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LES MITRES PRÉCIEUSES AU QUATORZIÈME SIÈCLE

La mitre. — La marque extérieure par laquelle la dignité épiscopale commença à se faire distinguer fut la mitre. Cette coiffure qui, dans l'antiquité, désignait un bonnet commun à toutes les classes, faisait partie du costume des évêques plus de deux cents ans avant qu’elle ne fût représentée sur les monuments ; les auteurs de l’époque carolingienne en parlent, mais comme elle n’était pas encore considérée comme un attribut indispensable, les sculpteurs et les enlumineurs de manuscrits s’abstiennent de la figurer.

Les premières images que l’on ait de la mitre datent du onzième siècle ; elles ont la forme d’un bonnet rond et sont garnies d’un bandeau ceignant le front et s’attachant par derrière : sous ce bonnet, on voit parfois une coiffe blanche dont les bords dépassent le bas de la mitre.

Ce n’est qu'au commencement du douzième siècle que ce couvre-chef est exhaussé, sa hau teur se trouvant maintenue par des cartons ou des futaines : deux cornes, disposées latéralement, représentent, selon le symbolisme chrétien, l'Ancien et le Nouveau Testament, et le bandeau, toujours noué par derrière, laisse tomber ses deux bouts auxquels on donne le nom de fanons.

Dans la seconde moitié du douzième siècle, la mitre épiscopale, devenue depuis Louis VII l’une des pièces indispensables du costume des évêques, change de forme : les deux cornes sont placées, l’une devant, l’autre derrière la tête ; le bandeau n’est plus un ornement isolé et fait partie de la mitre elle-même ; les fanons sont conservés pour accompagner la mitre. Celle-ci est plus ou moins haute, selon les provinces : elle se trouve tout à fait basse dans l'Ile-de-France

et la Champagne, et de forme relativement haute dans l’ouest, le centre et le midi de la France.

Au commencement du quinzième siècle, le patron primitif de la mitre est dénaturé ; les pans prennent des contours arrondis en forme d’arceaux gothiques ; puis, l’ensemble de la coiffure revêt insensiblement ces proportions exagérées qu’on lui a vues pendant ces derniers siècles. Voir la figure n° 6 de la planche GT, Byzantin et Abyssin.

C’est également au quinzième siècle que l’on vit les mitres des prélats ornées de figures brodées ; d’autres étaient chargées de pierreries, de diamants et de perles.

Il y en avait de trois sortes : la simpleæ, qui était de soie blanche ; lawriphrygiata, de soie d'or, et la pretiosa, également de soie d’or et enrichie de perlés et de pierres précieuses.

Les évêques portaient la mitre dans toutes les cérémonies, aussi bien à l’église qu’au dehors, dans les grandes réunions laïques. À ce propos, Guillaume Ke Maire, sacré évêque d'Angers en 1290, dit dans ses mémoires : «… Après la procession dans la ville, entré dans notre chambre, nous déposâmes tous les vêtements avec lesquels nous avions célébré la messe ; nous vêtimes un nouveau rochet (aube courte), et, conservant sur la tête la coiffe et la mitre, nous allâmes dîner au palais. »

Les papes accordèrent la mitre à quelques abbés privilégiés et même aux chanoines de quelques églises de France, à ceux, entre autres, des cathédrales de Lyon, du Puy, des collégiales de Saint-Pierre de Mâcon et de Saint-Julien de Brioude.

Les erosses. — Dans l’antiquité, les chefs des peuples tenaient un bâton à la main, comme insigne de leur pouvoir ; l'Église donna aux évêques etaux abbés la crosse, qui est à la fois un symbole d'autorité eb un emblème de douceur. — Les anciens l’appellent baculus pastorals, ferula, pedum.. pontificale, cambuta, ete. Dans les peintures des catacombes, le bon Pasteur, portant l'agneau sacré sur les épaules, aide sa marche du bâton pastoral.

Le bois, l’ivoire, le cuivre, l’argent et l’or ont été employés comme matières de cet insigne; mais, pendant plusieurs siècles, la crosse fut exclusivement de bois léger. Celui de sureau (sambucus) fut mis en œuvre assez fréquemment pour que la crosse en prit le nom ; Durand de Mende l'appelle sambuca.

Non seulement les anciennes crosses étaient plus simples de forme et de décoration que celles des âges postérieurs, mais elles étaient aussi plus courtes et ressemblaient soit à une canne, soit à une crossette ou béquille (voir l'évêque représenté dans la planche le Pied) en forme de {aw, comme celle trouvée dans le tombeau de Morard, abbé de Saint-Germain des Prés, mort en 990. Telle est aussi la forme des crosses orientales qui, cependant, présentent plus souvent leur sommet orné de deux serpents entrelacés dont les têtes se regardent (voir la planche GT, Byzantin et Abyssin). La crosse épiscopale figurait encore le Lfuus des augures antiques ou consistait en une simple volute analogue à celle du chapiteau ionique.

Autour du globe d’où partait cette tige recourbée en volute, on gravait le mot komo, pour

rappeler = prélat qu’il ne devait point s’enorgueillir de sa dignité.

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