‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 95 sur 130 · COSTUMES FÉMININS. — ARTISANS ET SOLDATS · texte numérisé non relu

COSTUMES FÉMININS. — ARTISANS ET SOLDATS

Depuis Charles VIIT, l'engouement des Français pour les Italiens avait en quelque sorte dénationalisé le costume ; pendant la première partie du règne de François [°", limitation ne fit que croître; ce ne fut que par suite de l’arrivée de la florentine Catherine de Médicis que les choses se modifièrent. La future reine apportait dans l’application des modes italiennes une indépendance qui devint une leçon pour les dames françaises; c’est à proprement parler à partir de ce moment que leur goût émancipé et délicat put s’affirmer de plus en plus et, malgré bien des écarts, et peut-être à cause de sa mobilité, leur valut ce sceptre de la mode

qu’elles tiennent encore.

Le n° 1 est le premier en date des costumes représentés ici, et modifiés sous l'influence mentionnée plus haut. La duchesse d'Étampes (née en 1508) porte une robe noire, avec passements de même couleur, fermée par le haut, taillée en carré, ouverte depuis la ceinture jusqu’en bas, sur une jupe brodée en argent. La coupe de cette robe ouverte, les crevés verts des manches, le bouffant des épaules, ainsi que la cordelière en joaillerie formant ceinture et tombant jusqu’au bas de la jupe de dessous, % cotle, qui cache les pieds, sont de la première origine italienne. La nouveauté se rencontre ici : à la fraise gaufrée en petits canons, godronnée, maintenue par un collier dit carcan, que Catherine vient d’apporter, et aussi au raccourcissement de la manche ne dépassant plus le coude et laissant l’avant-bras couvert seulement de fines lingeries; enfin, cette figure porte visiblement celle des parures inventées par Catherine de Mé-

dicis dès le commencement de son séjour en France, qui devait avoir tant d’avenir : le corset. « C'était, dit Montaigne, une espèce de gaîne qui emboitait la poitrine depuis le dessous des « seins jusqu'au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur le ventre. » Ce corset en fil de laiton, qu’on appelait alors vasquine (ou basquine, dit M. Quicherat, Æist. du costume), avait la forme d’un entonnoir; on mettait un busc de baleine sur le devant, et il était rembourré. On le serrait à la taille avec un tel excès que la chair en était meurtrie profondément, C’est à cette invention, jointe à celle qui l’avait précédée, de la verlugale, consistant en un tour de corps garnissant les hanches et donnant en sens contraire la figure d’un entonnoir renversé, qu'il faut abtribuer la physionomie nouvelle du costume à cette époque. La coiffure de la duchesse avec ses femplettes est une transformation du chaperon d'Anne de Bretagne ; son diminutif relevé, dégagé et enrichi, s'appelait encore à la française.

N° 2. — Le costume de Catherine de Médicis (née en 1519) est encore plus éloigné du type primordial : une robe, dont le corsage et la cotte sont de la même étoffe blanche et du même dessin, est recouverte d’une seconde robe formant pardessus. Fermé au haut de la poitrine et tombant en s’évasant jusqu’au sol, ce pardessus agrafé, au collet montant jusqu’à la fraise, aux manches conservant le bouffant de l’épaule, mais encore plus courtes que les précédentes, estune de ces nouveautés dont le lien avec le passé est visible. L'invention consiste, en conservant le principe de l'ouverture de la robe de dessus sur celle de dessous, à remonter cette ouverture à là poitrine. Le pardessus est confectionné de manière à conserver la physionomie de la robe ordinaire qu'on n’aurait pas serrée à la taille; les galonnés convergeants, blancs sur noir, font ressortir l’intention. La pointe du soulier témoigne aussi des modes nouvelles; les chaussures découvertes et épatées du bout ont fait leur temps.

N° 3. — Marie Touchet (née en 1549) porte un costume de ville. Le bleu de la sous-jupe montre qu’elle n’est pas en deuil, et que c’est par choix qu’elle n’a voulu admettre dans le noir de son vêtement passementé que le blanc de la fraise et de la fine manchette. Ce vêtement est fermé de toutes parts; les manches sont semblables à celles que portent les hommes, le collet monte jusqu'à la fraise qu’il enserre et soutient (on y introduisait des fils d’archal), la jupe, relevée aux deux-hanches, n’a pas d'ouverture. Marie Touchet est coïffée d’une de ces toques dont Éléonore, la seconde femme de François I°', avait importé la mode en France; ce petit chapeau, variable de forme, se portait un peu sur l'oreille, eb était souvent orné de quelque plumet que le goût sobre et charmant qui a ordonné cet ajustement a fait exclure. Ce chapeau en velours est un de ceux qu'on dénommait alors : à l’espagnole; Rabelais dit qu’il entrait dans « l’accoutrement du printemps. » Pour que ce costume de ville de 1575 environ fût complet, il faudrait y joindre le masque dont l’habitude prise sous François I‘ se maintint longtemps et se prolongea jusque sous Louis XIII. En promenade, en visite, même à l’église, les femmes de distinction ne se montraient en public qu'avec des masques.

