NOBLES ET BOURGEOIS
Le titre d’empereur, supprimé en Occident depuis l’an 476, ne fut rétabli qu’en 800 au bénéfice de Charlemagne. Il le reçut, non par élection, mais du pape Léon IIT, jaloux avant tout d'assurer sa suprématie spirituelle avec l'appui d’un prince puissant et dévoué au saintsiège, En couronnant Charlemagne et ses successeurs, les papes se réservèrent le droit d’accorder ou de refuser cette suprême investiture ; aussi, durant le moyen âge, et au milieu des luttes ardentes qui mirent aux prises le sacerdoce et l'empire, le roi des Romains n’était-il réellement reconnu pour empereur qu'après avoir été sacré par le souverain ponbife. Frédéric TIT fut le dernier empereur couronné à Rome, en 1452.
Cependant, il y avait un siècle que Charles IV avait promulgué la fameuse ordonnance (10 janvier 1356) qui réglait l’élection impériale, et dans laquelle aucune mention n’était faite du prétendu droit des papes de confirmer l’empereur élu par les princes d'Allemagne. Cette bulle, qualifiée de bulle d’or parce qu'elle était scellée du grand sceau de l'empire et renfermée dans une boîte d’or, fut la première institution -qui donnât une base certaine au droit public. Outre quelques objets d'intérêt général, elle s’occupa en détail de l'élection de l’empereur ou roi des Romains. L'empire était devenu électif en 911 avec Conrad I”, après le démembrement de la monarchie carolingienne. Il y eut septéleeteurs, trois ecclésiastiques, les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trèves, et quatre laïques, le roi de Bohême, le comte palatin du Rhin, le duc de Saxe et le margrave de Brandebourg. Dans la suite, on en compta neuf, puis huit. Les premiers exerçaient la charge d’archichancelier. pour les royaumes de Germanie, d'Italie et d’Arles; les seconds tenaient les grands offices d’échanson, de sénéchal, de maréchal et de chambellan. À la date indiquée, les électeurs se réunissaient à Francfort, dans l’église de Saint-Barthélemy pour donner « un chef temporel au peuple chrétien ». Ils ne devaient pas délibérer plus de trente jours, terme au delà duquel on les privait de toute nourriture jus-
qu’à ce qu'ils fussent tombés d'accord. L’élu n’était que roi des Romains, et il avait besoin de la consécration religieuse pour obtenir le titre d’empereur. Lors du couronnement célébré
à Cologne, les symboles du pouvoir suprême étaient remis au nouveau roi par chacun des
électeurs ; ensuite on le proclamait : César, Majesté très sacrée, toujours auguste, empereur du
saint empire romain de la nation germanique.
L'empereur et le roi des Romains.
C’était, comme nous l’avons dit, la consécration du souverain pontife qui faisait l’empereur; de lui seul il pouvait recevoir l'investiture temporelle. Le chef élu, mais non couronné par le pape, était qualifié de roi des Romains. Si, du vivant d'un empereur, les électeurs lui nommaiïent un successeur éventuel, celui-ci ne prenait pas d'autre titre jusqu'à son avènement: Ainsi en advint-il, par exemple, du prince Maximilien vers la fin de la vie de Ferdinand I°", son père.
Ce qui frappe dans le costume impérial, c’est sa grande ressemblance avec les habits pontificaux. La raison en est dans la subordination de l’empire, ou plutôt du saint empire — pour le distinguer de l’ancien État romain, à la suprématie religieuse du pape. Dés le dixième siècle, il fut d’usage que le nouvelélu devint clerc avant d’être sacré. Au début des cérémonies du couronnement, il était conduit, vêtu simplement d’une aube, au souverain pontife, qui lui octroyait le droit de porter le costume épiscopal. Alors on l’habillait d’ornements à peu près sacerdotaux, tels que la tunique, la dalmatique, le pluvial, la mitre etles sandales. On conservait dans letrésor de Nuremberg l’aube et la dalmatique, qui dataïient de 1181 et a 1133, la première de soie blanche, la seconde de soie rouge avec broderies en perles et en or. Ce fut Francois IT qui, en 1792, les revêtit pour la dernière fois. L’empereur tenait de la main gauche un globe surmonté d’une croix, emblème de suprématie universelle sous le signe chrétien, et de la droite un sceptre long et fleuronné en or, emblème du commandement et de la justice. Le collier de la Toison d'Or, quiretombe sous la large agrafe de pierres précieuses, n’est point un insigne propre à la dignité impériale : un ordre de chevalerie datant du quinzième siècle, ainsi que la fraise godronnée du seizième, ne sont, dans le costume impérial du couronnement, que des adjonctions qui portent leur âge en elles-mêmes, et que l’on modifie, selon le temps. Chez le roi des Romains, d'un caractère moins sacerdotal, le costume d’apparat diffère encore par un moindre degré de
richesse, par la forme du sceptre et de la couronne et par l’absence du globe.
La couronne impériale a beaucoup plus varié que l'habillement. Dans l’origine, elle consistait en un diadème, ceint d'un double rang de perles, à l’exemple des empereurs d'Orient. Charles le Chauve y ajouta, peut-être à cause de sa calvitie, une coiffe couronnée d’une croix. À ce que rapporte l’abbé Suger, Lothaire adopta la mitre, que surmontait un demicercle d’or en guise de casque. Dans la suite, la couronne fut composée tantôt de pointes avec des perles, tantôt de feuilles de trèfle. Conrad II, en 1189, en avait une fort curieuse : c'était une espèce de tiare basse, flanquée de deux fleurons au droit des oreiïlles. Rodolphe IT, qui fut à la fois un savant et un artiste, inaugura probablement pour son sacre (1576) la couronne figurée sur notre planche, et qui a été depuis lors portée sans changement par les empereurs d’Allemagne, puis par ceux d'Autriche, qui se considéraient en quelque sorte comme leurs héritiers. Elle se compose d’un bonnet formé d’un cercle à quatre feuilles d’entre lesquelles sortent des pointes à bouts de perles, et de trois arcs, dont celui du milieu soutient le globe; du bonnet descendent deux fanons ou rubans. Pour le roi des Romains, la couronne est couverte et fermée par le haut d’une voûtière à huit arcs simples, relevés en diadème.
