‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 102 sur 130 · PP · texte numérisé non relu

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n’a ni redingote ni tablier; sa chevelure est contenue au-dessus de l'oreille par une très petitecoiffe sans fond, et se termine par deux nattes tombantes comme cela a été dit; le toquet posé droit sur le sommet de la tête est discrètement emplumé. Le corsage de la robe est coupé à l’italienne, en carré favorisant le dégagement de l'épaule ; ce que ce corsage fermé ne recouvre pas est garni par le corps de la fraise, montant jusque sous le menton. Cette demoiselle a une chaîne d’or au cou. Il est difficile d'affirmer que l’absence du tablier soit intentionnelle, S'il en était ainsi, si c’est exprès que cette demoiselle en compagnie de trois femmes mariées qui portent toutes le tablier, n’en a pourtant pas, ce ne serait que la conséquence d’un usage local, car en vingt autres endroits, éloignés ou proches, cette différence n'existe pas.

Le costume ordinaire de la femme de Francfort offre un type qui la rapproche, à certains égards, de ce que l’on voit encore aujourd’hui dans les villages où les paysannes se font une parure de la blancheur de leurs manches. Le petit collet fourré, en forme de courte pèlerine, qui obvie à l’insuffisance de la toile habillant seule le haut du corps, est la seule pièce de ce vêtement, nécessité par le climat, dont il soit utile de parler. Vecellio dépeint le bonnet ou voile de soie en pointe sur le front, qui est la coiffure de cette femme, et ajoute que les dames de Francfort hors de leur maison portent sur, ce bonnet un manteau de soie pendant jusqu’à terre, comme un grand voile ne laissant passer que l'avant de la coiffure, dont on pouvait s’envelopper entièrement, et ne laissant guère que le visage à l'air. « C’est dit-il, dans ce costume qu’elles vont à leurs affaires. » Le noir était alors, fort en usage Allemagne, selon le maître italien.

Nos quatre costumes de Nuremberg appartiennent à la noblesse et sont tous des toilettes de grande parure. La jeune fille, n° 6, a la chevelure libre des vierges du moyen âge, et le cercle d’or des demoiselles, dont on faisait des couronnes basses, orfévrées avec beaucoup de soin, et dont le travail délicat était rehaussé de pierres précieuses ; c’étaient des joailleries de grande valeur, « Le vêtement, dit Vecellio, en soie et de couleurs variées, long jusqu’à terre, a le buste rayé de velours et les manches larges. Par devant elles remontent ce vêtement sous le bras gauche pour faire voir la robe, de brocatelle où de damas brodé d’or. » On voit ici les différences de la mode; la robe en surcotte, ce que Vecellio appelle le vêtement, est d’étoffe unie et non plus en couleurs variées ; la manche de ce vêtement n’est plus une manche étoffée, ouverte et flottante, mais une manche ajustée, fermée au poignet; à la base de son col nu, cette demoiselle a un coilier en carcan d’où pend un large médaillon, et, passant sur la chemise brodée, coupée à l'italienne en suivant les lignes du corsage et de l'épaule, on voit la fine chaîne d’or à triple rang.

La dame n° 7, est la femme mariée, en toilette. Voici ce que Vecellio en dit. « Les épousées de Nuremberg étalent un plus grand luxe que les autres de l'Allemagne. Un bonnet à lame d’or d’un riche travail, haut et orné d’une pierre précieuse, couvre les cheveux, à l'exception de quelques mèches qui tombent gracieusement sur les tempes. Le vêtement

de soie de couleur hyacinthe ou purpurine, est fort étroit au corsage, d’où pendent de jolies manches étroites doublées de fourrure blanche; les demi-manches de ce vêtement, qui couvrent la moitié des bras, ont également une forme élégante. Les robes, de brocart d’or ou de soie, sont à grands dessins. Elles portent de grosses chaînes d’or bien faites, et dont elles font pendre un bout sur le vêtement. Des colliers de grosses perles, à plusieurs tours, entourent le cou ; le corsage, qui laisse la poitrine découverte, se fait remarquer par des ornements tout autour. On voit ici ce qui manque à cette description. Le bonnet d’or est une double couronne Jjuxtaposée sur un bandeau en diadème cachant les cheveux sur le front, et sur les cheveux nattés, relevés en boucle de chaque côté en cachant entièrement l’oreille. Le collier en carcan d’où pend un large médaillon est de joaillerie enchâssant des pierres fines, le grand collier est de chaînons d’or; les perles sont sur les passements en bordure et sur ceux du milieu du corsage ; enfin, ce qui pend sur le vêtement, c’est une joaillerie agrafée à la ceinture, dans le genre des pâtenôtres, mise sur le côté.

Le n° 8 offre l’exemple de la toilette d’une femme de même condition que celle qu’on vient de voir, toilette spécifiée comme étant le costume des épousées nobles ou d’une condition élevée de Nuremberg, lorsqu'elles se rendent à l’église pour la consécration de leur mariage. Nous n’en relèverons que ce qu'il offre de particulier. Le vêtement est de satin violet, dit Vecellio; comme indice de leur rang, elles portent un tablier des plus belles fourrures qu’elles puissent trouver. Ajoutons-y le petit manchon de fourrure, à propos duquel Vecellio se méprend visiblement en croyant que ce sont là deux bouts de manches rapprochés ; et voyons ce que peut être le vêtement blanc à larges manches enroulées qui ne couvre que le corsage. Les autres dames de Nuremberg ont les épaules dégagées, tombantes. Les grosses manches de fine étoffe, de simple linon peut-être, ne sont point gonflées en gigot : leur volume provient d’un contenu irrégulier, capricieux, et leurs plis font voir que ce contenu est en enroulement, sans que nous sachions pour quelle cause ni par quelle règle de cérémonial, mais il paraît évident que ce sont les grands ailerons de fourrure pendants que l’on voit au n° 7, qui sont ici ramassés sous ce vêtement de circonstance ; cette mariée porte la fraise tuyautée sur le cou, décorée du carcan à médaillon et de la chaîne d’or à triple rang. Il n’y a donc aucun décolleté, contrairement à la donnée de Vecellio qui n’a pas connu non plus le vêtement supérieur du costume de cette dame.

Le n° 10, la noble matrone de Nuremberg en toilette, n’a pas besoin de description spéciale; Vecellio dit que ces dames portent sur le bras droit une fourrure très longue qui tombe sur le devant, afin de témoigner de leur rang. Cette fourrure se trouve ici.

Figures tirées des Habits de diverses nations d'Abraham de Brüyn, gravés par Michel Colyn ou Joos de Bosscher ; Anvers, 1610.

EUROPE. — XVI SIÈCLE

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