ITALIENNES DE LA FIN DU SIÈCLE
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N° 1. Diane de Poitiers, 1499-1566.— N° 2. Éléonore de Castille, deuxième femme de François Ier, 1498-1558, — N° 3. Marguerite de France, troisième et dernière fille de François Ier, duchesse de Savoie, 1523-1574, — N° 4. La belle Ferronnière, vers 1540. — N° 5. Demoiselle de Milan.— N°6. Épousée de Venise, — N°7. Veuve vénitienne, — N° 8. Femme de marchand de Venise.
N°% 1 et 2. — Le caractère saillant du costume féminin en France, pendant la plus grande partie du siècle, s’accuse nettement dans ces deux premiers exemples. Pour avoir
fine taille, on comprime le buste, et pour faire ressortir la sveltesse, le costume se trouve
composé de deux évasements contraires, issus de la ceinture. Du haut de l’espèce d’entonnoir supérieur, taillé devant en-carré, à l’italienne, plus ou moins bas, on voit se dégager le haut de la poitrine, le col nu, la tête coiffée bas; à partir des hanches, la robe est une cloche allant en s’élargissant jusqu’à terre ; on n’en est pas encore au corset à armature, baleiné, à éclanches de bois ou de métal, qui devait faire tant de meurtrissures, et projeta en avant et si bas la pointe du corsage, comme on le vit sous Henri IIT; on n’en était encore qu'à la vasquine où basquine, le corset ou petit pourpoint sans manches, fait de toile forte, serrant le buste de manière à l’amincir graduellement jusqu’à la taille.
La vertugale, vertugade, vertugadin, qui était l’autre vêtement de dessous donnant la con-
figuration de la contre-partie inférieure, ne comportait pas non plus, à son origine, le bourrelet des fausses hanches qui lui fut adjoint et fut de si singulier aspect. Le vertugadin primitif était un jupon de gros canevas empesé, que les dames riches faisaient recouvrir de taffetas ; on l’attachait aux basques de la vasquine et il ne grossissait pas les hanches, ou du moins fort peu; il descendait en s’élargissant en un oblique droit, coudé brusquement, mais légèrement, des côtés, à la hauteur de la taille. La cotte qui se mettait par dessus cet appareil, était en quelque sorte tendue, et ne devait faire aucun pli; on n’en voyait plus d’ailleurs que la jupe, apparaissant par l'ouverture des pans qui s’écartaient de la robe de dessus, l’ancienne surcotte, et les manches, entières ou recouvertes en partie par les manches étoffées de la surcotte. La taille se marquait par un cordon de joaillerie d’où pendait, presqu’au bas de la jupe, le cordon de la contenance, qui était souvent encore le chapelet de prières conservant le nom de patenôtre; on y ajoutait quelquefois une ceinture de soie à bouts pendants, nouée lâche, à nœuds ou à glands, de la famille des filets de soie, qu’en Italie on appelait des postes. Aux types primitifs du corset et du vertugadin du seizième siècle, il faut joindre ici celui du mancheron, qui fut si fort en usage, aussi bien dans le costume des dames que dans celui des hommes, pendant la seconde moitié du seizième siècle et le commencement du dix-septième. La manche volante est parfaitement reconnaissable : Diane de Poitiers et Éléonore de Castille la portent également. C’est une combinaison de l’ancienne manche en sac à retroussis de fourrure, et de la large manche de la robe italienne, serrée au poignet, divisée en gros bouillons, dont l’étoffe était découpée en bandes longitudinales, procurant des ajourés par lesquels on montrait le linge fin de la chemise. On voit ici comment les dames imaginèrent ces espèces d’ailes tombant de l’épaule et ramenées en une jonction fine vers le milieu du bras. Le haut simulait l'ouverture des anciennes manches de surcottes dont on usait à volonté pour le passage du bras; le bas conservait l’apparence de l'ouverture ample de la manche du quinzième siècle. En somme, c'était l’aileron ou mancheron que l'on devait faire en étoffe et surmonter de l’épaulette, .
En résumé, ces deux somptueux costumes où se rencontrent dans leur premier éclat les nouveautés du siècle, sont, sous beaucoup de rapports, plus heureux que la plupart de ceux qu’on vit leur succéder. Si le corset comprime le buste, il ne le blesse ni ne le déforme avec une trop grande exagération ; la vertugade ne déplace pas non plus les hanches et les exagère à peine. Seulement, l’envergure de la jupe, l'élargissement du haut du corps, procuré par les manches bouffantes, additionnées encore des aïlerons de fourrure, donnent à l’ensemble de ce costume un aspect lourd qui rapetissait la femme et devait le faire abandonner.
On attribue à Eléonore de Castille l'introduction en France du vertugadin, et aussi l’adjonction aux pièces de la contenance, du petit miroir qui en fit dès lors partie et auquel personne n’avait encore songé. Nous renvoyons pour les détails, soit de ces deux premiers costumes, soit de ceux des n° 3 et 4, aux notices des planches ayant pour signe : la Palette, la Hache, la Perle, ete. Nous ne signalerons ici que la substitution faite aux ouver-
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tures des manches, où l’exhibition des fines toiles de la chemise fut remplacée par des taffetas et des satins blancs. Quand la robe elle-même était blanche, comme celle d’Éléonore de Castille à son entrée à Angoulême, où elle était vêtue de satin blanc, les ouvertures montraient du drap d’or bouffant ou des variantes de ce genre.