Nobles et bourgeois.
Les costumes des élégants de l'Allemagne représen-
tés par Bruyn sont d’une précision propre aux gravures de mode; sous ce rapport, ils complètent les robustes croquis d’un ordre supérieur, fournis par Jost Amman, et qui sont des documents à peu près contemporains, (Voir les planches ayant pour signes, la Crécelle et le Nid).
En regard des bourgeois qui, en fait d’habillement, restaient généralement fidèles aux vêtements aisés, larges, non compliqués, aux étoffes solides et peu voyantes, les courtisans, au courant des choses françaises et aussi sous l'influence du goût espagnol,
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affectaient de suivre des modes exotiques. La coupe de leurs habits, et les nuances claires et disparates adoptées pour ces vêtements les rapprochent tout à fait de ce que l’on voyait en France à l’époque de Charles IX ; seulement, sous le reflet très direct des choses du voisinage, on rencontre certaines exagérations que l'on doit signaler, d'autant plus que le mode de la pièce d’habillement dont il est nécessaire de parler ici fut, au moins par l'adoption, de caractère surtout allemand.
Les gentilshommes, vers le milieu du quinzième siècle, avaient porté des pourpoints courts et des braies si justes, qu’il fallut garnir ces braies étroites de braguettes attachées par deux boutons ou deux aiguillettes à la hauteur des aïnes. Cette braguette, garnie en dedans, ne formait qu’une saillie peu prononcée d’abord ; c’est de ce temps que date le haut-de-chausses proprement dit, commençant par être un caleçon très court, collant, et garni d’une braguette. Dès le commencement du seizième siècle, et avec le déve-
loppement du haut-de-chausses, la saillie de la bra-
guette devient tout à fait ridicule. Cette exagération coincidant avec les taillades des vêtements, lesquelles sont tenues pour être de goût allemand, et nombre de représentations des Allemands de ce temps les montrant pourvus de la braguette à forte saillie, il est bien permis de voir dans les toilettes de nos n°5 3, 4 et 5, des modes composites où tout à la fois se rencontrent le genre français et l’espagnol, auquel! s'ajoute, en lui donnant sa tournure particulière, le goût alleniand. Les larges bouffettes de rubans formant la parure de la braguette laissèrent un souvenir dans le siècle suivant, où la petite-oie de rubans des canons rappelait encore la braguette supprimée,
N° 1.— Docteur de Cologne. — 11 a un surtout maintenu lâche par une ceinture de cuir et boutonné droit ; des bas d’estame longs, sans aucun agrément, et se rattachant au haut-de-chausses par des aiguillettes, à l’ancienne mode; un chapeau de feutre aplati des bords, de ceux qui s’appelleront plus tard & la huguenote : le tout uniforme de couleur comme il sied à un parent afligé d’un deuil de famille, et enveloppé d'un grand manteau de drap, sans collet. Du capuchon ajusté au manteau, et dont la coiffe pouvait se rabattre sur le visage, il n’est resté, à ce qu’il semble, que le singulier ajustement en forme de cercle venant se fermer par devant, et qui, pour être ainsi tenu raide, devait être de drap doublé d’une toile
d’apprêt. Nous n’en avons pas rencontré d'autre exemple.
N°2, — Bourgeois, — (Civis honestus, dit Bruyn). Ce-
lui-ci sénateur ou financier, appartient à cette classe riche et influente, à qui l’on accordait volontiers la dénomination courtoise d'hommes de qualité ou de gens honorables. Son pourpoint juste et serré aux bras, sa pelisse fourrée, ses grègues retombantes, ses longs bas de soie, et surtout l’uniformité des couleurs de tout l’habit, le désignent dès l’abord comme un personnage élégant et de distinction. Sa coiffure en forme de casquette manque de la houpette de plumes, ornement obligé chez les seigneurs ;ilne porte ni bouffettes &e rubans, ni bijoux, ni épée : autant de raisons de le ranger parmi la bourgeoisie, Un détail bizarre de son costume, c’est la coupe de ses manches, ou plutôt de sa manche droite, puisqu'on n’aperçoit que celle-là : le haut en est rembourré, à gigot comme on disait, et le bas, traversé de galons et de largeur ordinaire, se rattache au haut par derrière au moyen de boutons ou d’aiguillettes, de manière à le laisser flottant ou à y passer l’avant-bras. Cette mode, qui remontait au quinzième siècle, n'avait plus cours en France sous Louis XIT,
N° 3 et 5, — L'homme, de cour aulicus, et le client &e grande maison, Jamulus. — Un petit manteau de velours ou de damas doublé de satin, à collet rabattu, est négligemment jeté sur l'épaule droite du n° 8. Le pourpoint violet très clair, sobrement passementé et fermé d’un seul rangde boutons, est serré sur le buste depuis la fraise godronnée jusqu’à la taille, avec une poche ou le dessin d’une poche sur le côté, figurée par une applique de fines tresses; à cette époque, les po-
- ches venaient d’être remises en honneur en place des escarcelles. La manche qui est en vue, relevée d’une sorte de bourrelet dentelé à l'épaule, va en diminuant, sans être enflée, jusqu’au poignet d’où sort une manchette de dentelle, Une trousse de soie jaune citron s’arrondit en ballon autour des reins. Lehaut-de-chausses, de même étoffe et de même couleur, a la forme d’une culotte bouffante, par-dessus laquelle sont disposées en hauteur des bandes de velours vert,;rayées de lacets noirs. Ce vêtement s'arrête à mi-cuisse; l’usage était de le bourrer de crin pour l’enfler davantage. Les bas ou chausses proprement dites sont courts, en ce sens qu’ils ne se rattachent point à l’habit de dessus; on le fixait sous le genou par des jarretières, et afin de dissimuler la solution de continuité qui aurait pu se produire entre les deux vêtements, on nouait au-
