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même que l’accroupissement sur la naëte. Les grands norimons, qui ont la proportion d’un petit appartement portatif, sont assez grands pour qu’on puisse #y coucher; mais dans les kagos, carrosses plus ordinaires, la mesure de la chaise est réglée suivant le rang de la personne, et on ne peut s'y asseoir autrement que sur les talons.
Le matelas du coucher (voir n° 2) est un simple piqué ouaté, déroulé sur les nattes; on y repose sous une couverture ouatée, la nuque portant sur un petit traversin de bois dont la partie supérieure est garnie d’un coussinet. C’est un usage dont l'antiquité se retrouve dans les peintures de la vieille Égypte, où il semble avoir eu pour but principal de conserver intact l'édifice compliqué des chevelures. Il existe encore en Abyssinie. oreiller japonais est le plus exigu de tous; il est droit, et non concave pour épouser la forme de la nuque comme les autres. Ce traversin, en bois léger, est un coffret divisé en tiroirs où se serrent les fards les plus précieux, avec les fins pinceaux pour les appliquer, ainsi que quelques peignes délicats, des bijoux, des bagatelles de prix, dont on ne veut pas se séparer. Au jour, le lit est roulé, ramassé dans un coffre occupant quelque coin. La lanterne où veilleuse se place au chevet, projetant une lumière douce, blanche, tamisée par du papier sur lequel ne figure aucun dessin. Chez un peuple à images comme les J aponais, pour qui le poids du fil à plomb des charpentiers représente le soleil qui descend à l'horizon, parmi ces enlumineurs qui chamarrent si volontiers leur papier soyeux, une sobriété aussi exceptionnelle semble devoir se rattacher à quelque idée préconçue, comme la construction même de la veilleuse. Le blanc est chez eux l'emblème de la pureté; dans l’une des sectes de caractère sinsyou (la foi dans les dieux ou dans les esprits), on attribue à des bandes de papier blanc, appelées les gohéi, le rôle de la présence de certains esprits adorés. La forme générale de la lanterne, offrant la configuration rudimentaire d’une petite pagode voilée, pourrait bien aussi trouver son explication dans la manière si particulièrement ingénieuse dont les Japonais divisent les éléments; ils distinguent, en effet, les éléments dans leur état naturel de l’usage que l’homme a su en tirer ; ainsi, le feu se subdivise en état originaire, le f-no-ye, lumière solaire, éclairs, éruptions volcaniques, eb en feu produit par l’industrie humaine, le /i-n0-o, obtenu avec du bois, de l’huile, de l’encens, etc. Le feu qui donne la lumière aurait ici, dans la veilleuse, un sanctuaire pour le génie bienfaisant qui protège dans les ténèbres. Au Japon, on n’emploie pas de chandelles de suif; on s’y éclaire généralement avec de la cire d’arbre; c’est une graisse végétale que l’on dépose sur un Cylindre de papier enroulé de soie; la partie vide du cylindre résorbe la fumée produite, qui se trouve, au fur et à mesure, consumée avec le reste, comme dans les lampes astrales.
