‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 99 sur 130 · COSTUMES DE L’INFANTERIE SOUS HENRI III · texte numérisé non relu

COSTUMES DE L’INFANTERIE SOUS HENRI III

« C’est dans le répertoire des modes du temps, dit M. Quicherat ( Histoire du Costume en France), qu’il faut aller chercher les patrons de l'habillement de l’infanterie de cette époque. Dans les régiments, qui commençaient à remplacer les bandes, on ne voyait plus de fer que sur le buste des piquiers et sur celui des officiers de toutes armes ; ceux-ci avaient conservé le corselet, et même y avaient ajouté un hausse-col d’acier, tandis que leurs hommes, frisquement pincés dans leurs habits, se donnaient le plaisir de loger sous leurs pourpoints des panserons d’une saillie démesurée. Au moins cet agrément ridicule avait-il pour eux l’avantage de les préserver quelquefois des balles. »

La Noue reproche aux officiers eux-mêmes d’avoir abandonné l’usage de la pique et du corselet; la plupart, selon lui, avaient renoncé à porter la pique de Biscaye, le corselet de Milan que Strozzi leur avait donné, ainsi que le casquet et la rondache qui étaient leurs armes ordinaires. Les huguenots avaient, les premiers, abandonné ces armes,

L’armée royale, et particulièrement l'infanterie, était alors dans un désordre que les ordonnances de 1574, 1579 et 1584 s’appliquèrent vainement à réprimer. Celle de 1579, qui réglait le nombre des compagnies de gens de pied, défendait d'emmener plus d’un goujat pour trois soldats, et punissait du fouet les filles de joie trouvées à la suite des bandes, n’empêcha pas que la compagnie ne continuât à être composée, selon un auteur du temps, « d'environ cinquante harquebusiers assez mettables, d’une vingtaine ou trentaine d’autres n’ayant que l’espée, de cent ou six vingts goujats, et de vingt ou trente femmes. »

Les ordonnances de 1574 et de 1579 permettaient seulement aux chefs de compagnie le port des étoffes d’or, d’argent, ou de soie sur soie en leurs sayes et casaques; sauf le bâton de commandement, les officiers généraux ne portaient aucun signe distinctif, |} La bigarrure était alors admise dans le costume; les bas n’étaient pas de la couleur du haut- Ide-chausses. Tel habillement était de huit ou dix couleurs. Le vert eut cependant ce privilège

qu’en général ceux qui le portaient se mettaient ainsi des pieds à la tête. Le duc d’Alençonss

frère de Henri LIT, avait été le propagateur de cette mode. Le panseron, qui était le contre 1 pied du buse porté auparavant pour tenir le ventre aplati, avec sa ridicule projection en avant donnait aux gens de pieds fringants, cambrés avec tant d'affectation, une allure militaire fort } rapprochée de celle de ces matamores espagnols que la caricature française et flamande devait reproduire si fréquemment pendant la première partie du XVIT® siècle. La panse, on le sait À était produite à force de coton; il y avait deux épaisseurs de bourre, l’une fixée au pourpoint même, l’autre piquée dans le gilet de dessous; on en fait remonter l’origine au séjour quek Henri III avait fait en Pologne; d’où le nom de panseron à la poulaine (à la polonaise).

Le pourpoint était porté avec où sans mancherons, tailladé ou non, et il était ajusté sur lel panseron; les hauts-de-chausses sans braguette, descendant au-dessous du genou, véritablel culotte, étaient plus où moins bouillonnés, plus ou moins larges, parfois aussi juste à la cuisse, dit Blaise de Vigenère, « que d’un austruche masle ou d’un poulastre de Lombardie. »8 Le col godronné, ou fraise à la confusion, émergeait largement du pourpoint. La coiffure | était ou le toquet ou l’ample sombrero, de forme espagnole, « aplaty en cul d’assiette, dit encore de Vigenère, avec un rabat plus que sesquipédal » (des bords de plus d’un pied etl demi}; les coiffures étaient empanachées. L’écharpe était le signe de ralliement personnel, le drapeau celui de la compagnie; ce dernier, fait de soie, était de si grande dimension qu’en! je portant sur l’épaule il fallait le tenir relevé pour l'empêcher de traîner à terre. Les tambours étaient aussi d’une telle taille que, pour s’en servir en marchant, on les tenait sur le côté Le manteau militaire avait peu d’ampleur, ne descendant guère plus bas que le genou; beaus coup portaient le manteau à la reître.

Le mousquet, arme d’un plus fort calibre que l’arquebuse, fut introduit dans l’armée fran caise par Strozzi. Il n’y réussit qu'à grand peine à cause de son poids. Dans les bandes espa gnoles, où il avait été récemment mis en usage, on payait à chaque mousquetaire un goujJaët pour porter son arme; le mousquetaire français ne voulut pas d’abord se charger de porter 1 sienne : « il y fallut la volonté du Roy et une paye assez grande et raisonnable, dit Brantôme. » Les mousquetaires étaient dépourvus d’armes défensives,.

Bien que quelques-unes des figures de H. Goltzius, d’après lesquelles sont reproduits no$ personnages, soient indiquées dans divers catalogues, notamment dans Bartsh, comme repré sentant un régiment flamand, il y avait alors assez d’analogie entre les costumes militaires des deux pays pour que les détails qui précèdent sur les habitudes militaires françaises leu soient applicables, sans distinction.

( Costumes reproduits d'après H. Gollzius.)

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+ dr EUROPE. — XVI ET XVII SIÈCLES

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