dessus du genou des nœuds bouffants de nuance tendre, garnis de ganses et d’effilés. Notre courtisan est un raffiné, ainsi que le prouvent son chapeau de velours noir flanqué d’un petit marabout et d’une torsade de perles, sa lourde chaîne d’or à médaillon, et ses escarpins de satin blanc, tout tailladés,
Dans l’ensemble du costume, on retrouve un mode semblable chez le gentilhomme attaché à la maison de quelque prince ou grand seigneur (n° 5). Il y a moins de recherche pourtant et de luxe, et certains détails sont à noter, Ainsi, son chapeau à larges bords, du genre de ceux qu’on nommait sombreros, n’a autour de la forme qu'une ganse ordinaire; il porte aussi le médaillon, mais au bout d’un simple ruban; sa chaussure, également plate, est en cuir, avec des échancrures sur le côté et une pièce qui remonte sur le cou-de-pied ; enfin à son pourpoint, agrémenté de croix en passement, s'adaptent des manches énormes, dont la bouffissure était soutenue par de la bourre
ou du crin, mode peu gracieuse qui passa très vite,
N° 4. — Plebeii in Germania adolescentis vestitus popularis: —Il est difficile d'admettre au sens littéral cette légende placée au-dessous du n° 4 dans le recueil de Bruyn. Certes ce n’est pas là un jeune homme, un ar- . tisan ou un vilain. A peu de chose près, la figure reproduit celle de ses voisins, et puis il porte l’épée. Nous sommes plus enclin à y voir un de ces bourgeois, appartenant à l’une des nombreuses villes libres de l’empire; le commeïce, l’industrie, la finance étaient entre leurs mains, d'anciennes prérogatives les mettaient à l'abri des rigueurs de toute loi somptuaire, et il leur était permis, grâce à des commodités de toutes sortes, de suivre à leur gré les fastueuses variations de la mode. Le pourpoint de cette figure est fort simple, eb son manteau est remarquable par l’échancrure pratiquée au pan de devant, de façon à permettre au bras de se mouvoir librement,
Reproductions d'après Abraham Bruyn, Imperii ac sacerdotii ornatus. Diversarum item gentium peculiaris vestibus ; Cologne, 1578, in-fol. — Exemplaire colorié.
Voir, pour le texte : Hermann-Weiss, Costümkunde; — Violet le Duc, Dictionnaire du mobilier, & l’article Braïes.
EUROPE. — XVI SIÈCLE
FUNÉRAILLES D'UN PRINCE CHEVALIER CATHOLIQUE. LE CONVOI. — LES MANTEAUX DE DEUIL.
Nous avons pu reproduire, sur une échelle fort réduite, l’ensemble du convoi d’un prince protestant (planche, signe : l4 Hallebarde); l'exemple est complet, et convient, en partie, aux funérailles catholiques pour ce qui concerne les obsèques des seigneurs chevaliers, exerçant quelque souveraineté; mais il nous est impossible de donner un tableau aussi complet des obsèques catholiques d’un prince de rang social analogue. L'importance du clergé de tout ordre, qui venait y concourir, rend la représentation d’un ensemble impraticable dans les limites de notre cadre. Nous nous sommes appliqués ici, à obvier à cet inconvénient, en décrivant les costumes et les usages du deuil d’après diverses traditions, et en relatant dans notre texte l’énumération complète du personnel de l’une de ces grandes cérémonies.
Généralités.
Le nom funus, funérailles, vient de l’usage établi primitivement, à Rome, d’enterrer les morts pendant la nuit, à la lumière des torches ; mais les funérailles publiques et solennelles y étaient célébrées pendant le jour. Les personnes opulentes étaient portées à leur dernière demeure avec faste, accompagnées d’un long cortège de parents, d'amis, de clients, rangés avec ordre. D'abord, une. bande de musiciens jouant de la longue flûte, puis les pleureuses chantant des complaintes. Après le victimaire, venaient, portées au bout de piques, les images en buste des ancêtres, les marques de la dignité du mort, les récompenses publiques obtenues par lui, coronæ, phaleræ, torques et enfin le mort lui-même, en effigie de cire ou sous la forme vivante d’un figurant, représentant sa personne et imitant ses allures. La bière suivait; c'était soit un char, soit un petit lit porté à bras par six ou huit hommes. On voyait alors s’avancer la longue file d'esclaves et de serviteurs menant les animaux de sacrifice; à leur tête étaient les fils ou héritiers, en longs manteaux traînants, noirs ou d’un gris fort obscur,
le visage voilé. La voiture vide du défunt fermait la marche. Si celui-ci avait exercé un commandement militaire, il y avait des légionnaires en corps dans le convoi, portant leurs armes renversées. La marche funèbre était éclairée de flambeaux et de cierges, suivant un usage également en vigueur chez les Grecs qui observaient, mais avec moins de gravité, un cérémonial analogue. Plus le convoi était nombreux, plus on était honoré; on faisait mention sur les tombeaux, de la grande affluence du peuple qui avait assisté aux funérailles ; pour aëtirer le public, on prenait le soin, en l’invitant par proclamation à concourir à la pompe funèbre, de lui faire savoir qu'il y aurait quelque spectacle, comme des combats de gladiateurs. La cérémonie était en outre suivie d’un repas.