Dans nos planches ayant pour signe l'Équerre, l’'Ancre, la Cage, on trouve des détails sur le costume et la toilette que nous n'avons pas à répéter. On voit ici comment une Japonaise (n° 10), ayant commencé par le bain, la purification du corps, devoir hygiénique et relivieux, procède aux derniers apprêts par l'application des fards et des cosmétiques, agenouillée devant le miroir à chevalet; miroir toujours en forme de disque, rappelant le soleil. L'écart
du vêtement, l’absence de chemise, permettent de mesurer au juste la dépression de la poitrine, qui est chez les Japonaises une marque de race; l’exemple n° 8 complète ce genre d'étude, en révélant, sous un autre aspect, que les Japonaises usent, sous leurs vêtements, d’une garniture intime. — Chaque dame a son nécessaire de toilette, sur lequel le miroir à court chevalet est souvent monté. Ce nécessaire contient des boîtes variant de forme, de dimension, d’ornementation, selon leur usage, pour les brosses, la poudre à dents, les fards, la poudre de riz, les cosmétiques; le tout est de bois laqué. — La bouilloire, le plateau du thé, sont toujours là; la consommation en est constante, et l’on sait si peu s’en passer, que les porteurs de palanquins font le thé en marchant. C’est d’ailleurs l'habitude de boire chaud en toute saison, et d'y prendre également des bains de température élevée. A ce propos, il est à remarquer que . les femmes en prenant leur bain, debout ou accroupies, trempées jusqu’à l'épaule ou à la ceinture, évitent de se mouiller la tête. — Le massage est très largement pratiqué; il est accompli par des hommes, mais par des aveugles. On les appelle de la rue, où leur passage est signalé par le son plaintif et prolongé qu’ils tirent d’un roseau taillé en sifflet, Ces hommes, qui s’en vont, tenant dans leur main droite le bâton de l’aveugle, suivant avec précaution le trottoir, ont la tête rasée, une robe d’étoffe unie, grise ou bleue. Ils sont tons membres d’une confrérie, d’une association, où les gains recueillis de ville en ville sont mis en commun et partagés. Les sociétaires vieillis ont leur subsistance assurée par ceux qui font le service actif. L’origine de cette corporation est, dit-on, d’un caractère chevaleresque, religieux.
Les jeunes filles de la bourgeoisie rehaussent la blancheur de leurs dents par l’opposition du carmin dont elles colorent leurs lèvres; leurs épingles en écaille jaune ou en métal, leur large ceinture aux brillantes couleurs, les étoffes claires qu’elles portent souvent, les distinguent de la femme mariée, reconnaissable à la sévérité de sa toilette, à l’absence d'ornement dans les cheveux, de fard sur le visage, à ses dénts teintes en noir d’ébène, considérées comme une réminiscence de ce qui se fait en Malaisie, où tout le monde a les dents plus ou moins noires, par l'effet du bétel; la femme en puissance de mari se reconnaît encore à ses sourcils arrachés, que certains assurent ne l'être qu'après la première maternité. Les dames de la cour s’épilent . aussi les sourcils; elles les remplacent par deux faux sourcils, faisant tache, peints à trois ou quatre doigts au-dessus de l’œil. On pense qu’elles essayent par ce moyen d'améliorer, en l’allongeant, l’ovale de leur figure, sa pommette saillante laissant à désirer. Leurs maris usent aussi du même subterfuge, et les sourcils de l’homme n° 4 sont peints à contre-sens et surhaussés, un peu moins haut que ceux de la dame n° 5, peu apparents sous le crêpe. Cette femme, appartenant à la noblesse, ramène sur sa poitrine un vêtement dont elle se drape, qui ne paraît autre qu'un manteau; cet ample vêtement, qui cache peut-être le poignard, porté à la ceinture par les femmes de condition, est sans doute de la famille de ces habits longs dont les dames de haute qualité ont seules le privilège. Ces longs vêtements exigent un nombre incroyable de mètres d’étoffes, servant aux femmes, dit M, Humbert , à mesurer leur bonheur, puisqu’elles semblent le mettre tout entier dans l’exagération de cet accoutrement. La toilette des femmes
riches offre d’ailleurs des preuves d’un goût exquis; sous le rapport de la couleur et des sujets brodés, l’habit est toujours en harmonie avec les fleurs et les diverses productions de la saison; on peut se faire une idée de la charmante variété qui doit résulter de ce goût délicat dans un pays d’artistes où la moitié des noms des mois à un sens descriptif : le mois bourgeonnant, le mois fleurissant, le mois transplantant, le mois des lettres, parce que dans son cours on adresse sur des feuilles de papier des odes aux étoiles, le mois des feuilles, lorsqu'elles commencent à tomber, le mois de la gelée blanche, ete. L’aristocratie estime que le blanc mat est le teint de la distinction.