N° 4. — Renée de Vieux-Châteauneuf (née en 1550). Il ne faut voir dans ce costume, malgré la coiffure d’apparence italienne, autre chose qu’une fantaisie personnelle. L’imitation est ici du domaine du caprice, et dans les détails on retrouve la preuve de l’altération progressive que subissait le type primitif. Renée tient d’une main le cordon pendant de sa ceinture qui, chaîne ou chapelet, était baptisé pafenôtre. Cette attitude était fréquente et les dames lui empruntaient si souvent leur contenance que le nom même de contenances en fut donné aux pelotes, flacons à parfums, clefs, miroirs, écrans en plumes d’autruche, qui furent suspendus tour à tour à la patenôtre.

Les n® 5, 6, 7, 8, du haut de la planche, appartiennent au temps d'Henri IV, c’est-à-dire à la limite extrême du siècle. Ces figurines, proches de la grandeur originale, retracent vivement, malgré leur exiguité, une époque de guerre civile où, comme le dit M. Quicherat, l’armée française ne brillait pas par son équipement. Un moment il n’y eut plus de troupes régulières que celles fournies par l’étranger. Les volontaires français ne se divisaient plus en d’autres corps que les fantassins et les cavaliers. Les fantassins étaient les gens du commun. Lé n° 5 est un capitaine d'infanterie portant l’écharpe devenue le signe de ralliement pour les divers partis. Elle était blanche pour les royalistes; après la mort du duc de Guise, elle avait été noire pour les ligueurs qui adoptèrent le vert, depuis le décès d'Henri III. Ce capitaine est nu-tête, autrement on lui verrait le chapeau à panache édicté par les ordonnances de l’époque (1); il tient l’épée et l’estoc. Le n° 6 est un mousquetaire dont l’arme dite à la wallonne est appuyée sur sa fourchette. Enfin les n°® 7 et 8 représentent, le premier, un boulanger, le second, un garçon meunier dans le rôle de piquiers. Le mousquetaire et le meunier portent les larges culottes appelées #rousses qui, ne descendant pas plus bas que le genou, amenèrent l’usage des jarretières, divisant brusquement le haut de chausse et le bas des chausses. Les chaussures sont encore planes et à simples semelles.

(Les costumes de Catherine de Médicis, de la duchesse d Etampes, de Renée de Vieux-Châteauneuf, sont pris de miniatures du temps ayant fait partie de la collection de M. de la Mésangère.

Celui de Marie Touchet est tiré de Gaignières. Les n° 5, 6,7, 8 sont extraits d'une Grammaire, traduite en figures de gens de guerre, faite pour Louis XTIT, enfant. Ms. 6817?, Bibl. nat.)

(1) Voir La Milice françoise, par L. comte de Montgommery de Courbouson (Paris, 1610, petit in-8°), et les Costumes militaires français, par Alfred de Marbot (Paris, 1830 et suiv., 2 vol, in-fol.)

EUROPE, — XVE ET XVI SIÉCLE

DAMES DE LA NOBLESSE FRANÇAISE DE LA SECONDE MOITIÉ DU XVI: SIÈCLE. — COSTUMES POPULAIRES DE 1610 À 1615

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 N0s:1,:2;:6 et 7. Nr 9ù Louise de Lorraine Vaudemont (1553-1601), mariée à Fifres et tambours de la milice bourgeoise. Henri III, roi de France, en 1574. N°10

D QE | Marie Stuart, reine de France (1542-1587), mariée à

Hi es à rançois II en 1558.

Écoliers (commencement du XVII siècle). FRE en

No NON 8 Marguerite de Lorraine Vaudemont, sœur de Louise de Lorraine, dans le costume du bal donné à la cour Mademoiselle de Timeuil, fille d'honneur de Catherine à l’occasion de son mariage avec Anne, duc de

de Médicis. | Joyeuse, en 1581.

On trouve dans les notices des planches ayant pour signes la Hache, la Croix à la Jeannette, la Robe, les renseignements nécessaires sur le caractère général des costumes portés par les quatre dames qui figurent ici; il y est dit que c’est à partir de la seconde moitié du X VI siècle que les Françaises, usant de leur goût particulier dans la façon dont elles modifièrent le type italien originaire, conquirent dès lors le sceptre de la mode européenne ; c’est à ce titre que nous généralisons ces exemples.