Si la lumière des funérailles est empruntée aux anciens, le génie chrétien l’a transformée, et comme ravivée, en l’assimilant aux cierges et flambeaux avec lesquels les Grecs accompagnaient l’athlète victorieux (saint Chrysostome ); mais, si la résignation qu'enseignait le nouveau culte fit cesser certaines des manifestations que l’on avait vues se produire quand la douleur était violente, comme l’insulte aux dieux, les pierres lancées contre les temples, le renversement des autels, les dieux Lares jetés dans la rue, l’habitude de l’ostentation fit conserver longtemps l’usage de chercher à grossir les convois funèbres, en adjoignant au faste direct de l’étalage des marques de la dignité, de l’apparentage, de l'effigie, l’intérêt d’un spectacle de parade, n’ayant rien de funéraire, tenant lieu du spectacle en action, dont les anciens avaient fait un appât pour la curiosité,
Dans un ouvrage pittoresque, il est utile de savoir que de telles pratiques furent.en usage
jusqu’à notre XVII® siècle, et, dans certains pays, jusqu’à nos jours, non sous la forme directe de traditions attardées, comme celle, par exemple, des antiques pleureuses, tête nue, échevelées, sanglotant en chantant l’hymne funèbre, que l’on retrouve encore actuellement en Italie, à Canalo et à Agnara, dans le diocèse de Gérace, mais sous des formes particulières, propres au génie d’une époque, dont il est nécessaire, après en avoir reconnu l’origine,
de signaler le caractère.
Nous croyons atteindre suffisamment ce but, en relatant ici la composition d’un grand convoi, tel que celui de la pompe funèbre du prince Albert d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, etc., ordonnée à Bruxelles, en 1622, par sa veuve l’infante Claire-Eugénie, petite-fille de Charles-Quint. Cette énumération tirée de la Pompe funèbre du très pieuæ.et très puissant prince Albert d'Autriche, dessinée par Jacques Francquart et gravée par Corneille Galle, 1623, complète d’ailleurs la liste du convoi des funérailles d’un prince chevalier protestant ; elle est plus considérable et d’un caractère plus général. Le convoi étant à proprement parler le transport du corps de la maison au lieu de sépulture, nous ne nous occuperons
que de ce qui le concerne.
« L'ordre étant donné pour sortir, d’un pas tard, com- « traînant leurs armes et enseignes noires, avec fifres et « mençèrent à marcher deux officiers de la cour, mon- « tambours, couverts de deuil et de blasons de Son « trant le chemin du deuil, suivi des serments (asser- « ‘Altesse. » « mentés) de la ville, et de ceux du Grand Serment, Vient ensuite un maître des cérémonies de Sainte-
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Imp. Firmin Didot et C Paris
S° Edme Gautier del.
Gudule, conduisant quatre cents pauvres, vêtus de drap noir de la part de Leurs Altesses, avec des chaperons de deuil, ayant en main un cierge jaune allumé portant deux blasons. Quarante minimes, cinquante-cinq capucins, cinquante-six franciscains, dits Bogaerden, cent trente augustins, cent six dominicains, cent seize carmes, quatre-vingt-huit cordeliers, deux par deux, cierge allumé, forment ensemble la tête du convoi, qui se déroule ensuite dans l’ordre suivant :
1° Le doyen, chapitre et clergé de l'église collégiale de Sainte-Gudule : bedeau ou massier, porte-croix, deux porte-cierges, douze choraux et bons enfants (enfants de chœur), douze chantres, dix petits chanoines, quatrevingts chapelains. — 2° Chanoines réguliers de l’église Saint-Jacques : chanoïnes, le pleban et escolatre, protonotaire apostolique, vicaire général, doyen, chapelain de l'oratoire de la Sérénissime Infante, chantres, etc. — 30 Musique de la chapelle de la cour : enfants de chœur, le Jourrier de la chapelle, quarante musiciens, chanteurs et joueurs d'instruments. — 40 C'hapelain de la chapelle de la cour; l'organiste, douze musiciens. — 5° Les chapelains de l'oratoire de leurs AA. S$S. — 6° Le chapelain de V’oratoire et maître de la chapelle de la cour : neuf docteurs et licenciés. — 7° Prédicateurs de leurs AA. SS. : un dominicain, un jésuite, un franciscain, confesseur de l’Infante, un de l’ordre de Saint-François de Paule. — 8° Les révérends pères de l’ordre des Prémontrés : douze abbés mitrés, deux chanoines. — 9° Les révérends pères de l’ordre de Citeaux : sept abbés mitrés, ayant chacun un abbé pour chapelain, précédés d’un maître des cérémonies. — 10° Les révérends prélats de l'ordre de Saint-Benoît : douze prélats et les chapelains. — 11° Les révérendissimes évêques : huit, avec chacun deux chapelains. — 12° Les illustrissimes et révérendissimes archevéques : quatre archevêques; celui de Cambraï ayant le cierge en main, accompagné de trois chapelains ; celui de Malines, les mains en prière, précédé du porteur de la croix processionnelle, suivi d’un page portant sa queue, et assisté de deux abbés mitrés; tous ces prélats et chanoïnes sont porteurs de cierges ; après eux, viennent deux officiers en manteau fermé, blasonné sur la poitrine aux armes impériales, porteurs chacun d’une sonnette. — 13° Valets d’offices : jardiniers, officiers de main de l’écurie, valets de cuisine, porteurs d’eau, valets de pied et escuderos à pié, du garde-manger, de l’état des pages et aides de la chambre, des aides de la
