‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 96 sur 173 · RUE VE ANS · texte numérisé non relu

RUE VE ANS

RUTHENJAN

LM: L 1] Emp. Firmin Didot et C Paris.

OOREREn RES

rixes, qui toutefois sont moins meurtrières qu’on pourrait le supposer, les Hutsules étant très adroits au maniement de cette arme, et sachant frapper du plat de la hachette de manière à ne jamais blesser gravement leur adversaire.

Lorsque le Hutsule va à la noce, surtout quand il y va à cheval, il met un manteau blanc sans manches attaché sur la poitrine avec des boucles en laiton.

Le costume de tous les jours diffère de celui de fête par l'emploi de la houppelande en drap noir au lieu de drap rouge. Le pantalon des jours ouvrables est en drap noir ou en laine blanche de poil de chèvre.

Chez les vieux Hutsules, hommes et femmes fumaient la pipe avec la même passion. C’est aujourd’hui la cigarette qui la remplace. Les femmes Hutsules ont aussi leur costume pour les fêtes, une houppelande ponceau, une camisole en peau de mouton et sans manches, plus richement brodée en couleurs voyantes que celles des hommes. Celles qui sont riches portent, au lieu de la camisole ouverte, la houppelande doublée de peau de mouton (voir n° 7). Si cette houppelande est en étoffe noire, on la borde de mouton blanc, si elle est ponceau, la bordure esb en mouton noir.

Les femmes ne se servent de jupons que dans les grandes occasions, et les portent toujours bleus. Pour les jours ordinaires elles mettent en place de jupons, deux bandes d’étoffe, ou une seule fort longue, attachées à la taille et descendant jusqu’au-dessus de la cheville (voir n° 1), de manière à n’en être pas gênées pour monter à cheval. Cette sorte de jupon tendu, fabriqué à la maison, est fait de laine de mouton; il est de couleur brune ou noire avec une large bordure rouge. Par-dessus ce vêtement on met parfois un tablier rouge, bordé de filets de faux or en bandes d’un doigt de largeur. Le jupon et le tablier, ordinairement très jolis, coûtent très cher.

Les femmes hutsules portent des chemises blanches peu longues et dont les manches sont richement brodées en fils de couleurs. Dans ces broderies, les fils de laine ou de coton sont surtout de couleur rouge, noire et verte, le bleu y est beaucoup moins fréquent.

Les broderies, que les femmes ruthènes confectionnent elles-mêmes sur des données toutes traditionnelles, sont d’un caractère et d’un goût qui ont été fort remarqués depuis quelques années, Leur facture les rattache à l’industrie des tapis manufacturés en Asie, en Perse particulièrement, et, selon la coutume des peuples orientaux qui n’emploient pas seulement les fleurs pour composer les motifs de décoration des tapis et des tentures, mais qui se servent aussi de combinaisons géométriques, offrant l'aspect de mosaïques de diverses couleurs, qui couvrent parfois la surface entière des tissus. Dans les broderies, dont nous avons formé la pl. G Z., si nécessaire pour compléter nos figures d’ensemble, on retrouve tout ce qui caractérise les ornements des tapis orientaux : des motifs composés de fleurs, dont on dessine seulement la silhouette, et dont la forme, disposée régulièrement, dépend du matériel employé. Parfois le décor consiste en arabesques fantastiques dont la source reste indécise, mais ce genre élastique se rencontre également dans les tapis de l'Orient. Cette analogie entre les produc-

tions ruthéniennes et le genre des dessins qui décoraient les tapis de Perse, du type primitif, exposés à Vienne en 1873, et que les Slaves de la Galicie, ceux qui ont formé le Musée industriel de Léopol où Lemberg, ont fait ressortir avec un juste sentiment de la valeur de leur goût national, rend bout à fait intéressants les spécimens que nous avons rassemblés en les recueillant dans l'Exposition autrichienne de 1878, à Paris.

La femme hutsule serre sa chémise à la taille avec une courroie ou une ceinture ponceau à boucles de laiton. Les filles portent au cou et sur la poitrine des perles en verre (rassade), des croix, ou bien des colliers avec des chaînettes auxquelles se trouvent attachées beaucoup de petites croix, et souvent des pièces de monnaie d'argent, des médailles d'argent, de cuivre jaune et même d’étain. Elles portent des boucles d'oreille et, les jours de fête, des bandeaux de cuivre jaune appliqués sur le front. Le collier consiste parfois en une bande étroite de ruban rouge en laine, sur laquelle sont disposés des dessins formés par des perles de verre de couleurs enfilées sur du crin de cheval. Le bandeau en cuivre attaché sur le front est également appliqué sur un ruban de laine avec de la laine rouge effilochée,

Les bagues constituent un important et indispensable ornement. Les filles tressent leurs cheveux en nattes ornées, les jours de fête, de petits boutons de cuivre jaune ou de petites coquilles blanches. La manière de se coiffer est très variée. La Hutsule fait d’ordin tresses contournant la tête et retombant derrière en grosse natte, En carême, el

aire deux

le n’y met point d’ornements. Les jours de semaine, elle y ajoute des boutons, une laine un peu foncée, déjà

portée ; aux fêtes, la quantité des ornements augmente, selon qu'il s’agit du jour de Pâques, d’une cérémonie nuptiale. En deuil, la Hutsule porte les cheveux épars, noués seulement der- ) rière la tête, Enfin, en hiver, la coiffure est plus modeste qu'en été; un mouchoir enveloppe la tête.

Pour sortir, pour aller à l’église, les femmes mariées mettent sur leur tête une sorte de châle en toile blanche, ouvrage de leur main: les bouts de ce châle qui retornbent sur le dos sont brodés de dessins très variés et de couleurs voyantes, dont on vient de voir les caractères par nos spécimens ; ce châle complète l’harmonieux effet du costume entier.

La femme hutsule n'a pas en main la hachette, mais une sorte de canne garnie en haut de cuivre jaune. Les femmes pauvres n’ont qu’un simple bâton.

La botte montante, en chevreau de couleur rouge, est la chaussure des jours de fête; à l'ordinaire, ce sont des sandales et toujours des bas rouges ou de couleur voyante. « Les Houzoules, dit M. E. Reclus (nous avons conservé le nom hulsule, parce que c’est celui que

nous trouvons employé par les Polonais de Lemberg), sont les plus forts, les plus gais et les plus heureux des Ruthènes. »

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