Les costumes de ces grandes dames, créatrices de la mode, ne différaient de ceux portés dans les classes aisées, mais non titrées, que par leur somptuosité. Leur luxe représente les raffinements de la mode que toutes les dames s’appliquaient à suivre. En insérant ici quelques-uns des édits somptuaires ayant pour objet d'en modifier l'emploi selon le rang

social, nous pensons faire chose utile pour guider ceux qui auraient à utiliser ces costumes, en tenant compte des degrés de la hiérarchie de l’époque. Rappelons toutefois que les édits somptuaires étaient sans cesse renouvelés, revus, étendus, précisés, parce que l’observation en était toujours éludée, imparfaite, et souvent largement enfreinte.

Lors de son avènement au trône, en 1547, Henri II commença par des interdictions expresses et étendues, concernant les super fluités du costume féminin dont François [® ne s’occupa point. L'indépendance n’était laissée qu'aux princesses ainsi qu'aux dames et demoiselles de la suite de la reine, Catherine de Médicis. Ces princesses pour la plupart italiennes, vêtues des riches étoffes apportées de leur pays, ayant alors éclipsé toutes les autres femmes, celles-ci, adoptant les modes importées, rivalisèrent bientôt de magnificence avec les étrangères, malgré l'interdiction décrétée ; au point, dit Fontan, qu’en 1549, au couronnement de la reine, il était difficile de distinguer la femme de basse condition de la femme noble.

Henri IT rendit donc une nouvelle ordonnance dont nous citons ce qui s'applique aux costumes féminins.

«… Que, comme il est raisonnable que les princes ou les princesses soient distingués des

autres par leurs habits, le roi leur permet de porter en robes tout drap de soye rouge cra-

moisy, et défend à tous autres, hommes ou femmes, d’être si hardis d’en porter de cette couleur, sinon les gentilshommes, en leurs pourpoints et hauts-de-chausses, et les damoiselles et dames en cottes eb en manches, ordonne que pour faire aussi quelque différence des filles élevées proche de la reine, ou proche des princesses, filles ou sœurs du roy, d’avec les

« autres, elles pourront porter en robe du velours de toutes autres couleurs que du cramoisy; fait défences à toutes celles qui sont au service des autres princesses ou dames, de porter en robe autre velours que noir ou tanné, leur laissant la liberté de porter toutes autres étoffes de soye de couleurs non défendues.

« Quant aux femmes des gens de justice et des autres habitants des villes, il leur est ex-

pressément défendu de porter aucunes robes de velours, ni d’autre drap de soye de couleur ;

leur permet seulement de les porter en cottes où manchons.

Le parlement ayant trouvé que plusieurs articles de cette ordonnance demandaient à être expliqués, il fut répondu à ses demandes en 1550.

« 1° Si les bordures d’orfévrerie que les femmes portent sur leur tête, et les chaînes d’or

qu'elles portent en ceintures ou en bordures sont comprises et défendues sous le mot d’or-

févrerie ? — Le roy déclare qu’elles n’y sont pas comprises, non plus que les patenôtres et autres espèces de bagues.

« 2° Si, sous le mot de passements, les bandes de velours qui sont sur les habits, et ailleurs

qu'aux bords, sont compris dans ces défenses? — Déclare qu’il entend qu’il n’y ait aucunes

bandes, sinon aux fentes et bords des robes.

«:8° Si les petits enfants de dix ans et au-dessous sont compris dans l’édit pour les robes

et coiffures ? — Déclare qu’ils y sont compris:

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« … 9° Si, sous ce mot de mécaniques, sont compris les marchands vendant en détail, ct « les principaux métiers à Paris, comme orfèvres, apothicaires et autres, et si les femmes des « mécaniques porteront de la soye en bordure et ailleurs? — Déclare Sa Majesté, que tous « marchands vendant en détail et gens de métiers, sont compris en l’édit; mais bien pourront « leurs femmes porter de la soye en doublures, bords et manchons. » (Tiré des bannières du Châtelet et de Fontan.) ;

Après la mort de Henri IT, les troubles religieux ne permirent pas de faire observer ces ordonnances, éludées dès leur apparition, et n’ayant pas réussi à empêcher le luxe de reparaître dans tout son éclat. Sous François IT, qui ne régna que seize mois et quelques jours, il ne fut rien tenté de nouveau; ce ne fut qu’en 1561, sous Charles IX, aux états généraux assemblés à Orléans, que l’ordonnance de Henri IT fut renouvelée, et additionnée de quelques articles, par lesquels « il est défendu à tous les habitants des villes du royaume de se servir des parfums apportés des pays étrangers » et où il est dit que les femmes veuves ne pourront faire usage d'aucune soye, « sinon de verge ou de Camelot de soye, de taffetas, de « damas et de velours plein. »