chambre, gentilshommes de la chambre, de l’état des dames, de la salceria, de la cereria, de la cave, de la paneterie, de la tapisserie, de la fourrière et retraite, de l’apothicairerie, des garde-joyaux de Leurs Altesses, des porteurs de cuisine. — 14° Aides d’offices : de la cuisine, pelletier, cordonnier, maîtres d'exercices des pages, brodeurs, tresseur de cordons, chaussetier, couturiers, peintres; un aide du maître de l'écurie des mulets, du dépensier, du garde-manger, de l’état des dames, de l’état de ceux de la chambre, du trésorier, portiers des dames, portiers de salette, aposentadores (intendants), aide du barbier, aides des garde-robes, etc., ete. — 15° Chefs d'offices : piqueurs, palefrenier, acheteur, maître de salle des dames, huissiers de viande, courrier, saucier, sommelier de la paneterie, sommelier de la cave, tapissier, apothicaire, chirurgien, barbier, médecins, le premier dépensier, le maître de l’écurie des mulets, et douze écrivains de la chambre (les secrétaires). — 16° Gentilshommes de la maison : gardes des dames, garde des joyaux, valets servants, aposentador mayor, greffier, trésorier, maître de chambre, le contrôleur de la maison, conseiller et commis des finances, écuyers, médecins des personnes de leurs AA. S$, — 170 Gentilshommes de la bouche. — 18° Atabales (timbales) et trompettes. — 190 Za cornette des couleurs. — 20° Héraut d'armes et deux poursuivants. — 219 Le guidon des couleurs, suivi du premier fourrier de l’écurie, donnant ordre, accompagné de deux soldats portant des hallebardes. — 220 Le heaume de joute. — 23° La targette, suivie d’un chevalier commandeur de l’ordre de Calatrava.— 24° Le cheval de joute, mené à la main par un écuyer, et suivi, comme tous les autres, par un palefrenier, — 25° J’étendard des couleurs. — 26° Les villes et provinces : trois hérauts d’armes : chaque ville, représentée par un cheval entièrement houssé, harnaché, sellé, empanaché, a ses couleurs particulières, mené par deux écuyers, suivi par le palefrenier et le drapeau de la cité : Groninge, Over- Yssel, Vuytrecht, Malines, Salins, Frise, marquisat du Saint-Empire; trois hérauts d'armes; Charolais, Zutphen, Namur, Zélande, Hollande, Haynau, Tyrol, Bouryogne, Comté, Artois, Flandres, Halsburg; trois hérauts d'armes; Wirthemberg, Geldria, Luxembourg, Limborch, Carniola, Carinthie, Sterie, Brabant, Bourgogne; un héraut d'armes; Autriche, suivie de l’aide du premier fourrier de l'écurie, donnant ordre, — 27° Le noble chariot de mémoire.
La description de ce décor, en forme de nef , roulant sur quatre roues, et construit exprès pour ces funérailles, selon l'usage du temps, est nécessaire ici, et dispensera d’ailleurs de tout commentaire.
Le chariot, dont l’armature de fer était d’un poids de huit cents livres, était fabriqué de bois d’orme, frêne et chêne, recouvert de bois de Dennemarche. Les ornements taillés en relief, dorés de fin or. C'était un char allégorique, traîné par six chevaux montés par des jeunes gens représentant, sous des costumes féminins, des qualités ou vertus,
et même des déités au goût du jour : Bonté, Noblesse, Amour de la vertu, Prudence, Raison, Providence, & les habits et manteaux troussés (le plus qu’il fut possible) à l'antique. » Les chevaux étaient couverts d’une surselle ou valdrappe de satin blanc, brodée à grands feuillages de drap d’or, remplie par en bas de flocs de soie rouge et or; les rênes et brides apparentées à la romaine. Empanachement blanc et rouge. La Bonté portait une robe de satin jaune, un manteau de satin bleu doublé de taffetas brodé d'étoiles d’or, passementée d’or; elle était couronnée de fleurs de safran, avec une étoile au milieu du front. La Noblesse avait une longue robe de satin blanc, passementée d'argent, avec une traînasse, un diadème à l'antique. La Prudence portait une robe d’armoisin vert, un manteau de satin pourpre, bordé d'argent. L'Amour de la vertu était vêtu de cuir peint en couleur de chair, ses aïles étaient en plumes blanches, La Raison avait une robe d’armoisin blanc, une ceinture bleue, un manteau de satin bleu, passementé d'argent. Enfin, la robe de la Providence était de damas incarnat, passementée d'argent, avec des manches faites à bouffes, le corps orné d’avenilles de belle façon ; son manteau de satin vert, passementé d’or, était brodé d’épis d’or et de fourmis les traînant. — Quant à la figure ässise sur le char, c'était une