Les vêtements, soit d'hommes, soit de femmes, s’attachent simplement avec des cordons de soie. On n’use pas des boutons. Le geste de la pudeur, parmi les femmes, est de se voiler la face avec les larges manches du kirimon. Aujourd’hui qu’on la voit d’assez près pour rapporter du Japon des photographies, on se rend facilement compte de la véritable physionomie de la Japonaise; la mobilité d'expression, la variété, résultat d’un développement intellectuel plus spontané, plus original, plus libre que chez les autres peuples de l’Asie, rendent particulièrement intéressante cette figure humaine qui paraît plus vivante que tant d’autres et dont l’originalité charme tous les voyageurs. On remarque à Yédo même, où le voisinage européen à fait naître une politique ombrageuse qui condamne les femmes à la captivité, que celles mêmes qui ont à souffrir de cette politique, conservent un air de quiétude et d’imperturbable gaieté qui, dit M. de Moges (Voyage en Chine et au Japon, 1857-1858), paraît inhérent au caractère japonais. En somme, malgré toutes les précautions prises par les indigènes, on connaît aujourd’hui les femmes japonaises avec beaucoup plus de précision qu’on n’en pouvait espérer il y a quelque soixante ans; lorsque, comme Fisscher le raconte, il ne lui fut donné de les entrevoir, dans une réception officielle, que blotties, avec leurs enfants, derrière des paravents, qu’elles perçaient de leurs doigts pour apercevoir les étrangers.
Notre n° 1 représente une femme du peuple; elle est au lavoir, et porte un tablier.
Tous les fonctionnaires publics, les officiers supérieurs et inférieurs, portent du même côté deux sabres dont les lames se croisent. L’un est leur arme particulière, l’autre leur sabre d’office; ce dernier est le plus long des deux. Pour s'asseoir, on quitte le sabre d'office, on le place devant soi ou à côté. La trempe de ces sabres est sans rivale; dans les vieilles familles, où ils se transmettent, chacun de ces glaives a son histoire, dont l'éclat se mesure au sang versé. C’est dans leurs armes que les nobles japonais, amis en général de la simplicité, font voir le plus de luxe et mettent le plus d’orgueil. Notre n° 4 montre un Japonais de haut rang portant les deux sabres, l’un à la main, l’autre à la ceinture; il est en outre affublé du surtout de gaze de soie, s’étalant sur les épaules sous la forme de deux aïlerons fortement empesés, qui est propre aux fonctionnaires du Taï-Koun. L’unique épingle que l’on voit à la coiffure de sa femme, est une flèche empennée, ces épingles ayant souvent ainsi une figure emblématique; mais, malgré le rang de ce couple, on peut constater chez lui, de même que chez tous les autres personnages, une absence complète de bijoux, tels que pendants d'oreilles,
colliers, bracelets. A peine aperçoit-on quelquefois une bague très simple. Quoiqu'au Japon on possède la serpentine, la malachite, l’'améthyste, la topaze, et quoique la finesse de la métallurgie y soit des plus remarquables, on n’y voit à proprement parler ni orfèvres ni joailliers.
Le groupe formé par les n°® 6, 7 et 8 représente un orchestre féminin. Ces orchestres se composent généralement d’une ou deux guitares, d’une sorte de violoncelle, Æokiou ou bivä, selon qu’on l’emploie avec ou sans archet, et du goftô, grande harpe ou luth que l’on couche sur le sol; cette harpe est une caisse sonore sur laquelle neuf cordes sont tendues; pour en jouer, on adapte aux trois premiers doigts de la main droite des ongles en os ou en ivoire. Entre tous les instruments, y compris ceux à vent et à percussion, c’est le samsin, la guitare à trois cordes, qui est le plus répandu et le plus estimé. C’est accompagnées de semblables orchestres que les chanteuses, qui elles-mêmes ne touchent en général à aucun instrument, et dont les plus distinguées ne s’aventurent point seules, s’installent fréquemment en plein air, sous quelque vérandah, ou. dans l’encadrement de quelque construction légère en bambou, ornée d’une guirlande de lanternes en papier de couleur. Ces chanteuses sont souvent les improvisatrices de leurs chansons.
(Les figures sont reproduites d'après des photographes fares sur nature. — Pour le texte, voir Fisscher, Siebold, Klaproth, Dubois de Jancigny, dans V'Univers pittoresque (Didot); M. Humbert, dans le Tour du monde.)