La mode bizarre des vertugadins, empruntée à l'Espagne, ayant alors pris cours en France, avec un tel excès que le gonflement des robes atteignait de huit à dix pieds de circonférence, on voulut, en 1568, réduire au moins les conséquences d’un goût ruineux par la quantité d’étoffe de prix employée. « Fait deffense aux femmes de porter des vertugales de plus « d’une aune, ou une aune et demie de tour » … les femmes et filles, demoiselles (nobles) « pourront porter du taffetas et samy de soye seulement en robes, sans pouvoir y employer « aucune autre sorte de soye ; qu’elles pourront néanmoins en devant des cottes, manches, « doublures de manches de leurs robes, porter toutes sortes de soye, excepté le cramoisy, sans, « aucun enrichissement ; leur défend de faire doubler entièrement leurs robes de velours, satin « ou autre drap de soye… Défend aux demoiselles de porter aucunes dorures à la tête, si ce « n’est la première année de leurs noces ; leur permet seulement de porter des chaînes, des « carcans (colliers) et bracelets, pourvu que ce soit sans émail ». Cette nouvelle ordonnance, par une disposition additionnelle, fit encore défense à toutes personnes auxquelles l’usage des draps d’or, d'argent et de soie était interdit, hommes, femmes et enfants, « d'enrichir leurs « habits d’aucuns boutons, plaques, grands fers, ou aiguillettes, petites chaînes d’or ni aucune « espèce d’orfèvrerie, avec émails, ou sans émails, sinon pour les hommes, en boutons pour « fermer leurs pourpoints et les fentes des capes, et en garnitures de bonnets. »

Sur la demande des dames de Toulouse qui aimaiïent les vertugadins, Charles IX consentit à ce que les femmes et les filles pussent en porter à leur commodité pourvu que ce fût avec modestie. Il permit aussi aux demoiselles de porter des taffetas de toutes couleurs excepté le blanc, le cramoisi, le rouge et le violet. Cette tolérance fit inventer par les ouvriers des taffetas de toutes sortes, coûtant presque aussi cher que les étoffes mêlées d’or ou d’argent qui étaient interdites. ( Voir Horace de Vieil-Castel, ist. du costume français.)

M. Quicherat a inséré sans son histoire du costume en France un docament relatif à l’étalage du luxe des privilégiés. Il s’agit du mariage de Marguerite de Lorraine Vaudemont (voir notre n° 11) avec Joyeuse, créé duc et pair. « Aux dix-sept festins qui de rang, de jour à autre, par « l'ordonnance du roy, depuis les noces, furent faicts par les princes et seigneurs, parens de « la mariée, tous les seigneurs et les dames changèrent d’accoutrements, dont la pluspart « étaient de toille et drap d’or ou d'argent, et de pierres et perles en grand nombre et de graud € prix. »

Cette étiquette dispendieuse complète la physionomie de l’époque, car Henri III, lorganisateur de ces divertissements de ses proches, rendit pour les autres des édits restrictifs comme ses devanciers. En 1577, il rappelait les règlements antérieurs, et en 1583, celui qui fut formulé fut même exécuté avec une rigueur inaccoutumée ; quoique le texte de l’ordonnance ne portât pas d’autre punition que des amendes, plus de trente dames de Paris, nobles et bour-

geoises, furent incarcérées au For-l’Evêque.

Lies 1,2,9,45,6,7 sont d’une époque où le luxe était beaucoup moins grand; ils ne représentent d’ailleurs que des gens du peuple. Les tambours et fifres rappellent par l'irrégularité de leurs costumes les volontaires qui composaient la plus grande partie de l’armée d'Henri IV combattant la Ligue. On ne pouvait soumettre ces hommes, fournis par les corporations des villes, à la rigueur des règlements militaires ; chacun était vêtu, équipé, armé, selon la fantaisie.

L'usage du fifre fut introduit en France par les Suisses, vers 1535. Il fut adopté dans l'infanterie française et les premiers corps de dragons, datant de 1558; les mousquetaires formés en 1622, l’employèrent dès leur création. Le fifre s’accompagne ordinairement du tambour. La dimension des caisses représentées ici, la manière de tenir et de battre ces tambours diffèrent sensiblement du volume et du maniement des tambours usités chez les modernes. |

(Les n°5 8, 9 et 10 sont tirés du recueil de Gaignéres; le n° 11 provient d'une peinture du musée du Louvre. Les autres figurent dans un ms. de la Bibl. nat. 6817? portant le titre de Grammaire traduite en figures de gens de guerre; elle fut composée pour Louis XTIT, enfant. )

FRANCE. — XVI SIÈCLE

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