Gloire sculptée, articulée, de proportion colossale; elle trônait au haut de sept marches, et, debout, eût mesuré douze pieds. Les chairs étaient peintes; elle était habillée de blanc; son bras droit remuait en montrant les vingt-sept bannières, portées sur de longues hampes, qui s’épanouissaient en avant, autour de la nef. Enfin, cette figure animée avait sur la tête un aigle, fait de plumes, battant les ailes comme s’il volait. — A l'avant du navire, au milieu des étendards, étaient posés sur un autel les attributs de la souveraineté, les coùronnes de Hongrie et de Bohême, le sceptre, ete. Disons de suite que, pour assurer la circulation d’une pareille machine, il fallut assurer un chemin d’une largeur de dixhuit à vingt pieds, ce que l’on fit en plantant des pieux reliés par une rampe à hauteur d'appui, clôture gardée par des bourgeois, espacés de six en six pieds, portant alternativement ou la hallebarde ou la torche garnie de chaque côté du blason d'armes. Le chemin était jonché de païlle. Le chariot de mémoire, escorté de hallebardiers, le fer haut, était suivi à pied par le premier cocher et le garde des harnais de l'écurie, à la tête de six cochers et de six palefreniers. Voici la suite du cortège :
28° Le pennon des armes. — 29° Le guidon des armes, accompagné de hallebardiers. — 30° Ze cheval de bataille. — 319 L'étendard aux pleines armes. — 82° Le cheval d'honneur. — 33° La bannière. — 349 Le heaume de parure. — 350 L’écu aux pleines armes. — 36° L’estoc d'armes, tenu par la poignée, la pointe en l'air. — 370 Za cotte d'armes. — 88° Le cheval de deuil, précédé de trois hérauts d’armes, habillé de la housse de velours, longue, noire, avec les armes pleines et la croix d'argent à fleurs d'or, — 39° Le collier de l’ordre de la Toison, sur un coussin. — 409 Le sceptre. — 419 L’épée de souveraineté, la pointe en l'air. — 420 La couronne archiducale. — 430 L’épée du pape, longue et large, à deux mains, la pointe en l’air, couverte par le bonnet aux bords retroussés, en forme de tiare, avec une aigle brodée. — 449 Les maîtres d'hôtel de leurs AA. SS., la canne longue, unie, droite, à la main, portant à terre; le grand maître tenant la sienne suspendue, renversée. — 450 Les pages, la torche blasonnée, allumée, suivis du premier roi d'armes, conseiller, le bâton couronné en main, précédant le corps.
— 469 Le cercueil, sous un dais on baldaquin à huit montants : dix seigneurs de la chambre portent le cercueil ; quatre autres, les coins du poêle; huit seigneurs et magistrats soutiennent le dais; ce baldaquin était de drap d’or, à fleur frisée; les pentes de deux sortes : or frisé sur fond d'argent, drap d’or de fond rouge à fleur d’or; le poêle était de même : croix à fond rouge, le reste fond d'argent, fleur d’or frisé; le grand aumônier et le sommelier de courtine marchaïent aux côtés du corps, que le nonce apostolique et l’ambassadeur d’Espagne, marchant sur le même rang, suivaient immédiatement, escorte de hallebardiers, le fer haut. — 479 Les seigneurs de la Toison, même escorte, vêtus de lobes, qui, dit le texte, est un habit de deuil à l’espagnole (voir les n°57 eb 8). — 480 Ze conseil privé, précédé de deux huissiers, — 490 Les finances. — 50° La chancellerie de Brabant. — 519 La chambre des comptes. — 529 Le magistrat de la ville de Bruxelles; une trentaine de membres, dont huit pour seconder ceux qui portaient le baldaquin.
On donnait parfois au populaire le spectacle d’obsèques fictives; telles sont celles de Charles- Quint, mort au monastère de Saint-Just, en Espagne, faites à Bruxelles; probablement au bout de lan, en usage chez les chrétiens depuis la primitive Église. L’ordonnance de ces funérailles est du même genre que celle ci-dessus; quant à la pièce de great attraction, non seulement elle est du même caractère que le noble chariot de mémoire décrit, mais c’est par le titre qui
lui est donné, de navire effigie, que s'affirme le changement, la transformation de l'effigie antique. La pièce montée, exhibée dans ces funérailles, à Bruxelles, est un vaisseau franchissant les colonnes d’Hercule, arrivant au port selon l’idée chrétienne; c’est un trois-mâts gréé, voiles carguées, chargé d’étendards héraldiques et de pavillons à longues flammes, que des chevaux marins font voguer à travers les récifs; il porte à l'avant, au milieu, à l’arrière, les figures de l’Espérance, de la Foi, de la Charité. La coque du bâtiment est divisée en tableaux sculptés traitant des hauts faits du mort. Le trône impérial est vide de l’image naïve des anciens; c’est le navire dans son ensemble qui est l'effigie, représentée par un emblème apologétique. Il en est de même pour le chariot et son attelage dans la pompe funèbre de l’archiduc Albert.
Il nous reste à donner quelques renseignements concernant les manteaux de deuil de l’époque qui nous occupe.