Nos figures italiennes, provenant principalement de Venise, confirment ce que nous venons de faire observer au sujet de la haute stature dont les femmes aimaient à se procurer au moins l’apparence. On peut voir, dans la planche Italie, ayant pour signe la Tête de bouc, à quel singulier stratagème recouraient les femmes de petite taille, ne se préoccupant pas d’ailleurs que, juchées comme elles l’étaient sur leurs hauts patins, avec la longueur et l'ampleur de leur panse postiche, leur double supercherie restait fort sensible à l’œil le moins clairvoyant ; l’exiguité de leurs bras aurait suffi seule pour la dénoncer. Les costumes représentés ici montrent cependant que les dames italiennes avaient, vers la fin extrême du siècle, abandonné la coiffure en frisons avec le croissant en formes de cornes, que l’on voit dans la planche que nous venons de citer; ce frêle échafaudage leur faisait décidément une tête trop petite, trop peu volumineuse pour répondre à la haute stature qu’elles s’obstinaient à conserver, surtout avec la progression constante de l’étalage de la jupe sur le vertugadin. Nous consignons ici cette seule observation générale et demandons à Vecellio, pour le surplus, ce qu’il importe de relater sur nos exemples particuliers.
La demoiselle de Milan, n° 5, porte la toilette des jeunes filles nobles hors de leur maison. Ce costume n’est point, en réalité, aussi local que la désignation spéciale qui en est faite pourrait le faire croire. D’abord c’est celui que l’on voit dans les autres villes de la Lombardie, et les femmes nobles de Bologne, dont la coiffure ressemble à celle des Milanaises, portent aussi, sauf la longue manche ouverte du pardessus, un costume tout à fait analogue. Les podestaresses, capitainesses et autres dames prenant des titres semblables (car la femme mariée prenait la qualité de son mari), sont vêtues en ce genre, à Sienne, à Ferrare, à Brescia, etc. et jusques dans Rome.
La jupe étalée sur le vertugadin n’avait cessé de croître et d’aller en s’élargissant ; aussi ces jupes n’avaient-elles plus que très peu de queue. Les femmes nobles se paraient de colliers de perles, de chaînes d’or, et celles qui portaient la « collerette agréable à voir » la fraise de linon tuyautée, avaient toujours des manchettes du même mode. L'éventail, l’éventoir à plumes, comme le nomme Rabelais, servait de contenance; il était souvent attaché à la ceinture par un cordon.
N° 6. — L’épousée vénitienne, diffère de celle représentée par Vecellio, « le vêtement varie plus que la forme de la lune » dit naïvement ce maître, et la toilette présente si rapprochée de son époque en est une preuve de plus. Les femmes, pour se faire des cheveux blonds, employaient alors tant de soins, d'art, de peine et de temps, « qu’on est frappé de stupeur, » dit encore Vecellio, La mode en était née à Venise vers 1550 et durait toujours; les dames
y faisaient tous leurs efforts pour donner aux cheveux la couleur d’or. « De là vint l'usage des petites couronnes d'or ou d'argent entourées de lis et d’autres fleurs, ou de pierres précieuses qu'on y enroulait au moyen de galons d’or qui pendaient jusqu’à terre. » Notre épousée diffère de celles données par Vecellio, en ce que sa couronne à fleurons est plus grande et avancée sur le front, et surtout en ce que celle-ci a une seconde couronne ou plutôt un grand peigne circulaire en joaillerie qui maintient et projette en arrière la masse de la chevelure prenant un magnifique développement.
N° 7.—- « Les femmes de Venise, à la mort de leurs maris, renoncent à toutes les vanités et à tous les ornements; car, outre le vêtement noir, elles couvrent leurs cheveux, enveloppent leur poitrine d’un voile serré, portent la cape jusque sur le front, et marchent dans la rue avec tristesse et la tête inclinée. Lorsqu’elles ont résolu de rester veuves, elles portent une queue, et renoncent pour quelque temps aux habits de couleur. Dans leur maison, elles mettent sur la tête une coiffe qui recouvre les cheveux, et sont toujours vêtues de noir dedans comme dehors ; néanmoins, si elles veulent se remarier, elles peuvent, sans encourir de blâme, prendre quelques ornements, mais de peu d’apparence, et découvrir un peu leurs cheveux ; car tout cela fait connaître leur intention à quiconque les voit. » Le voile de la veuve ici représentée n'étant pas noir, peut-être faut-il y voir une intention de ce genre.
N°8. — Après ce que nous avons dit, cette figure ne nécessite aucune description particulière. Elle a le corsage « qui dépassait la longueur ordinaire » du temps de Vecellio, mais dont l’usage était alors répandu. Sa ceinture est ornée du filet de soie à glands, la poste, que l'on a vue à Diane de Poitiers; au surplus, l'observation faite à propos de la localisation du costume de notre Milanaise est à faire de même ici. Ce que dit Vecellio de la femme du marchand romain convient parfaitement à la femme du marchand de Venise. « Les bourgeoises, ou femmes de marchands romain) s’habillent avec beaucoup de somptuosité. Elles portent un vêtement à corsage décolleté, qui laisse voir toute la poitrine ornée d’une chaîne en or massif à plusieurs tours, d’où pendent quelques bijoux. Leurs bras sont couverts de manches à filet de soie, sous lequel on aperçoit un tissu d’or ou d’argent… elles bouclent les cheveux autour du front, et disposent le reste sous un long voile qui s'attache au chignon.et descend jusqu’à terre. C’est ainsi qu’elles sortent de leur maison, accompagnées de suivantes, et parfois de leurs enfants qui les précèdent. »
Les fiqures 1,2, 3, 4, sont tirées du recueil de Gaignières etde la Galerie française des femmes célèbres par Lanté.
Les n®5,6,7,8, sont tirés du recueil de Joss de Bosscher, publié en 1610. (Voir pour le texle : Montfaucon, la Monarchie française; A. Quicherat, Histoire du Costume en France.)
EUROPE. — XVIE SIÈCLE