OBJETS MOBILIERS
Parmi les objets qui ornaient la chambre à coucher des XV° et XVI siècles, ou le petit oratoire qui d'ordinaire y était contigu, on trouvait toujours dans les appartements décorés avec un certain luxe, et ceux des petits bourgeois étaient de ce nombre, quelque image de la Vierge ou de Notre-Seigneur. Cette image était renfermée, soit dans une armoire, meuble meublant, soit dans des espèces de petites armoires appendues à la muraille, ou posées sur un socle pariétaire. On en ouvrait les vantaux au moment de la prière du matin et du soir ; lorsqu'avait lieu quelque solennité de famille, on les tenait également ouverts.
Les images à volets étaient souvent des objets de luxe qui se donnaient en cadeau comme on le fait des menus objets modernes. Il y en eut de grand prix, mais on en fabriquait pour toutes les bourses. Les ymagiers, peintres ou sculpteurs, s’ingénièrent à varier la combinaison et la forme des panneaux ouvrants, et la disposition de la figure ou de la scène centrale. Les volets étaient décorés de peintures où même de sculptures, au dedans et au dehors, représentant des figures ou des scènes bibliques ou évangéliques : Adam et Ëve, l’adoration des mages, des bergers, des anges, musiciens et autres, les patrons et les portraits des maîtres de la maison; à partir de la fin du X V° siècle, on voit fréquemment sur ces volets jusqu’à la famille entière dans l’attitude de la prière. Le meuble était, en général, en bois; les sculptures de l’intérieur surtout étaient habituellement dorées et enluminées à profusion; à l’extérieur, quoique fermé, il avait, souvent encore, l’aspect d’un meuble d’apparat.
A côté de l’image à volets, il y en avait qui ne se fermaient pas, dont on se servait pour décorer la ruelle d’un lit, le dessus d’un prie-Dieu, ete; ce qui faisait en quelque sorte de la chambre un oratoire toujours ouvert. L'usage en était plus ancien que celui de l’image à volets ; il en existe un grand nombre datant des XIIT° et XIV® siècles.
Il en est de même pour les tablettes sculptées, destinées à être portées en voyage ; on les faisait en bois ou en ivoire, à deux ou trois panneaux, diptyques ou triptyques, repliés l’un sur l’autre, offrant l'aspect d’un petit livre de peu d'épaisseur. Cette disposition est celle des tablettes portatives à l’usage des anciens Romains. Les artisans du XIII° siècle lPadoptèrent en sculptant l’intérieur d'images religieuses. Dans la maison, le livre de bois ouvert était appendu au mur. Pendant le XVI: siècle, les images d'ivoire de ce genre, fort prisées jusqu'alors, furent remplacées par les images peintes sur émail du Limousin. La disposition de ce petit meuble plat ne convient pas moins, en effet, à la plaque émaillée qu'aux bas-reliefs des XITT° et XIV° siècles, parmi lesquels on compte de véritables chefs-d’œuvre.
No2
Sculpture en forme de tabernacle ouvert (la tente ouverte) représentant la Sainte Famille : deux petits anges ouvrent les rideaux; un bourgeois, qui porte la main à son bonnet pour se découvrir, offre la couronne vers laquelle se penche Jésus enfant. Cet objet est en bois de buis et était destiné à être suspendu par la pointe de la tente; il est de 1520 à 1540, et provient de Munich.
No?
Armoire.à volets de style allemand du XV® siècle, Ce meuble, qui a l'importance d’un petit retable, est richement travaillé ; l’ornementation en est riche et les sujets du centre : la Nativité, le Christ au sépulcre, sont fouillés et animés par un habile metteur en œuvre. Il se compose de deux triptyques et d’un soubassement en forme d’autel ou de bahut, recouvert d’une courtine en tapisserie à figures.
Les volets du triptyque supérieur sont sculptés à l’intérieur. Les figures nimbées sont sur fond doré. Les volets du petit triptyque du dessous sont peints et contiennent chacun le portrait d’un évêque. On voit l’adoration des mages sur le riche tapis où figurent encore deux saintes isolées de chaque côté.
Ce meuble intéressant, que nous devons aux reproduc-
tions photographiques des musées d'Allemagne, est
un de ces produits qui sortaient tout entiers des ateliers d’un ymagier expert en tous les métiers nécessaires pour sa confection. La capacité multiple,
réelle de ces maîtres-artisans leur valait des franchises inaccoutumées dans les autres corporations, témoin ce Guillaume Bériot, l’imagier le plus occupé de Paris, auquel il fut permis d’avoir autant d’apprentis et de valets qu’il en voulait prendre, les priviléges de sa corporation lui permettant même de travailler de nuit, quand besoin est.
Image à volets du XIV: siècle, en forme d’édicule. Cet
objet appartenant à M. Poldi Pezzoli, qui figure dans le Musée d'art industriel de Milan, photographié par M. Rossi, est en argent : les volets sont peints à l’intérieur,
Diptyque du XIIIe ou XIV* siècle, C’est un des objets
portatifs, de voyage, dont nous avons parlé; les quatre scènes représentées sont : la Nativité, l’Adoration des mages, le Crucifiment, Jésus, roi des cieux. Le travail semble français ; il provient de la collection des musées d'Allemagne,
Lutrin ou lectrin, meuble de bois ou de métal, facile-
ment transportable, dont la tablette inclinée était disposée comme un pupitre pour faciliter la lecture. Il pouvait servir aussi de seriptionale; c'était un objet très-usité, Cet exemple est du XIVe siècle et provient d’un ms. de la Bib. nat. de Paris,
Enp Firmin Didot et C£.Paris
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