Le manteau d'honneur, long et traînant, enveloppant toute la personne, était particulièrement réservé au chevalier du moyen âge, comme la plus auguste et la plus noble décoration qu’il pût avoir lorsqu'il n’était pas paré de ses armes. Le grand costume de deuil consistant, pour les hommes, en un vaste manteau traînant, de drap noir, par-dessus lequel on s’affublait d’un chaperon embronché, c’est-à-dire d’un capuchon dont la coiffe s’avançait de manière à cacher le visage, et qui n’était porté qu’aux funérailles des personnes de marque, est une transformation du long manteau d'honneur, dit à la royale, qui figurait aux funérailles des rois de France sur le cercueil. La qualité des personnes, dans les funérailles, se mesurait à la longueur du chaperon, qu’il importe de ne pas confondre avec le capuce (le chaperon de deuil était déroulé et pendait à l'arrière), ainsi qu’à la longueur de la queue du manteau. Notre planche, dont la description va suivre, montre cette longueur du manteau à queue dans son plus excessif développement,
Dans le cours du XVII siècle, les manteaux de deuil ne servaient qu'aux cérémonies funèbres, et tout d’abord pour rendre les visites de condoléance à la mort des princes et princesses. Des piles de manteaux, dit encore M. Quicherat, étaient préparées dans les antichambres du défunt, à l’usage de ceux qui venaient s’acquitter de ce devoir. Mais aux temps précédents on paraît en avoir usé plus largement, car nous trouvons dans Vecellio, à propos des funérailles vénitiennes, que deux ou trois jours après qu’il y avait été procédé, « les parents du « défunt sortent de chez eux vêtus d’un manteau traînant sur les pieds; ils l’attachent sous le « cou, eb traînent sa longue queue par terre, alors même qu’il y a beaucoup de boue. Quelques « jours après, ils relèvent la queue et l’attachent; puis ils la coupent, et portent longtemps « le manteau sans cet appendice. » L'ouvrage de Vecellio est de 1590.
Au surplus, le manteau, ayant le caractère austère du froc de moine, fut abandonné pour le chaperon, que Saint-Simon définit : un domino de prêtre en forme de robe, allant jusqu'aux pieds, à corps étroit, à manches fort larges, ayant un coqueluchon mou, plat, et une queue finissant en pointe. La tête étant couverte du coqueluchon, on se coiffait par dessus d’un bonnet carré, pareil à celui des prêtres et des magistrats. C’était, comme on le voit, un compromis des anciens usages, dont il n’est resté que le simple manteau d’appariteur que l’on sait,
Quelques mots, pour terminer ces notions générales, sur la couleur du deuil. Le noir du deuil remonte à des époques incertaines. On voit dans l’Aüstoire du costume en France, qu'un écrivain éminent du XIT° siècle, Baudry, abbé de Bourgueil, a signalé comme une chose étrange de la part des Espagnols qu’ils s’habillassent de noir à la mort des personnes qui leur avaient été chères; par conséquent, l’usage en France était différent. En effet, dit encore M. Quicherat, dans le roman de Raoul de Cambrai, une femme assiste aux funérailles de son fiancé parée de ses plus riches vêtements. Froissart, racontant les obsèques du roi Édouard III d'Angleterre, mort le 21 juin 1376, parle de vingt-quatre chevaliers vêtus de noir qui suivirent le cercueil. C’est, avec la mention du deuil pris par la cour d'Angleterre après la mort de notre roi Jean, l’une des indications les plus anciennes, pour ce qui concerne la France et l'Angleterre.
Description de la planche.
Dans notre planche, les n° 1 et 2 représentent un fragment des funérailles d’un prince de la maison de Lorraine, à la fin du XVI° siècle.
Les n°% 3 à 16 sont tirés de la Magnifique et somptueuse pompe funèbre, faite en la ville de Bruxelles aux obsèques de l’empereur Charles-Quint, ordonnées par Philippe IT et publiées
par Plantin, à Anvers, en 1559.
N° 1 et 2. — Le principal des personnages représentés, celui qui porte un manteau encapuchonné, est un évêque et comte de Verdun, Érich de Lorraine, prince du saint-empire, troisième prince du grand deuil aux funérailles d’un parent. La queue de son manteau n’a pas moins de sept à huit mètres. Celle de son voisin cest de trois mètres environ. Ce voisin est un comte, Jean-Girard de Manderscheid et Blankenheim, seigneur de Kehl, ambassadeur de M£' le duc de Clèves, assistant de sa part l’évêque de Verdun, — Les deux personnes qui accompagnent, en arrière, ces deux premiers personnages, ont une mission à remarquer : lune, encapuchonnée, est le seigneur de Bilistain, gentilhomme de MS" de Verdun, marchant à côté de la queue traînante du manteau, dit à la royale, pour l’agencer; et l’autre seigneur, coiffé du bonnet carré à quatre braguettes, bonnet de docteur et de magistrat, ayant la chausse de soie du professeur, mais aussi coiffure de deuil portée avec le chaperon, est chargé du même soin d’agencement de la queue traînante de la robe de l'ambassadeur.
N° 8. — Le roi Philippe II, assistant aux obsèques de son père avec le chaperon embronché, dont le manteau est soutenu de chaque côté par les dues d’Arcos et la longue queue portée par le comte de Mélito.
N° 4.— Le personnage qui porte aussi un manteau trafnant encapuchonné est Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, fils de Béatrix de Portugal (belle-sœur de Charles-Quint), et surnommé la tête de fer ou le prince aux cent yeux.
N° 5. — Hérauts d'armes, tête nue, portant le tabar blasonné, par-dessus le manteau de deuil.
N° 6. — Le grand étendard, en flamme bifurquée,
N° 7. — Étendard de province ou de ville,
N° 8 — La couronne impériale,
N° 9. — Le globe terrestre surmonté de la croix, tenant la place de l’aigle romaine : attribut des empereurs, se disant les maîtres de la terre.
N° 10. — Corps de musique militaire : trompettes avec larges fanions aux armes impériales ; timbales voilées.
N° 11. — Écus des souverainetés diverses,
N°S 12 et 13. — Le heaume et l’écu impérial avec le collier de la Toison.
N° 14. — L’épée de combat, tenue nue par la pointe, pour marque de l’offrande faite à Dieu des victoires remportées. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier; obsèques.)
N° 15. — Cotte d’armes du défunt,
N° 16, — Massiers, tête nue,
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ITALIE. — XVIF SIÈCLE
MODES FÉMININES D'APRÈS LES PEINTURES DES MUSÉES D'ITALIE. ITALIENNES ET HOLLANDAISES.
