accompagnée d’un texte, et pour la plupartelles sont datées de 1820. N° 19. Dessin original,

Voir en outre, pour le texte : T'ableau actuel des costumes, mœurs eb usages de la nation an-M olaise, Paris, an XI (1802). — La Revue britannique, 1841. — L’Angleterre, costumes, # mœurs eb usages, par J. B. B. Eyriès, in-16, sans date. — Le Dictionnaire du mobilier français de Viollet-le-Duc, à l’article Blu.

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