Nos 2, 1 et 8.
Dame noble et détails de sa parure; d’après un portrait de Bronzino. Académie des Beaux-Arts de Florence.
Robe montante au corsage à manches tailladées et surmontées d’épaulettes. De l’encolure de la robe se dégage une de ces collerettes dont l'Italie, la Flandre et la France se disputaient alors l'honneur de l'invention.
La parure de tête se compose d’un filet de perles. Collier, chaîne de corsage et ceinture de perles (n°1), Fleuron d’orfèvrerie, fixé à la pointe supérieure du corsage (n° 3).
Dans presque tous les portraits des dames nobles de cette époque, on voit, enroulé à leur poignet, une pièce de fourrure destinée à couvrir le cou ou à remplir les fonctions de manchon. Cette fourrure s’adaptait à un bijou ciselé représentant, soit une tête d'animal, soit une chimère, à laquelle était fixée une chaîne de perles que l’on tenait à la main comme une contenance. Le port de cette fourrure était un privilège de noblesse.
Dame noble ; d’après un portrait de l’époque d'Andrea delSarto. Uffizi de Florence,
Bourrelet de velours noir broché d’or; la forme de cette coiffure est un diminutif du ba/zo vénitien (balzo
est le nom donné par Cesare Vecellio). Robe au corsage échancré carrément et aux manches en partie flottantes, Guimpe transparente à petit collet. Broche et colliers d’orfèvrerie. Ceinture de ruban, nouée sur le devant de la taille,
Jeune fille noble; d'après un tableau du Tisi, dit le Garofolo. Galerie Brera; Milan,
Sorte de balzo de satin, orné, au milieu, d’un médaillon. Guimpe plissée au collet en forme de petite fraise. Robe de velours relevée de satin jaune, dont le corsage court et passant sous les bras, est garni de festons brodés d’or.
Dame hollandaise; d’après une tapisserie du seizième siècle appartenant au comte de Passalacqua, de Milan.
Bourrelet en couronne renfermant les cheveux noués et laissant le cou à découvert. Robe de dessus dont les épaulettes couvrent les manches de la cotte accompagnées de longs mancherons.
No 7,
Catarina Cornaro, reine de Chypre ; d’après le Titien. Uffizi de Florence.
Cette princesse, de qui Venise reçut Chypre, porte une
couronne & la ducale, à laquelle est fixé un voile de fine soie retombant derrière les épaules. Pendants d’oreilles, Robe de dessous en satin, garnie de perles au corsage, Zimarra de velours brodé, aux bords galonnés d’or et rehaussés de perles.
Dame vénitienne ; d’après un portrait de Lorenzo Lotto.
Galerie Brera; Milan.
Guimpe en tissu or et argent. Éventail de plumes,
L'usage de l’éventail, déjà répandu au quatorzième siècle dans toute l'Italie, le fut plus encore pendant le quinzième et le seizième siècle. Trois genres se partagèrent à peu près également la vogue pendant cette longue période : les éventails de plumes, qui étaient les plus anciens; Vecellio les met dans les mains des dames nobles de Milan, Venise, Mantoue, Naples, Pise, etc.; — les éventails en forme de drapeau, probablement d’origine sarrasine, et dont on use toujours en Orient et sur le littoral africain, à Tunis, en Égypte, etc.; Veronese les a souvent représentés; on les voyait à Venise, à Naples et à Padoue; — les éventails plissés que l’on portait à Rome, à Ferrare, à Turin, lesquels étaient en forme de disque une fois développés, et qui se repliaient sur le manche servant d’axe lorsqu'ils étaient ouverts ; on en faisait aussi en lames de bois rentrant les unes dans les autres ou en parchemin plissé. L’éventail plissé, à la mode chinoise, ne paraît guère dater en Europe que de la dernière partie du seizième siècle.
Les manches des éventails, chez les dames nobles, étaient souvent d’or ou d'argent. Dans cet exemple, l'éventail est suspendu à une chaîne attachée à la ceinture.
Nos 12, 8, 10, 11 et 13.
Duchesse d'Urbin et détails de sa parure ; d’après le Titien. Uffizi de Florence.
Robe de velours semée de petits nœuds de brocart d'or (détail n° 8). Gruimpe à encolure garnie d’une chaîne ornée de rubis (n° 13). Collier d’orfévrerie servant à suspendre un bijou fixé dans le corsage de la robe (n° 11). Comme ceinture, une cordelière, dont chaque nœud est traversé d’une barrette d’or à têtes de rubis (n° 10).
La duchesse d'Urbin tient à la main un manchon auquel sont adaptés un bijou eiselé et une chaîne d'or se rattachant à la ceinture en cordelière.
Dame vénitienne dite & la maîtresse du Titien ); d’après le portrait de la galerie Pitti.
tobe de satin bleu brodé d’or, aux épaulettes bouffantes garnies de crevés de velours. On n’apercçoit de la jupe de dessous que de longues manches aux crevés ornés de bijoux d’or. Diadème de perles et de pierres précieuses, Pendarts d'oreilles enrichis de rubis. Collier d’orfèvrerie.
Détail de la chaine du manchon que cette dame tient à la main.
NO 16
Dame flamande ; d’après un tableau de Jean Mostaert,
Tout le costume est en velours, les revers du corsage sont en martre grise.
Voir, pour le texte : Cesare Vecellio, Costumes anciens et modernes,
D LOL RES — dE us
ARVTX CFRAFRN
AR A RE FRATRK
aris
Enp. Firmin Didot et C£.P
ITALIE